Brésil-Belgique: une mobilisation historique et la folie des écrans géants
La folie des écrans géants risque d'attirer une mobilisation historique ce soir pour le match des Diables Rouges face au Brésil.

- Publié le 06-07-2018 à 06h41
- Mis à jour le 06-07-2018 à 13h08

La folie des écrans géants risque d'attirer une mobilisation historique ce soir pour le match des Diables Rouges face au Brésil.
De Liège à Bruxelles en passant par Mons et Bastogne, toute la Belgique s'est levée pour porter les Diables jusqu'à ce quart de finale de Coupe du Monde. Dans un match au scénario fou contre le Japon, ce parfum de ferveur populaire, déjà ressenti en 2014, est revenu au goût du jour lundi soir. Et si vous étiez déjà très nombreux devant les écrans géants lors de ce huitième de finale, vous serez encore plus à vous masser devant le match historique qui attend les Diables face au Brésil ce soir sur les coups de 20h.
Ce sera par exemple le cas à Molenbeek au stade Edmond Machtens où pour le moment 500 fans des Diables en moyenne se sont rendus lors des quatre premiers matches, pour une capacité d'accueil de 5.000 places maximum. "Il fait beau et les gens préfèrent se rendre sur une place publique étant donné qu'une partie du stade est ombragée. Mais vu que la place du Miroir, qui dispose aussi d'un écran géant non loin de Molenbeek, sera bondée, il y a de grandes chances pour que le stade Edmond Machtens attire beaucoup plus de monde !", avance Françoise Schepmans (MR), bourgmestre de Molenbeek-Saint-Jean.
Au vu de la longueur des files d'attente devant l'accès aux écrans géants et de l'énorme mobilisation des supporters pour cette Coupe du Monde, la Ville de Bruxelles réfléchit à de nouvelles possibilités. "Si la Belgique se qualifie pour la finale, un écran géant sera installé au stade Roi Baudouin. Pour une éventuelle demi-finale, c'est aussi une possibilité mais il n'y a encore rien de fait", indique Olivier Eggermont, collaborateur politique au cabinet d'Alain Courtois.
Les écrans géants pullulent aux quatre coins de Bruxelles depuis le début du Mondial : sur la place Dumon, à Woluwe-Saint-Pierre, entre 8.000 et 9.000 personnes sont attendues ce soir pour suivre le match, un peu moins de 10.000 à Jette sur la place du Miroir, 1.800 à Auderghem place Edouard Pinoy, 3.000 à Ixelles sur la pelouse du stade communal et encore des milliers à Schaerbeek, Saint-Josse (500 personnes) et Watermael-Boitsfort. En prenant en compte les capacités d'accueil maximales des communes bruxelloises qui disposent d'un écran géant, on estime que près de 37.000 Belges seront amassés ensemble dans la capitale à entonner fièrement la Brabançonne ce soir ! Et on pourra compter sur près de 10.000 personnes dans le Brabant wallon. À Mouscron, près de 6.500 personnes sont attendues devant l'écran géant installé sur le parking du stade du club de la ville, 9.000 à Tournai, plus de 11.000 dans la région de Namur (devant les écrans géants de Dinant, Ciney, Marche, Bastogne et Jambes). À Mons, on attend près de 27.000 personnes réparties devant les différents écrans à La Louvière, Braine-le-Comte, Hensies, Binche et dans la ville de Mons. La ville de Charleroi pourra compter sur la présence d'au moins 6.500 personnes sur la place de la Digue et d'autres milliers répartis dans la région.
Avec ses deux écrans géants, Liège rassemblera de son côté au maximum 15.000 personnes, sans oublier toutes les zones de concentration aux alentours où il est impossible de calculer la fréquentation exacte. Mais quand on se souvient du dernier titre de champion du Standard où 30.000 personnes s'étaient retrouvées pour faire la fête sur la place Saint-Lambert, on peut très bien imaginer un scénario identique si la Belgique se qualifie ce soir et remporte la compétition.
Ainsi, au total, en faisant la somme des capacités d'accueil maximales des zones publiques diffusant le match sur écran géant dans les villes et les communes à Bruxelles et en Wallonie ainsi qu'en prenant en compte les clubs de sport, ASBL et autres structures diffusant le match, on arrivera à près de 500.000 (au moins !) supporters unis derrière la nation ce soir !
Pour des raisons de sécurité et afin d'éviter les mouvements de foule, les différents responsables de ces événements expliquent que ces capacités d'accueil maximales ne seront pas dépassées. C'est pour cette raison que s'il y a bien une consigne à suivre après avoir endossé le maillot d'Hazard, s'être peint le visage en noir-jaune-rouge, prêt à partir se casser les cordes vocales devant les exploits des Diables, "c'est de venir à l'avance dans les zones qui projettent le match sur écran géant, au moins 1h30 avant le début du coup d'envoi pour être tranquille. Si vous arrivez trop tard, vous n'entrerez pas", rappelle Christophe Magdalijns (Défi), bourgmestre d'Auderghem.
Un Belge sur deux sera devant un écran (petit ou grand) pour voir la Belgique affronter le Brésil ce vendredi soir. Selon nos estimations, nous serons plus de 5 millions ! Pour arriver à ce résultat, nous avons cumulé les chiffres d'audience du match Belgique - Japon. En effet, lundi soir, 1,625 million de téléspectateurs ont regardé la RTBF tandis que 77.766 fans avaient choisi TF1 (Belgique). Côté flamand, 2.194.175 supporters ont regardé la VRT. La plateforme Auvio de la RTBF a quant à elle totalisé 100.000 spectateurs. À ces 3.996.941 téléspectateurs, ajoutons encore les 500.000 personnes qui regarderont le match sur les écrans géants au sud du pays et au moins le même nombre pour le nord.
Écrans géants : partager des émotions
Le sociologue Jean-Michel de Waele décrypte l'attrait des écrans géants
Tous les supporters des Diables ont en mémoire les scènes de liesse dans les bars et lieux publics ! Ces moments de communion populaire remontent à la dernière Coupe du Monde en 2014 et à l' Euro, il y a deux ans, deux compétitions lors desquelles notre pays a vibré à l'unisson derrière l'équipe nationale. Ces images ont fait leur retour depuis le début de la Coupe du Monde en Russie.
Ces scènes de joie ont souvent un point en commun : les écrans géants. Mais comment expliquer que les fans de foot (ou non) troquent confortable canapé et téléviseur 4K pour une place publique bondée face à un écran où la définition n'est pas toujours parfaite et où le risque de se prendre des jets de bière est élevé ? "Je pense que les écrans géants sont nés de la volonté des supporters de soutenir leur équipe nationale à distance. Mais aujourd'hui, ça s'est élargi à un public plus occasionnel. Les écrans géants sont devenus une forme de festival, une fête gratuite où l'on vient pour voir un match mais avant tout pour s'amuser, partager des émotions avec des inconnus et faire la fête", explique Jean-Michel de Waele, sociologue du sport à l'ULB.
Il suffit de s'être rendu une seule fois devant un écran géant pour s'apercevoir que les populations, les âges, les couleurs, les religions se mélangent pour vivre un moment inoubliable. "Les écrans géants suivent la règle du plus grand nombre : plus on est nombreux et plus on partage de la joie et au plus on sera heureux, au plus on se montrera solidaire dans l'expression de l'engouement festif avec son voisin. Et ce n'est pas toujours le connaisseur qui s'y rend, préférant parfois pouvoir analyser le match chez lui au calme, mais vraiment le grand public", analyse le professeur en sciences politiques qui compare les écrans géants aux salles d'études à l'université où les étudiants préfèrent étudier en groupe plutôt que de se retrouver seuls chez eux. "Avec les grands écrans, c'est pareil ! Ils permettent de créer du lien social, les gens préfèrent ça que de se retrouver seuls chez eux, et ont envie de vivre un grand moment de partage, qu'ils s'intéressent au foot ou non", estime Jean-Michel de Waele.
Cette mobilisation s'inscrit à contre-courant, dans une ère où les gens préfèrent souvent rester cloîtrés chez eux face à leur tablette, smartphone ou PC. "C'est vraiment un rassemblement populaire qui correspond à un besoin de la société dans une époque terriblement individualiste. Avant, les gens allaient plus à la messe pour partager des émotions communes et aujourd'hui les moyens sont peu nombreux pour se rassembler derrière une même cause; en ce sens, les écrans géants diffusant les matches des Diables en sont un pour toute la population", développe Jean-Michel de Waele. "Après, il ne faut pas trop mettre de grandes et belles idées là-dedans car ce rassemblement reste furtif, et si les Diables perdent, tout le monde rentrera chez soi."
