"Des états de stress assez forts qui s'amplifient à l'approche des élections" : après l'éco-anxiété, la "politico-anxiété"
Entre la peur liée à la gouvernance de notre pays, à son avenir politique ou à l'évolution de l'opinion publique, de plus en plus de Belges se sentent démunis face aux élections. À tel point qu'elle génère des crises de stress. Un trouble qualifié de "politico-anxiété".

- Publié le 08-06-2024 à 11h44

Après l'éco-anxiété, place à la "politico-anxiété" ? Face à l'instabilité politique, l'hystérisation des débats et le contexte de crise ambiant, de plus en plus de Belges souffrent d'angoisses liées à la gouvernance du pays. C'est le cas de Paul (prénom d'emprunt) qui se sent démuni face à cette élection, au point qu'elle génère en lui de profondes crises d'angoisse, voire de remise en question totale.
"Il n'y a plus aucun débat de fond et les réponses politiques sont totalement insuffisantes face aux enjeux du moment, explique-t-il. J'ai la sensation que nos dirigeants, et peu importe leur couleur politique, sont déconnectés de la réalité et des enjeux principaux, comme le dérèglement climatique. Aujourd'hui, je ressens clairement une peur que tout notre système s'effondre et qu'on aille vers plus d'inégalités, d'injustice et de problèmes écologiques. À la lassitude s'est ajoutée une colère profonde qui génère beaucoup d'angoisse. Des états de stress assez forts qui deviennent difficiles à gérer au quotidien et qui s'amplifient à l'approche des élections".
Depuis le covid, on est resté dans une forme de "perma-crise" avec une pression permanente"
En novembre 2020, une étude avait permis d'objectiver ce nouveau trouble. On apprenait en effet que 70 % des adultes américains avaient ressenti du stress de manière exacerbée lors de l'affrontement entre Donald Trump et Joe Biden pour arriver à la Maison Blanche, selon une étude de l'American Psychological Association. Lors de leurs consultations, les psychologues remarquent que les patients sont de plus en plus inquiets pour leur avenir et ce dans toutes les couches socio-économiques. Une situation qui peut conduire à des états d'isolement, de crise d'anxiété ou de dépression.
Une sensation d'épuisement mental
"Depuis le covid, on est resté dans une forme de "perma-crise" avec une pression permanente sur les citoyens, décrypte le Dr Caroline Depuydt, psychiatre, cheffe de service à la clinique Fond'Roy à Uccle. L'organisme n'est finalement jamais au repos, on n'a plus de lieu de sécurité car tout est menacé et menaçant, le mental est donc toujours en état d'extrême vigilance et ce n'est pas tenable à long terme. Beaucoup de gens qui peuvent être plus vulnérables et sensibles s'épuisent et perdent en lucidité, le cerveau ne fonctionne même plus correctement. Des patients demandent souvent en consultation "qu'est-ce qu'on va devenir" et chez certains qui n'ont pas beaucoup de matelas psychique et financier, il y a parfois une rupture de l'équilibre mental".
Dans certains cas, la peur inhibe les réactions et peut provoquer ce sentiment d'impuissance, voire une forme de victimisation. Face à ce phénomène, la Dr Depuydt pointe également du doigt le rôle joué par les médias et les réseaux sociaux.
"Avec la polarisation des débats et la multiplication des fake news sur les réseaux sociaux, il faut parfois crier pour se faire entendre, tout ce contexte n'aide donc absolument pas, poursuit-elle. On assiste à une banalisation de l'agressivité dans les débats politiques et c'est également un mauvais signe, déjà que les perspectives sont peu réjouissantes. D'ailleurs, les politiques devraient montrer l'exemple mais ils légitiment ce mode de communication en alimentant un climat sans nuances. Cela rejoint le phénomène de "Trumpisation" de la société où on balance des propos violents sans penser aux conséquences que cela peut avoir sur les citoyens. Lors de cette campagne, on a vu davantage d'attaques des partis plutôt que de défense de leurs programmes".
Pour se prémunir, la psychiatre recommande de s'octroyer des pauses "mentales" avec l'actualité et les réseaux sociaux en optant pour des moments de déconnexion.
