"Malgré certains indices, on ne peut pas affirmer que le MR s'extrême droitise"
Le politologue Benjamin Biard (Crisp) analyse les récents propos de Paul Magnette, le président du PS, qui affirmait que l'extrême droite est en train de miner le MR de l'intérieur.

- Publié le 08-10-2025 à 18h53
Le président du PS l'a affirmé : "L'extrême droite est en train de s'organiser au sein du MR". Paul Magnette pointait notamment l'arrivée d'anciens membres du parti Chez Nous ou encore le discours de Georges-Louis Bouchez qui serait "parfaitement aligné" avec celui de Giorgia Meloni, la cheffe "post-fasciste" du gouvernement italien. Le MR est-il véritablement contaminé ? Le politologue Benjamin Biard (Crisp), spécialiste de l'extrême droite, livre son analyse.
Paul Magnette a-t-il raison ? L'extrême droite s'est-elle emparée du MR sous l'action de Georges-Louis Bouchez ?
Cela appelle de la nuance. La question du rôle que joue le MR par rapport à l'extrême droite est légitime. Elle se pose de plus en plus. Un faisceau d'indices montre une évolution sur le plan idéologique. Le parti s'assume plus conservateur que par le passé ; le style politique de Georges-Louis Bouchez est beaucoup plus disruptif ou offensif ; d'anciens membres ou cadres de Chez Nous ont été accueillis dans les rangs libéraux ; lors des élections de 2024, des électeurs qui, traditionnellement, votaient pour la droite de la droite ont opté pour le MR. Certains dispositifs du "cordon sanitaire politique" ont également été rompus. Par exemple, des messages issus de l'extrême droite ont été partagés sur les réseaux sociaux. Mais ces indices ne sont pas suffisants pour affirmer que l'extrême droite s'organise au sein du MR ou que le MR s'extrême droitise.
Ne doit-on pas inverser le raisonnement ? Si d'anciens membres de Chez Nous arrivent au MR, c'est qu'ils ont rompu avec l'extrême droite.
Des craintes existent d'une radicalisation du parti par l'arrivée de ces jeunes venus de Chez Nous, même s'il ne s'agit que d'une poignée de personnes. Il est toutefois vrai qu'un certain nombre d'ex-militants de cette formation d'extrême droite, qui avaient affiché leur proximité avec le fascisme historique ou le rexisme, n'ont pas été admis au sein du Mouvement réformateur.
Et Paul Magnette a-t-il raison de dire que la "charte de la démocratie" a été violée par Georges-Louis Bouchez ? Ce texte, renforcé en 2022 par les partis francophones (à l'exception du PTB), vise à interdire toute alliance politique et tout débat médiatique avec l'extrême droite.
Il y a eu une violation de certains aspects de la charte de la démocratie. Déjà en 2022, le débat entre le président du MR et Tom Van Grieken (président du Vlaams Belang) sur la VRT constituait une violation de ce texte. Paul Magnette a raison de pointer plusieurs points de rupture de la charte de la part du MR et particulièrement de la part de Georges-Louis Bouchez, même si l'esprit historique du document – ne pas gouverner avec l'extrême droite – est préservé.
Le président du PS, en agitant le spectre de l'extrême droite, tente également de diaboliser MR, principal rival électoral des socialistes. De la stratégie politique de la part de Paul Magnette ?
Cela peut y participer, en effet. Mais à gauche, et notamment au PS, il existe un engagement historique face à l'extrême droite. Déjà depuis le POB (Parti ouvrier belge, l'ancêtre du PS). Il y a donc une cohérence et une continuité de la part de Paul Magnette dans cet engagement. Mais on ne peut nier une certaine forme de stratégie du PS vis-à-vis du MR et vis-à-vis de certains segments de l'opinion publique. Les "antifascistes", par exemple, réclament des positionnements plus clairs de la part de la gauche à l'égard de l'évolution du MR.
"On ne peut nier une certaine forme de stratégie du PS vis-à-vis du MR et vis-à-vis de certains segments de l'opinion publique."