L'armée belge n'a pas à rougir face aux pays voisins: "Il y a une volonté de protéger notre pays, notre société, notamment face aux nouvelles menaces"
La Défense a enregistré un nombre record de postulants sur l'année 2024 (un chiffre qui devrait atteindre 11.000 personnes) et s'apprête à pourvoir 10.000 postes vacants l'année prochaine. Pour le lieutenant-général Thierry Esser, directeur général des Ressources humaines au sein de l'armée, le plus grand défi sera désormais la capacité d'accueil et la formation des nouvelles recrues.

- Publié le 04-09-2024 à 16h59
- Mis à jour le 04-09-2024 à 17h18

En 2025, la Défense sera à nouveau l'un des plus gros employeurs du pays. L'armée poursuit en effet sa mission de recrutement, un de ses plus grands défis au vu de la vague des départs à la retraite prévue jusqu'en 2026, et doit pourvoir 10.000 postes vacants, avec, en 2025, plus de 4 500 postes à pourvoir pour l'ensemble de la Défense. Concrètement, il s'agit de 2 500 emplois pour les militaires du cadre actif, 960 postes pour les civils et 1 050 fonctions disponibles pour les réservistes.
Les profils recherchés sont aussi divers que variés tant pour les fonctions de combat que pour l'ICT, la logistique, l'administration, etc, et ce, pour tous les niveaux de diplôme, du niveau universitaire aux fonctions de soldat et de matelot pour lesquelles aucun diplôme n'est nécessaire.
Cette année déjà, la Défense devait procéder au recrutement de plus 4.000 personnes dans plusieurs catégories. Un objectif qui devrait être atteint, même s'il faudra tenir à l'œil l'ampleur de l'attrition dans les prochains mois.
"Sur l'année 2024, on va connaître un nombre record de postulants, environ 9800 jusqu'à présent et sûrement autour des 11.000 à la fin de l'année, c'est le plus grand total jamais atteint, indique le lieutenant-général Thierry Esser, directeur général des Ressources humaines au sein de l'armée. On était à plus de 7000 l'année précédente, c'est une belle croissance qui doit être poursuivie. Au vu du contexte géopolitique, on sait que nos effectifs doivent augmenter et vu que je m'étais fixé un total de postulant de 10.000 jeunes, on peut dire que c'est une satisfaction".

La raison de cet engouement est sûrement à aller chercher du côté de la plus grande visibilité de l'armée dans la société, que ce soit durant le covid, les inondations, dans le cadre de l'aide à l'Ukraine mais il a aussi sûrement à voir avec la prise de conscience de l'importance du rôle jouée par la Défense. "Quand on discute avec des jeunes qui s'engagent, on se rend compte que cela fait à nouveau sens de s'engager dans l'armée, il y a une volonté de protéger notre pays, notre société, notamment face aux nouvelles menaces, précise-t-il. Et on peut s'en réjouir car ça signifie qu'ils s'engagent pour la première raison qui soit et non uniquement par satisfaction personnelle".
Dans deux ans, plus personne ne parlera de cette vague des pensions"
Un équilibre attendu pour 2026
À l'horizon 2026, le but de la Défense est même d'aller vers 2800 recrutements annuels pour les militaires du cadre actif. Mais pour ce faire, les infrastructures doivent suivre, car à ce stade, il manquerait de place pour pouvoir accueillir toutes les recrues. Le goulot d'étranglement s'est logiquement déplacé vers la capacité d'accueil. "Il va falloir rediriger tout ce personnel vers la formation, ce qui ira de pair avec plus d'efforts en matière d'infrastructures, il doit y avoir des budgets pour cela et aussi mettre à disposition lus d'équipement et de matériel pour ces jeunes qui arrivent en unité, prévient le lieutenant-général. C'est tout notre défi et c'est en ce sens que se dirigent actuellement les négociations".
Toutefois, en dépit de l'ambition politique de renforcer la Défense, le nombre d'effectifs ne cesse de décliner ces dernières années. Le recrutement augmente, mais ne compense pas les départs à la pension et les abandons en cours de formation. Le gouvernement fédéral a opté pour un investissement conséquent dans la Défense. L'ambition est de compter sur une armée de 29.100 militaires en 2030, soit 5.000 membres de plus qu'à l'heure actuelle.
"Dans deux ans, plus personne ne parlera de cette vague des pensions, elle sera en effet derrière nous car on perdra en moyenne 500 militaires par an contre des pics qui ont pu aller jusqu'à 3000 départs à la pension ces dernières années, explique Thierry Esser. Actuellement, nous sommes d'ailleurs sur un plateau, nous allons en effet connaître une hausse des effectifs sur l'année 2024, grâce en grande partie au recrutement de civils, et le redressement est prévu pour 2026. Ensuite, nous visons un contingent de 40.000 en 2040 et je suis relativement optimiste quant à notre capacité à y parvenir. On voit que des pays voisins peinent à recruter et regardent vers la Belgique en se demandant comment on arrive à augmenter notre recrutement chaque année".
La Belgique connaît une attrition supérieure aux pays voisins
Mais face à l'embellie constatée dans le recrutement, l'attrition reste une problématique de taille dans les rangs de l'armée. Il y a quelques mois, le chef d'état-major de la Défense annonçait une attrition de 41.5 % pour les volontaires, 28,6 % pour les sous-officiers et 23 % pour les officiers.
Chez nous, c'est davantage l'attrition de formation qui pose problème, c'est-à-dire celle qui concerne les candidats qui quittent la Défense durant la procédure de recrutement et donc avant le début de leur carrière (elle serait de l'ordre de 35 %).
"La bonne nouvelle, c'est qu'une fois la phase de candidature terminée, on ne connaît presque pas d'attrition, on a par exemple perdu 250 collègues actifs cette année, ce qui reste mineur quand on sait qu'il y a au total 26.000 militaires, tempère le lieutenant-général Thierry Esser. Par contre, on connaît en effet une attrition supérieure aux pays voisins en début de formation et de stage en unité. On l'a identifié et notre priorité va donc être d'améliorer le trajet d'accompagnement des jeunes, c'est-à-dire qu'on va donner plus de temps aux jeunes recrues pour acquérir les compétences nécessaires. Ces dernières années, on a voulu amener de plus en plus de compétences aux jeunes mais on n'a pas toujours donné le temps de bien les assimiler. Souvent, ils savent ce qu'ils doivent faire mais ils n'arrivent pas toujours à le faire, ils arrivaient sans une acquisition complète, il faudra donc plus de répétitions et un peu plus de temps (environ trois mois), notamment pour les sous-officiers".
Cette durée de formation nécessaire à l'acquisition des compétences avait en réalité été abandonnée par l'état-major, faute d'infrastructures et de lits suffisants. Face à cette problématique, la mise en place de quartiers du futur a été lancée lors de la précédente législature et il n'est pas exclu que la Défense demande à nouveau la création de nouvelles casernes. Le but étant désormais "d'amener le travail chez les militaires et plus l'inverse, raison pour laquelle il n'y aura plus de fermeture de caserne, pointe-t-il du doigt. On va faire en sorte qu'ils puissent travailler plus proche de chez eux, on se doit d'évoluer vers un employeur moderne à la Défense et de rester sur cette voie".