L'eau du robinet contaminée par une substance très toxique en Wallonie : "Ces produits sont cancérigènes !"
Une enquête de la RTBF révèle que 12.000 Hennuyers ont bu pendant un an et demi une eau contaminée aux PFAS, une substance très toxique.

- Publié le 09-11-2023 à 08h51

L'émission Investigation de la RTBF diffusée mercredi soir s'est attaquée à la question de la présence des Pfas en Région wallonne et bruxelloise.
D'après l'enquête, les habitants de 12 villages hennuyers soit près de 12.000 habitants ont consommé à leur insu une eau contaminée à ces composants toxiques pendant près d'un an et demi, entre octobre 2021 et mars 2023. Il s'agit d'un niveau cinq fois supérieur à la dose tolérable fixée par l'Autorité européenne de la sécurité des aliments. Les villages concernés se situent dans l'ouest de la province hennuyère, rapporte la chaîne publique.
Il s'agit de Chièvres, Tongre-Saint-Martin, Tongre-Notre-Dame, Huissignies, Ladeuze, Moulbaix, Villers-Notre-Dame, Ormeignies, Tourpes, Blicquy, Chapelle-à-Oie, Ellignies-Saint-Anne et Aubechies.
Mais que représentent les PFAS de l'acronyme anglais signifiant "substances per- et polyfluoroalkylées", cette famille de composés ultratoxiques employés dans une multitude de produits et d'usages ?
"Ce sont des produits organiques utilisés lors de différents processus d'hydrochimie. Ils résistent aux températures et aux graisses et on le retrouve par exemple dans les produits cosmétiques et les cartons de pizzas, explique Marnik Vanclooster, professeur à la faculté des bioingénieurs de l'UCLouvain et président du Earth and Life Institute. Récemment, il y a eu un grand débat en Flandre et plus précisément à Anvers avec l'affaire 3M, cette entreprise anversoise productrice de Pfas qui a été condamnée à payer d'importants dommages et intérêts à des riverains de la région car elle avait fortement contaminé la zone au cœur de laquelle est implantée son usine. Il faut savoir que ces produits très résistants se dégradent difficilement dans l'environnement et peuvent avoir une incidence en termes de santé publique, on sait notamment qu'ils sont cancérigènes".
Des normes bientôt plus restrictives ?
La RTBF explique comment ces analyses d'eau réalisées par la Société wallonne des Eaux (SWDE) et commanditées par la ministre wallonne de l'Environnement n'ont jamais été communiquées aux citoyens ni même aux responsables des communes concernées. Cette absence d'information a donc empêché les consommateurs d'appliquer un principe de précaution leur permettant d'éviter de boire cette eau.
Si le taux de conformité de l'eau en Wallonie et à Bruxelles dépasse chaque année les 99 %, doit-on s'inquiéter de la qualité de l'eau du robinet ? "Les contrôles sont très stricts et les normes sont extrêmement sévères, je suis donc étonné d'apprendre ce genre de contamination, admet-il. Toutefois, les PFAS restent encore difficiles à caractériser dans l'eau même si on commence à mettre des protocoles pour mieux les surveiller. Les normes de rejets sur le plan européen pourraient d'ailleurs être plus restrictives d'ici 2025. L'autre problème, c'est que la région wallonne n'a pas de vision précise des sites potentiellement problématiques. Il est aujourd'hui important de connaître le cadastre des polluants PFAS sur le territoire".
