La "super note" de Bart De Wever terrifie les travailleurs de la fonction publique : "Je suis prêt à claquer la porte"
Cheminots, militaires, pompiers et policiers : ils sont des milliers à envisager la sortie si la réforme des pensions devient réalité. La 'super note' de Bart De Wever provoque un tollé parmi les travailleurs de la fonction publique.

- Publié le 31-10-2024 à 08h30
- Mis à jour le 01-11-2024 à 10h39

Ils travaillent aux chemins de fer, dans l'armée, les hôpitaux, les services de pompiers et de police, et s'attendent à des négociations ardues avec le futur gouvernement. Plusieurs corps de métiers de la fonction publique s'inquiètent en effet de la mise en place de potentielles mesures concernant leur départ à la pension. Et pour certains, il n'est pas question de rester en fonction si on touche à l'âge de départ à la retraite, notamment pour les métiers pénibles.
Concrètement, Bart De Wever voudrait à terme voir la pension des fonctionnaires être calculée sur les quarante dernières années de travail, contre dix actuellement. La péréquation des fonctionnaires, qui permet aux pensions des fonctionnaires retraités de se calquer sur les rémunérations des fonctionnaires actifs, serait également supprimée.
Et pour finir, il leur serait également impossible d'accumuler les jours de maladie en vue de partir plus tôt à la pension. Le durcissement de l'accès à la pension pour les métiers pénibles fait également partie du projet du formateur et plus généralement, il faudra s'attendre à de lourdes économies dans la fonction publique.
De nombreux jeunes soldats pensent à quitter la Défense si ce contrat social venait à être modifié"
1 militaire sur 2 envisage de quitter la Défense
À l'armée, la réforme de la retraite des militaires, telle qu'envisagée par les partenaires de la potentielle coalition fédérale 'Arizona', préoccupe de nombreux militaires engagés au sein de la Défense. Pour rappel, sur base des fuites de la note socio-économique de l'ex-formateur Bart De Wever, les cinq partis en négociation envisagent de réformer l'âge de la retraite des militaires en le faisant passer progressivement de 56 à 67 ans, et parallèlement, de diminuer le montant de leur pension. Bref, travailler plus longtemps pour un montant inférieur.
Louis (prénom d'emprunt), travaille à la Défense et suit de près le dossier des pensions. Ces dernières semaines, il a recueilli le témoignage de nombreux militaires inquiets pour leur avenir.
"L'information circule depuis plusieurs semaines et revient régulièrement dans les discussions entre collègues, suscitant des inquiétudes légitimes, notamment parmi notre middle management, explique-t-il. Ce groupe cible, composé de jeunes âgés de 35 à 45 ans, bien formés et très expérimentés, pourrait envisager de quitter la Défense si le contrat social venait à être modifié aussi drastiquement que le prévoit la 'supernote' de Bart De Wever. Ces collaborateurs affirment sans hésitation que, si les règles devaient changer aussi défavorablement, ils remettront en question leur engagement et n'hésiteront pas à partir. La Défense compte environ 25 000 militaires, dont 5 000 jeunes ambitieux. Si la réforme impose onze années supplémentaires avant la retraite, ainsi qu'un montant de pension beaucoup moins élevé, elle enverra un signal catastrophique. D'ailleurs, cette supernote ne prévoit aucune transition vers un état final pour cette tranche d'âge, ce qui signifie que même celles et ceux tout proche de leur départ à la pension ne bénéficieraient d'aucune mesure de transition".
Par exemple, un militaire à six mois de sa pension en 2026 pourrait se voir ajouter des années supplémentaires de service et perdre plus de 10 % de leur pension. Du jamais vu par rapport aux précédentes réformes dans le domaine des pensions.
Il y a près de deux semaines, le CHOD, le Chef de la Défense, Frédérik Vansina, avait envoyé une lettre à tous les militaires belges pour leur faire part de ses inquiétudes par rapport aux négociations du futur gouvernement fédéral et la possible réforme des pensions.
"Nous sommes liés par un statut tacite entre l'État et nous. Lorsque nous nous engageons, nous avons des droits et des obligations spécifiques, des restrictions importantes, et un devoir de discrétion. Contrairement à d'autres professions, nous n'avons pas le droit de grève et notre statut militaire est bien moins avantageux que celui de la fonction publique civile, rappelle-t-il. Si, en cours de carrière, l'autorité rompt ce contrat unilatéralement, cela posera un problème de fond, car les gens se sont engagés avec certaines garanties et acceptent les inconvénients de ce statut en échange de quelques avantages. Une réforme en cours de carrière, qui met des barrières supplémentaires et supprime les avantages, incitera de nombreux militaires à remettre en question leur engagement".
Quand je me rends au dépôt, beaucoup m'assurent que c'est un motif de remise en cause de leur carrière"
Pour de nombreux économistes de la Défense, si la note est appliquée sans modifications, l'armée pourrait risquer un effondrement de ses capacités opérationnelles dans les 5 à 10 ans. Le recrutement sera également impacté : les perspectives moins favorables rendront la Défense moins attractive pour les nouvelles recrues, car certains avantages seront diminués. Et si l'âge de la retraite augmente, le budget de la Défense sera davantage sollicité pour financer des militaires qui doivent travailler plus longtemps, au détriment d'investissements dans le matériel, les opérations, et le développement capacitaire.
Les conducteurs de train regardent (déjà) ailleurs
Sur les plusieurs centaines de militaires interrogés par le syndicat SLFP-Défense, 55 % d'entre eux pensent à quitter la Défense si la fameuse "Super nota" devenait effective. Et plus de 25 % jugent leur avenir au sein de La Défense incertain.
"Ne pas tenir compte des effets destructeurs et dramatiques de ces possibles réformes est simplement inconscient, et ne pas changer les règles en cours de route et garantir la sécurité du pays est le devoir des politiciens, souligne Boris Morenville, dirigeant responsable chargé des négociations. Il est inconcevable de penser qu'ils redresseront le pays uniquement en asservissant la population ! Finalement n'y a-t-il pas d'autres priorités qui n'influeraient pas sur la reconstruction de La Défense… en tout cas, les chiffres le prouvent : ils sont dans le faux !".
Du côté des chemins de fer, l'heure est également à l'incertitude. Bart De Wever compte en effet relever l'âge de la retraite des conducteurs de train de la SNCB (55 ans) à 58 ans, puis l'augmenter progressivement tous les six mois.
"Quand je me rends au dépôt, beaucoup m'assurent que c'est un motif de remise en cause de leur carrière, indique Jonathan Coppée, le secrétaire permanent de l'intersyndicale CGSP Cheminots de Charleroi-Centre. Il faut dire que ce métier implique de nombreux sacrifices, entre horaires décalés, travail de nuit, jours fériés, fêtes de fin d'année. Cela vaut d'autant plus d'efforts que l'on sait pouvoir partir à 55 ans en fin de carrière. Si demain cet avantage disparaît, l'intérêt de continuer diminue fortement". Pour Jean, engagé à la SNCB au sein du personnel roulant depuis 15 ans, l'annonce a eu l'effet d'un choc.
"Pour quelqu'un qui commence sa semaine à 3 heures du matin, du lundi au samedi, travailler encore plus tard devient un vrai défi. Parfois, le réveil sonne à 1h30 ; nos horaires changent tout le temps. Par exemple, je peux démarrer à 3 heures le lundi et à 19 heures le mardi. Ces décalages sont de plus en plus lourds avec l'âge, et il est crucial de pouvoir souffler. Il est donc clair que si cela change, je quitterais la profession. D'ailleurs, je suis déjà en train de postuler ailleurs".
1000 policiers sur le départ, les pompiers en état de choc
D'après le syndicat Sypol, plus d'un millier de policiers envisagent leur retraite avant 2025. La faute à un potentiel nouveau calcul qui leur serait dommageable : le montant de la pension ne serait en effet plus basé sur la rémunération des 5 dernières années, mais sur 25.
"Je suis à la Police depuis le début de ma carrière et je vais demander ma pension au plus vite, explique Paul, policier à Bruxelles. Avec cette réforme, on risque en effet de voir le total de notre retraite diminuer étant donné que ce sont dans les dernières années qu'on gagne le plus, je vais donc tout faire pour partir avant janvier 2025".
Même son de cloche du côté des pompiers. "C'est déjà un boulot éprouvant alors si on nous retire en plus les seuls avantages que nous avons, il n'y a plus vraiment d'intérêt, fustige ce soldat du feu pourtant passionné par son métier. De plus, il n'y a eu aucune concertation en amont et les partis qui se retrouvent aujourd'hui au pouvoir, à savoir le MR et les Engagés, n'ont jamais évoqué ce sujet avec autant de transformations, on a l'impression d'avoir été trahis".
