Grève à la SNCB : les syndicats redoutent "une bataille kamikaze"
Les préavis de grève sur le rail se multiplient sans coordination. Et les syndicats préviennent : "D'autres actions de différentes ampleurs pourraient être envisagées".

- Publié le 17-02-2025 à 09h57
- Mis à jour le 17-02-2025 à 10h17

Alors que les tensions montent dans le secteur ferroviaire, l'absence d'une ligne syndicale unifiée sème la confusion parmi les cheminots et les usagers. Il y a quelques jours, le SLFP Cheminots a levé son préavis de grève après une rencontre jugée "constructive" avec la direction. Le syndicat préfère désormais "laisser toutes ses chances" aux négociations fédérales et attendre des éclaircissements sur plusieurs points de la déclaration du formateur.
Mais cette décision ne fait pas l'unanimité. Le Syndicat indépendant des cheminots (SIC) a, de son côté, maintenu son préavis de grève de neuf jours, du vendredi 21 février à 22h00 au dimanche 2 mars, dénonçant notamment la réforme des pensions, la suppression de HR Rail et la réduction des fonds alloués à la SNCB.
Il est primordial de ne pas tomber dans une action isolée et désordonnée qui affaiblirait le mouvement syndical"
Deux syndicats dits "mineurs", le SACT et le SIC, ont donc annoncé des grèves qui se chevauchent sans coordination. De son côté, le SACT prévoit un arrêt de travail du 23 au 28 février, en pleine affluence des vacances de Carnaval, risquant de perturber fortement le trafic ferroviaire. D'ailleurs, il faut noter que tout membre du personnel peut rejoindre une grève lancée par n'importe quel syndicat.
Au cœur du mécontentement : l'âge de la retraite du personnel roulant de la SNCB (55 ans) qui va être progressivement relevé à l'âge légal des autres salariés et fonctionnaires (66 ans actuellement, 67 ans en 2025). Un relèvement qui se fera année par année à partir du 1er janvier 2027.
Un risque de dispersion des forces
Parallèlement, les deux principaux syndicats, la CGSP Cheminots et la CSC-Transcom, prévoient une action coordonnée en front commun mais avec une autre temporalité. Il a donc décidé de partir en grève le 31 mars, avec tous les autres travailleurs du pays. Les deux syndicats ont également élaboré un plan stratégique qui consiste en un ensemble d'actions graduelles qui s'étaleront sur plusieurs mois et dont les premières étapes ne débuteront pas avant juin-juillet 2025.
"Il est primordial de ne pas tomber dans une action isolée et désordonnée qui affaiblirait le mouvement syndical, avertit Pierre Lejeune, président national de la CGSP Cheminots. Concrètement, des alternatives seront discutées au sein des instances syndicales, mais un minimum de deux jours de grève par mois est d'ores et déjà prévu jusqu'en juillet. Toutefois, ce calendrier reste modulable en fonction des avancées des négociations et des initiatives prises. Rien ne permet d'affirmer à ce stade que cette mobilisation restera figée ainsi, car d'autres actions de différentes ampleurs pourraient être envisagées, notamment en ce qui concerne les mesures brutales touchant aux pensions".
Les cheminots sont très déterminés à faire valoir leurs droits mais restent bien entendu ouverts au dialogue pour aboutir à des accords concrets.
"De notre côté, on estime qu'il faut marquer le coup dès maintenant, quitte à pénaliser de nombreux voyageurs, explique un membre actif du SIC. Ce n'est bien entendu pas notre but principal mais la réforme des pensions met en danger tout le secteur, on ne peut pas se permettre d'attendre. C'est pour cela qu'on prévoit des actions fortes déjà dans les prochaines semaines".
Les inquiétudes des navetteurs
Ce qui préoccupe le plus les usagers, c'est la confusion qui entoure ces grèves. "Beaucoup de perturbations sont à prévoir, mais nous attendons encore des détails définitifs, indique Gery Baele, porte-parole de Navetteurs.be. En tant que navetteur, je me mets à la place de ceux qui doivent s'organiser : si une grève sauvage est annoncée la veille, sans certitude sur le service minimum, c'est compliqué".
C'est une action "prématurée et disproportionnée", dirigée contre un programme politique aux contours encore incertains"
Il rappelle que lui-même prend le train régulièrement et doit anticiper ses rendez-vous, qu'ils soient professionnels ou médicaux. "Si le service minimum est garanti, c'est plus simple, même avec moins de trains. Mais sinon, c'est un flou total. Encore une fois, le navetteur se retrouve pris en otage. Certains peuvent télétravailler, mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Pour beaucoup, c'est une punition".
Pour sa part, Pierre Lejeune met en garde contre une dispersion des forces et estime que les actions unilatérales pourraient non seulement perturber les usagers, mais aussi compromettre la crédibilité du mouvement syndical dans son ensemble : "Nous avons besoin d'actions fortes, mais aussi d'une stratégie commune, construite dans la durée et rassemblant un maximum de cheminots. Il faut éviter une bataille kamikaze, sans objectif clair, lance-t-il. Je crains qu'un "one-shot" sans résultat concret ne desserve notre cause. Après neuf jours de grève, les travailleurs seront déjà fortement pénalisés financièrement. Et après ? Avril, mai, juin, la rentrée de septembre… Auront-ils encore la capacité de se mobiliser ? Cette question doit être intégrée dans la stratégie syndicale. Chacun mène sa propre stratégie, mais je pense que nous avons tout intérêt à fédérer nos plans d'action pour être le plus représentatif possible et nous adresser à l'ensemble des cheminots".
La crainte du front commun est évidente : l'émergence de préavis de grève isolés pourrait entraîner un manque de coordination, rendant le mouvement moins clair et potentiellement moins impactant. Une cacophonie qui risque de brouiller le message et d'affaiblir la mobilisation face aux réformes en cours. Un coût également pour les travailleurs, étudiants et familles, qui devront s'adapter en conséquence.
De leurs côtés, les trois sociétés du rail belge (HR Rail, Infrabel et la SNCB) condamnent vivement le préavis de grève de neuf et cinq jours déposé respectivement par le Syndicat indépendant Cheminots (SIC) et le Syndicat autonome des conducteurs de trains (SACT). Elles digèrent mal une action "prématurée et disproportionnée", dirigée contre un programme politique aux contours encore incertains.
