Pénurie de personnel, urgence sous pression, gestion des congés: l'été de tous les dangers pour le secteur hospitalier
Fermeture d'unités, pénuries de personnel aggravées, gestion épineuse des congés : les prochaines semaines seront agitées.

- Publié le 20-06-2022 à 07h24
- Mis à jour le 20-06-2022 à 07h25

Les semaines passent et l'inquiétude grandit face à la pénurie de soignants qui touche actuellement les hôpitaux belges. Avec l'arrivée de l'été, les craintes sont encore plus grandes. Si la saison estivale est traditionnellement plus lourde pour les établissements de soin, cette année est un peu plus particulière.
" Cet été, on commence à avoir le Covid derrière nous mais on sent aujourd'hui l'impact des différentes vagues sur le personnel, avance Marcel Van der Auwera, chef du département Aide médicale urgente au SPF Santé publique. Il y a ceux qui ont décidé de partir ces derniers mois, ceux qui sont en arrêt maladie de longue durée et, à côté de ça, les soignants doivent logiquement eux aussi partir en vacances. Cela donne des situations compliquées sur le terrain, on s'attend donc à ce qu'il y ait cet été encore plus de lits fermés et d'unités misent à l'arrêt."
D'après une enquête menée par le groupe de services RH Liantis auprès des directions de 73 établissements de santé, qui regroupent environ 10 000 travailleurs, huit organisations du secteur de la santé sur dix sont confrontées à une pénurie critique de personnel. Une situation qui impacte lourdement l'offre de soins.
Selon le dernier rapport réalisé par le département d'aide médicale urgente du SPF Santé publique, 170 lits sont fermés en unités de soins intensifs sur 1992 agréés, pour un total qui s'élève à 2 000 lits fermés sur 55 000 en unités de soins. Le directeur des soins des Hôpitaux Iris Sud, Danny De Clercq, dit se retrouver dans une position périlleuse pour gérer ses équipes à l'approche des grandes vacances. " C'est en effet très délicat d'agir et de répondre à toutes les demandes du personnel, souligne-t-il. Tous les étés, les hôpitaux souffrent du manque de personnel mais cet été, la pénurie aggravée de personnel pèse encore un peu plus sur notre travail".
Pendant la période des congés estivaux à venir, les trois sites aigus des hôpitaux Iris-Sud vont ainsi devoir fermer des lits et certaines unités pour permettre à son personnel de partir en vacances. " On va fermer une unité par site, poursuit De Clercq. Depuis le début de cette année, on voit que le Covid prend de moins en moins de place, on a chez nous en moyenne 10 patients Covid à l'hôpital, ce n'est pas l'urgence mais à côté de ça, il y a tous les autres soins et les opérations reportées à rattraper. Le tout dans un contexte où de plus en plus de collègues en arrêt maladie de longue durée pour des raisons liées à la pandémie, d'autres qui sont partis dégoûtés et qu'on peine à remplacer."
Selon Sciensano, 898 personnes positives au coronavirus étaient, dimanche, hospitalisées, dont 47 patients traités en soins intensifs. Des chiffres en légère augmentation par rapport à la semaine précédente mais qui n'inquiètent pas les experts.
Les variants BA4 et BA5 circulent également dans d'autres pays mais n'ont à ce stade pas mis sous pression l'activité hospitalière. "On ne les craint pas trop mais on ne connaît pas la suite, on n'a pas de boule de cristal, juge Marcel Van der Auwera. On reste vigilants, et même si je ne m'inquiète pas trop, je ne vais pas fermer boutique non plus, on doit suivre avec grande attention l'évolution des futurs variants car la marge de manœuvre est très étroite au niveau du personnel. Finalement je ne me plains pas d'être dans ma petite tour d'ivoire au sein du comité, et de ne pas avoir à gérer le côté opérationnel comme les infirmiers en chef car les capacités sont très réduites et la grande majorité des services en sous-effectif."
