Comment diminuer la consommation d'énergie des Belges ? "Cette mesure impopulaire a le mérite de faire porter collectivement l'effort"
D'après les experts interrogés, des mesures collectives et sur le long terme sont nécessaires pour réduire la consommation et la dépendance énergétique.

- Publié le 30-04-2026 à 06h32
- Mis à jour le 01-05-2026 à 10h03

Renforcer le télétravail, limiter la vitesse sur les routes, ou privilégier le covoiturage. Ces mesures figurent parmi celles évoquées par le gouvernement pour limiter la consommation d'énergie et ainsi faire face à la crise énergétique actuelle.
Selon certains experts, ce nouveau choc pétrolier mondial devrait nous alerter, et pousser le pays à se transformer en profondeur pour devenir plus résilient lorsque de tels événements se produisent.
Pour Francesco Contino et Bertrand Candelon, l'un spécialiste en énergie et l'autre professeur de finance internationale à l'UCLouvain, diminuer la consommation est indispensable, mais contraindre le citoyen ne portera pas ses fruits.
Éviter, remplacer, améliorer
"Il y a plusieurs types de mesures qui sont souvent mélangés", commence Francesco Contino. Ce dernier en distingue trois : celles qui consistent à éviter la consommation d'énergie, celles qui consistent à la remplacer par une autre plus optimales, et celles qui visent à améliorer des technologies déjà déployées. "En général, le pouvoir politique se concentre sur les deux types de mesures les moins puissantes et les moins pertinentes mais qui sont les plus faciles à faire passer : remplacer ou améliorer", explique cet expert.
D'après lui, c'est pourtant en évitant la consommation d'énergie que l'on obtient le plus de résultats. "Diminuer la vitesse autorisée sur les routes en est un exemple. Même si cette mesure est impopulaire, elle a le mérite de faire porter collectivement l'effort".
Dans la catégorie "éviter" ce spécialiste distingue une multitude de mesures qui pourrait avoir un effet sur la consommation d'énergie. "Revoir l'urbanisation des villes pour faire en sorte que le besoin en moyens de transport soit moins important ou développer les infrastructures pour permettre davantage de mobilité douce".
Dans le volet "amélioration", Francesco Contino cite notamment l'isolation des habitations bien que, d'après lui, ces investissements s'accompagnent parfois d'un effet rebond. "Certaines économies d'énergie réalisées sont transférées ailleurs: vous installez des panneaux solaires dans votre maison, mais vous partez en vacances en avion". En guise d'exemple d'une mesure de remplacement, ce spécialiste évoque notamment le changement des habitudes alimentaires, en remplaçant la viande par des alternatives végétales.
Ce spécialiste insiste sur la nécessité de prendre cette crise comme un signal d'alarme. "Il est crucial de réfléchir sur le long terme et de mettre en place des mesures structurelles, qui permettront de faire évoluer les comportements. Cela doit passer par des mesures qui répartissent l'effort sur l'ensemble de la population. Nous savons que ces chocs sont voués à se reproduire de plus en plus fréquemment".
Vingt ans de retard
D'après Bertrand Candelon, la crise que connaissent la Belgique et le reste de l'Europe met en lumière un autre problème : la dépendance énergétique. Cette semaine encore, la Belgique battait un record d'importation d'électricité, symptôme de sa dépendance accrue. "Cela a été une erreur stratégique, nous avons pris vingt ans de retard en matière de dépendance énergétique. Si la Belgique n'avait pas arrêté le nucléaire, elle aurait pu continuer le processus d'électrification. Aujourd'hui le pays paye cette erreur", détaille celui qui fit partie des experts consultés par l'ancien Premier ministre Alexander de Croo, au moment de la crise de 2022.
Ce dernier en veut aux représentants politiques qu'il estime responsables de cette décision. "Les chocs pétroliers ne datent pas d'hier, cela fait cinquante ans que l'Europe subit ponctuellement de tels chocs. Nous aurions pu réfléchir, mais l'idéologie a dominé le bon sens."
Il est donc clair que des mesures s'imposent, mais ce professeur d'université insiste sur un point : "il ne faut pas que ces mesures nous entraînent vers la décroissance. Nous avons déjà tellement peu de croissance en Belgique, nous ne pouvons pas nous permettre de forcer les entreprises à ne plus utiliser d'énergie pour produire."
Certaines mesures pourraient toutefois être prises à court terme et permettre de faire des économies. La diminution de la vitesse sur les autoroutes en est un exemple, évoqué par ce spécialiste. "Le fédéral pourrait, par ailleurs, flexibiliser le marché du travail. Élargir le recours au télétravail, sans oublier que ça ne s'applique pas à tout le monde. La crise du Covid et la montée des prix de l'énergie suite à la guerre en Ukraine ont été de bons enseignements en la matière."
Laisser les prix monter
Pour faire évoluer les comportements à plus long terme, il serait préférable, selon ce professeur de finances internationales, de laisser le prix du carburant grimper au rythme des marchés. "En payant davantage l'énergie, les consommateurs se rendront compte de son coût réel. C'est de cette manière que les comportements évolueront, pas en instaurant des restrictions". Les voitures de société sont d'après lui un frein à cette évolution. "Interdire les cartes essences pour les voitures de société pourrait être une bonne solution pour s'assurer que tout le monde réalise le coût réel du carburant".
La logique de marché s'occuperait ainsi de réguler la demande. "Si les prix des énergies fossiles sont élevés, cela sera un incitant à se tourner vers des énergies alternatives. La Belgique n'a plus de marge de manœuvre budgétaire. Si c'était le cas, d'autres mesures structurelles pourraient être envisagées."