Paul Magnette, bourgmestre de Charleroi pendant douze ans, mais presque jamais à temps plein
En laissant la tête de liste à Thomas Dermine, l'actuel président du PS affiche son intention de ne pas briguer un nouveau mandat à la tête de la ville. Mais en étant troisième, il assure sa future influence.

- Publié le 31-08-2024 à 09h07

En proposant d'occuper la troisième place de la liste PS à Charleroi et d'en confier la tête à Thomas Dermine, Paul Magnette joue la carte de la transparence. Il est là pour faire des voix, mais le candidat bourgmestre, ce n'est plus lui. Il aurait pu prendre la tête de la liste et renoncer au maïorat après le scrutin en laissant celui ou celle qui aura fait le meilleur score après lui – il mise sur Dermine – le soin d'occuper le poste. Mais cette manière de faire n'aurait pas eu le mérite de la clarté. Parce que même s'il devait réaliser le meilleur score de la liste depuis la troisième place, il pourra justifier son choix de ne plus être bourgmestre.
Ce scénario doit encore être validé par les militants socialistes carolos qui se réunissent ce samedi. Mais ce genre de vote, en général est une formalité.
Incarner l'opposition à la Chambre
Voilà donc la fin de l'ère Magnette à Charleroi. Après 12 ans passés à la tête de la plus grande ville de Wallonie, le président du PS choisit d'aller incarner à la Chambre la résistance au gouvernement fédéral que devrait diriger Bart De Wever (N-VA) – si la coalition Arizona finit par voir le jour.
Certes, entre 2014 et 2017, Paul Magnette était ministre-Président wallon et donc bourgmestre "empêché" de sa ville. Cela ne l'empêchait néanmoins pas, à l'époque, d'arborer quand même l'écharpe maïorale lorsqu'il trouvait utile de participer à une célébration ou à une visite officielle à Charleroi. C'était l'époque des ministres "empêchés" qui s'autoproclamaient bourgmestres "en titre". S'il était moins à Charleroi ces trois années-là, il a quand même bien travaillé pour sa ville puisque comme ministre-Président wallon, il était aux premières loges pour capter les fonds européens Feder nécessaire à la revitalisation de la partie haute de la ville de Charleroi.
Les longs chantiers de la ville haute ont perturbé la vie locale. Mais le quartier où est aussi implanté l'Hôtel de ville porte désormais l'empreinte de celui qui a facilité sa transformation. Quant au gigantesque chantier de la ville basse qui a vu émerger un centre commercial, c'est plutôt à ses prédécesseurs qu'on le doit. Mais c'est lui qui avait permis l'émergence d'une majorité plurielle rassemblant les socialistes, les sociochrétiens et les libéraux pour porter le projet.
La mise en œuvre de ces grands chantiers n'a malheureusement pas empêché que des zones restent tragiquement désertées par le commerce. La rue de la Montage en plein centre-ville en est un exemple éclatant. Il est vrai que les dettes de la ville, en partie justifiées par les charges de pensions des agents statutaires mais aussi par un nombre important de membres du personnel communal, ne permettent pas un redéploiement facile.
Le mandat du bourgmestre Magnette n'a pas été de tout repos. Il a été notamment marqué par la saga des directeurs généraux qui a vu se succéder plusieurs personnes à un poste que l'on a fini par considérer comme maudit. Il a aussi été marqué, en septembre 2016, par l'annonce de la fermeture de l'entreprise Caterpillar à Gosselies. Les tergiversations qui ont secoué le processus de reconversion du site – on a parlé d'y mettre une usine d'assemblage des voitures chinoises de TunderPower, puis un Legoland qui ne viendra finalement pas non plus – ont donné l'image d'une région et d'une ville difficile à redresser.
À l'époque, Paul Magnette avait mis sur pied le plan Catch censé permettre à Charleroi de redresser la tête après cette forfaiture américaine. Il en avait confié la gestion à Thomas Dermine, enfant du pays, ancien étudiant de Magnette, diplômé de Harvard et qui s'intéresse de près à ces questions. Quelques années après, le bilan de Catch n'est pas au niveau de ce qui était annoncé, même si tout n'est pas à jeter.
Boulanger public
Mais Paul Magnette n'est pas un bourgmestre qui a la passion de la fonction maïorale chevillée au corps. En 2012 lorsqu'il est arrivé aux commandes de la ville, il y est presque allé à reculons. Il voulait bien la tête de liste, mais rechignait à assurer qu'une fois élu, il occuperait le siège de bourgmestre. L'intérim à la tête du PS où il suppléait Elio Di Rupo semblait l'intéresser beaucoup plus. En 2014, il devient ministre-Président wallon et en 2019, après deux ans comme bourgmestre à temps plein, il se fait boulanger public en sortant un livre consacré à sa passion nouvelle : faire du pain. Le chant du pain est un succès éditorial.
La même année, il devient enfin président du PS. Depuis cinq ans, le bourgmestre de Charleroi est plus présent dans son bureau bruxellois que dans celui de l'Hôtel de ville de Charleroi, où une équipe de fidèles tient les rênes de la ville.
Bourgmestre à temps plein, visiblement, ça l'ennuie. En choisissant de laisser la place après le prochain scrutin, il a donc le mérite de la clarté. Gageons que le résultat qui sera le sien au soir du 13 octobre lui permettra de garder quand même la main, même à distance, sur la Ville de Charleroi et sur ceux qui la dirigeront pour six ans. Si, bien sûr, le PS devait rester au pouvoir. Dans le cas contraire, en plus de la perte du maïorat, c'est sa présence à la tête du PS qui pourrait être remise en question.