"Bafouer le devoir de réserve est dangereux, il faut cesser les mensonges" : Denis Ducarme s'attaque à la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder
Denis Ducarme, Chef de file MR à Charleroi et ancien membre de la commission de la Défense nationale, réagit vivement aux récentes déclarations de la ministre de la Défense démissionnaire Ludivine Dedonder (PS). Il critique son manque de réserve en pleine période électorale et remet en question son bilan à la tête de l'armée belge.

- Publié le 01-10-2024 à 12h03
- Mis à jour le 01-10-2024 à 12h04

Ludivine Dedonder, ministre de la Défense du gouvernement sortant, a récemment affirmé avoir remis l'armée sur les rails ces dernières années, tout en exprimant des inquiétudes pour l'avenir de ce département en raison de la super note du formateur Bart De Wever. En tant qu'ancien membre de la commission de la Défense nationale, que vous inspirent ces propos ?
"Tout d'abord, il est regrettable de voir que Mme Dedonder bafoue le devoir de réserve d'une ministre en affaires courantes. Quand on est dans cette position, on doit observer une réserve quant aux expressions politiques liées à sa charge ministérielle. C'est donc très curieux de la voir s'exprimer de la sorte. On ne peut pas utiliser son titre de ministre pour s'exprimer politiquement en pleine campagne électorale, surtout sur des sujets dont elle n'a plus la charge, à moins que cela ne concerne les affaires urgentes. Cela pose un problème d'ordre démocratique par rapport aux règles du devoir de réserve, et ce n'est pas un problème mineur. Je le regrette et j'attire l'attention de la ministre sur le respect de cette réserve, ou sur l'opportunité de démissionner pour pouvoir s'exprimer librement".
Est-ce que vous pouvez tout de même entendre les critiques sur la trajectoire budgétaire imaginée par l'Arizona alors vous étiez le premier à critiquer le gouvernement précédent concernant le manque d'investissement en matière de dépenses militaires.
"Je trouve surtout qu'il est curieux de voir des gens de gauche attaquer l'Arizona comme si c'était déjà un gouvernement en place. Or, la majorité n'existe pas encore, et donc les éléments partiels qui alimentent les commentaires reposent sur des paroles ou des interprétations de certaines personnes. Ce que je peux vous dire, c'est que beaucoup de militaires me contactent et me disent qu'ils sont soulagés de savoir que Mme Dedonder va quitter son poste à la Défense. L'argument qui revient souvent est qu'elle ne connaissait pas ses dossiers de manière approfondie. J'entends ce soulagement, bien que ce ne soit pas forcément mon avis personnel".
Beaucoup de militaires me contactent et me disent qu'ils sont soulagés de savoir que Mme Dedonder va quitter son poste"
D'ailleurs, comment jugez-vous le bilan de la ministre sortante ? "Elle n'a pas reconstruit l'armée seule, même si elle le pense. Je ne suis pas là pour la critiquer, mais il faut accepter les règles du devoir de réserve et les résultats des élections. Ce qui est frappant, c'est la volonté du PS et du PTB, moins chez Ecolo, de condamner le potentiel gouvernement de l'Arizona avant même qu'il n'existe, et avant qu'un accord de gouvernement soit publié. Cela pose question sur le plan intellectuel, car ce n'est pas sur la base de fuites ou de "on-dit" que l'on doit juger un gouvernement. C'est même surréaliste de juger un gouvernement avant qu'il ne soit officialisé à la Chambre. De plus, dire aux gens qu'on va tout leur enlever et que cela sera horrible, c'est tout de même extrêmement limité d'un point de vue intellectuel et éthique. C'est pour ça que je tenais à dire à Mme Dedonder : "stop aux mensonges".
D'un point de vue des investissements, qu'est-ce qui doit être prioritaire selon vous ?
"Il y a eu le temps de la Vivaldi et il y aura le temps de l'Arizona. En matière de projets d'investissements pour la Défense, il est évident que le plan STAR doit être actualisé. Il y a des débats, mais aussi des réalités budgétaires. Une chose est claire : autour de la table, il y a une majorité qui intègre la prise de conscience, depuis le gouvernement de la Suédoise, de la nécessité d'engagements financiers. Sous le gouvernement de la Suédoise, on était à 9 milliards, sous Vivaldi à 11 milliards, et pourtant, on est toujours avant-derniers dans le classement de l'OTAN. Compte tenu du contexte européen et international, il y a une prise de conscience générale, de tous les partis, de la nécessité de prendre en charge notre part de responsabilité en matière de Défense".
Concernant la réforme des pensions, de plus en plus de militaires sont inquiets à l'égard du projet de l'Arizona de revoir le départ de l'âge à la retraite à 67 ans. Qu'est-ce que vous leur répondez ? "Tout d'abord, je pense que faire systématiquement passer les gens qui ne sont pas de gauche pour des réactionnaires qui veulent épuiser les militaires, ça doit cesser. Il est clair qu'il y a une réflexion nécessaire sur le débat des pensions. Et à titre personnel, je pense qu'il sera nécessaire, dans l'exercice de ce débat, de revenir sur la question de la pénibilité. Un métier n'est pas l'autre, et personne n'a jamais dit que les militaires devaient travailler jusqu'à l'épuisement, tout en respectant le devoir de réserve. Tout cela fait partie du débat et je ne suis pas médium, je ne peux pas prédire comment cela sera finalisé. J'ai un devoir que je respecte vis-à-vis des partenaires de la majorité. Cependant, je ne peux pas accepter qu'on raconte des mensonges sous prétexte qu'on est en campagne. Cela me dérange beaucoup qu'on dise que nous ne considérons pas les militaires dans notre travail".
Que pouvez-vous dire vis-à-vis des discussions en matière de Défense ? "Ce que je peux dire c'est qu'il y a autour de la table des gens très impliqués comme Theo Francken, Mme Verlinden et moi-même en matière de Défense. Il n'y a pas de discussions autour de la Défense sans que la question du militaire soit au centre des préoccupations, notamment en ce qui concerne le bien-être des militaires. Quel que soit le contexte budgétaire difficile, il y a une prise de conscience, à laquelle le MR a contribué, de la nécessité de rencontrer autant que possible les exigences de l'OTAN concernant le seuil des 2 %. Dire que ce n'est pas au cœur des discussions est un mensonge".
