Un adolescent sur cinq a des pratiques sexuelles violentes
Une étude de l'université de Liège donne des chiffres interpellant sur la consommation de porno sur le Web chez les jeunes.

- Publié le 25-05-2018 à 05h32
- Mis à jour le 25-05-2018 à 10h13

Une étude de l'université de Liège relayée par la Dernière Heure donne des chiffres interpellant sur la consommation de porno sur le Web chez les jeunes. En quelques secondes, sur leurs smartphones, leur PC ou leur tablette, les adolescents peuvent tous, s'ils le souhaitent, visionner des films à caractère pornographique.
Serge Garcet est professeur chargé de cours à l'université de Liège et il a voulu s'intéresser à l'impact de la consommation en libre accès du porno chez les jeunes ainsi que leur perception de la sexualité. Pour ce faire, cet expert judiciaire et professeur en criminologie a mené une étude auprès de 115 jeunes des deux sexes âgés de 12 à 18 ans. Il leur a soumis un questionnaire au format papier sur lequel les jeunes interrogés ont eu 15 minutes pour répondre. Une des premières questions portait sur le fait d'avoir déjà regardé ou non un contenu porno sur le Web. Et 76 % des jeunes ont reconnu avoir visionné des contenus pornographiques : 61 % des filles et 91 % des garçons. Serge Garcet note que "les adolescents sont de plus en plus jeunes à être plongés dans la sexualité via des rapports complexes représentés dans des scènes pornos sur le Web".
Et aujourd'hui , c'est devenu facile, gratuit et presque banal pour la plupart d'entre eux. Durant son enquête, Serge Garcet a d'ailleurs constaté que la banalisation du porno chez les jeunes et sa consommation de masse n'ont pas seulement eu une incidence sur la perception de leur propre sexualité. "Il y aussi un impact sur leur vie sexuelle. Certaines pratiques sexuelles, comme la sodomie, la fellation et le cunnilingus par exemple, sont des actes qui auparavant ne faisaient pas partie du répertoire sexuel des adolescents. Mais aujourd'hui, elles ne sont plus anecdotiques et on peut légitimement se demander si l'accès au porno a eu un impact sur ce phénomène", constate-t-il. En effet, 19,1 % des adolescents interrogés ont intégré des pratiques sexuelles plus violentes durant leurs ébats sexuels, comme le tirage de cheveux, les griffures, les claques et autre.
Il explique également que chez les consommateurs de pornographie, on constate une hausse de certaines pratiques comme le sexe oral, la sodomie, l'éjaculation sur le corps ou certaines pratiques violentes. Et depuis quelques années, on assiste au développement du revenge porn, ce qui signifie vengeance pornographique ou porno vengeur. Il s'agit d'une photo ou d'une vidéo au contenu sexuel qui est diffusée sur le net sans le consentement de la personne concernée.
Cela peut être l'œuvre d'un ex pour blesser intentionnellement ou d'un pirate qui réclamera de l'argent pour la faire disparaître. Et de nombreux jeunes fabriquent eux-mêmes leur propre pornographie avec des selfies de leur sexe qu'ils s'échangent avec les filles sur les réseaux sociaux. "La sexualité via le média numérique a explosé ces dernières années. Les garçons envoient de plus en plus des photos de leur sexe mais dans le cadre d'une pression liée à l'usage de ces photos, ce sont les filles les plus sollicitées", précise-t-il. Selon une étude qu'il a menée sur 240 jeunes adolescents en 2016, 20 % d'entre eux avaient déjà envoyé des photos d'eux à caractère pornographique et dans 90 % des cas, les victimes sont les femmes, notamment dans le cadre du fameux revenge porn. Parmi les jeunes interrogés, 94 % d'entre eux envoient la photo érotique à leur petit ami, 26,5 % à des amis, et 8 % à des inconnus. "Et 28 % des vidéos partent vers des inconnus, notamment via des applications de discussions instantanées sur GSM", précise Serge Garcet.
Internet comme première source d'information
87 % des adolescents interrogés s'informent sur leur sexualité via des sites Web, modifiant ainsi leur vision du sexe.
Chaque année, 100 milliards de vidéos sont visionnées sur le site Pornhub. Autrefois réservée aux privilégiés, la pornographie s'est démocratisée ces dernières années, notamment avec les tubes, ces sites Internet où l'on peut consommer de manière gratuite et illimitée des vidéos X.
Cette banalisation et cette généralisation du porno inquiètent : elles risquent peu à peu de modifier notre perception du corps des hommes et des femmes, de l'intime, du désir et de la sexualité. Et ses inquiétudes se concentrent en particulier autour des enfants, notamment les adolescents, exposés de plus en plus tôt au porno.
Au niveau de la moyenne d'âge des adolescents interrogés concernant leur premier contact avec la pornographie, elle s'élève à 12 ans pour les garçons (12,6 en moyenne) contre 13 ans (13,7) chez les filles. "Il y a une forme d'ambiguïté car le porno sur le Web ne représente pas la réalité pour 80 % des sondés mais il est pourtant leur première source d'information", affirme Serge Garcet.
En effet, il ressort de son étude qu'Internet est la première source d'information des jeunes vis-à-vis de leur sexualité, et ce pour 87 % d'entre eux. La télévision et ses documentaires n'ont plus de succès : 80 % ne les utilisent plus et seuls 14 % pensent à avoir recours à des livres. Et l'influence de la pornographie oriente les relations sexuelles des jeunes, en termes de genre et notamment par rapport à la vision de la femme. "Aujourd'hui, le porno donne l'image de la femme vue comme un objet et souvent il s'appuie sur un rapport de force et de violence", indique-t-il.
D'ailleurs, dans les questionnaires, certaines jeunes filles ont admis avoir déjà eu des rapports non consentis. Via sa fonction d'expert judiciaire, Serge Garcet explique avoir eu affaire à des personnes coupables de viol qui se justifiaient de ne pas comprendre le stop de leur partenaire, avançant que les filles "disaient non pour dire oui et que si elles étaient réticentes, en forçant un peu, elles finiraient par jouir".
Et au-delà des sites Web, les jeunes manquent peut-être d'encadrement sur le sujet, aujourd'hui, les sites pornos étant bien souvent leur seule source d'information sur leur rapport à la sexualité. "L'école pourrait mettre en place des cours sur le respect et la notion de consentement, ce qui est souvent assez flou chez les jeunes ados. Parler du sexe de manière plus concrète via des discussions ouvertes et plus proche de ce qu'ils voient sur le Web serait pertinent et les informera mieux", conclut Serge Garcet.
