Les CPAS bruxellois affirment qu'ils ne seront pas prêts à accueillir les exclus du chômage
Du côté wallon, certains CPAS estiment que ce sera 50 % des exclus du chômage qui frapperont à leur porte et pas 30 %.

- Publié le 28-06-2025 à 07h00

La limitation des allocations de chômage à deux ans qui entraînera de facto, dès le 1er janvier 2026, l'exclusion du chômage de plusieurs milliers de personnes surtout en Wallonie et à Bruxelles n'a pas pu être votée cette semaine. L'opposition est parvenue à se mobiliser pour envoyer la loi fourre-tout – qui reprend notamment cette nouvelle mesure – devant le Conseil d'État, ce qui a de facto reporté le vote. Un report qui entraînera peut-être – même si pour l'heure rien n'est décidé – le report de l'entrée en vigueur de la limitation de l'octroi des allocations dans le temps.
Mais même si la réforme devait être reportée quelques semaines, les CPAS bruxellois l'affirment : ils ne seront pas prêts à accueillir les exclus du chômage qui viendront frapper à leur porte pour pouvoir bénéficier du Revenu d'intégration sociale (RIS). On estime que plus de 180 000 personnes (40 000 à Bruxelles, 57 000 en Flandre et 80 000 en Wallonie) sont concernées par cette exclusion qui aura lieu en plusieurs étapes.
Un courrier signé par les secrétaires généraux des CPAS bruxellois
Les secrétaires généraux de l'ensemble des CPAS de la Région bruxelloise ont écrit aux conseils et collèges communaux des 19 communes de la capitale, aux conseils de CPAS et au gouvernement fédéral pour leur dire qu'il y a "un risque majeur" que de nombreux CPAS bruxellois ne soient pas prêts "le 1er janvier 2026 et les mois qui suivent".
Plusieurs raisons sont avancées pour justifier ce "risque majeur". Tout d'abord, les CPAS considèrent qu'ils ne disposent pas du personnel nécessaire pour traiter tous ces nouveaux dossiers. La pénurie de main-d'œuvre guette. "Indépendamment de toute considération financière, expliquent les secrétaires généraux dans leur courrier que La Libre a pu consulter, tous les CPAS du pays rechercheront ensemble et massivement des agents qui ont le même profil de compétences. Ces travailleurs sont déjà rares sur le marché du travail, de sorte que globalement et à l'échelle du pays, il est mathématiquement impossible que tous les agents nécessaires pour assurer l'aide à ces personnes soient engagés à temps." Les CPAS bruxellois craignent que les CPAS des autres régions du pays qui proposent des barèmes plus compétitifs engagent des agents actuellement engagés à leur service. Le financement des CPAS ne permettrait par ailleurs pas non plus de faire face à l'engagement de nouveaux agents.
Un second problème important est avancé : le manque d'infrastructures. "Tant au niveau de l'accueil des usagers que de l'espace réservé au personnel, il est nécessaire de respecter certaines normes pour garantir le bien-être des personnes (entre 12 et 15 m² bruts par agent en ce qui concerne le personnel)". Les responsables de CPAS rappellent que les aménagements importants, les extensions de bâtiments ou l'achat de nouveaux bâtiments sont soumis à des règles strictes en matière de marchés publics.
Enfin, ils redoutent que la difficulté d'assurer un accueil optimal des nouveaux demandeurs de RIS engendre "une agressivité, voire une violence physique" à l'égard des agents. Et qu'elle plonge des gens dans des difficultés sociales très compliquées et non conformes à la dignité humaine.
Un calcul peu adapté
Côté wallon, on n'est pas très rassuré non plus par cet afflux important de gens vers les CPAS, du moins dans les grandes villes que sont Liège, Charleroi, La Louvière, Mons, Seraing, etc. D'autant, nous dit-on sous couvert de l'anonymat, que "nous pensons que ce ne sera pas 30 % d'exclus qui viendront vers les CPAS mais plutôt 50 % à moyen termes. Ceux qui devraient disparaître des radars vont miser sur la solidarité familiale, vont peut-être se mettre en couple pour de mauvaises raisons, éviter de se séparer pour des raisons aussi mauvaises et finalement venir frapper à la porte des CPAS dans les mois qui suivent". D'autant plus que ce chiffre avancé par la majorité Arizona de 30 % d'exclus qui iront aux CPAS, de 30 % qui trouveront un emploi et de 30 % qui disparaîtront des radars se base "sur un calcul qui a été fait à l'époque où le gouvernement Di Rupo a exclu des jeunes des allocations d'attente. Les profils ne sont pas les mêmes. Il est difficile d'imaginer qu'un tiers des personnes qui sont restées au chômage 20 ans et plus trouve facilement du travail ".