Un nouveau business préoccupant voit le jour suite à la hausse du prix des cigarettes: "Ce n'est pas sans danger"
Depuis la hausse du prix des paquets de cigarettes, la vente à l'unité se généralise dans certains points de vente où les clients abondent. Une pratique interdite par la loi, mais difficilement répréhensible.

- Publié le 19-09-2024 à 09h08
- Mis à jour le 19-09-2024 à 09h35

Lors de la précédente législature, le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke s'est attaqué au tabagisme en attaquant fortement la taxation des cigarettes parmi dix autres qui s'inscrit dans le cadre d'un plan national de lutte contre le tabagisme. Depuis le 1er janvier 2024, le prix d'un paquet de cigarettes a ainsi augmenté d'environ 2 euros, soit une hausse moyenne de 25 % par rapport au tarif précédent. Concrètement, le ministère chiffrait cette revalorisation à 52 euros par 1000 cigarettes et de 42,6 euros par kilo de tabac à fumer.
Actuellement, le paquet de Marlboro de 26 cigarettes est vendu un peu plus de 10 euros. Face à cette hausse des prix, attendue et nécessaire sur le plan de la santé publique, de nombreux marchés parallèles et illégaux se sont développés à vitesse grand V. C'est le cas par exemple du business des cigarettes à l'unité, généralement interdit dans de nombreux pays, y compris en Belgique. La législation vise en effet et fort logiquement à réduire la consommation de tabac en rendant sa gamme de produits de moins en moins accessible.
En toute illégalité, de nombreuses épiceries, night shops et supermarchés participent à ce marché parallèle qui s'est renforcé ces derniers mois. "On en vend de plus en plus, parfois davantage que les paquets traditionnels. Il faut dire que les gens n'ont plus les moyens de s'acheter un paquet à 10 euros, notamment les chômeurs et les plus précaires, raconte ce gérant d'un night shop bruxellois. On voit que beaucoup de fumeurs se rabattent sur les cigarettes à l'unité, ce sont parfois des fumeurs occasionnels qui viennent s'en acheter quelques unes après le travail et qui reviennent les jours d'après".
J'ai de plus en plus de patients qui font des rechutes à cause de ça"
20 % plus cher que dans le circuit légal
Dans cette épicerie jettoise, on facture septante centimes la mèche. "Sachant qu'il y en 25 au total dans un paquet traditionnel à 10 euros, on se fait une petite marge, admet le patron du magasin. Depuis la hausse des prix, on surfe sur cette tendance mais on n'est pas les seuls. D'ailleurs, je ne propose que des cigarettes issues de paquets officiels mais je sais que de nombreux confrères vendent des clopes contrefaites à l'unité, ce qui n'est pas toujours sans danger et ce qui est encore plus illégal. On voit aussi de plus en plus de petits commerces en proposer à la vente alors qu'ils n'ont pas l'autorisation".
En effet, en Belgique, tout le monde ne peut pas vendre de cigarettes. Les tabacs agréés qui ont reçu une autorisation spécifique en ont la possibilité, tout comme les supermarchés et les magasins de proximité agréés ainsi que les kiosques et points de vente de presse.
"J'ai l'autorisation mais face à la demande croissante de ces produits à l'unité, j'ai commencé à en proposer chez moi, reconnaît ce responsable d'une épicerie à Liège. Si je ne le fais pas, les clients vont aller dans les établissements à côté qui eux en proposent. C'est un peu un cercle vicieux et on sait que ce n'est pas légal, mais les temps sont durs et chaque moyen est bon pour faire un peu plus de bénéfice".
Ces ventes illégales qui se déroulent parfois dans des commerces qui n'ont pas l'autorisation provoquent la colère des buralistes. "On espère que les autorités vont faire en sorte que tous les commerçants jouent le jeu, sinon ça va devenir injuste pour ceux qui respectent les règles, fustige Magali, gestionnaire d'un magasin de proximité dans la région de Namur. Pour nous, c'est aussi un manque à gagner. On comprend que la demande est là, on refuse beaucoup de clients mais on veut aussi respecter les règles car ces cigarettes viennent souvent du marché noir et le contenu n'est pas le même".

Pour les revendeurs, ces ventes frauduleuses représentent un marché florissant. 0,5 à 0,7 € par cigarette donc jusqu'à 12 € pour un paquet complet, soit 20 % plus cher que dans le circuit légal. Une hausse qui peut atteindre plus de 50 % pour les cigarettes de contrebande sachant qu'un paquet de contrefaçon coûte facilement la moitié du prix d'un paquet du circuit normal.
Du côté des tabacologues, on remarque déjà l'impact de ce phénomène en matière de santé publique. Laurence Gilson est tabacologue au sein de l'institut Jules Bordet depuis 2006 et intervient régulièrement dans des écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
"Cette nouvelle tendance ne me surprend pas du tout. J'ai de plus en plus de patients qui font des rechutes à cause de ça, notamment des jeunes ou même des adultes qui vont au Paki et qui finissent par craquer. Je vois même des gens qui ne sont pas nécessairement riches et qui sont touchés par ce phénomène, explique-t-elle. Mais il faut dire que cette pratique vise particulièrement les publics qui sont touchés par la hausse des prix et qui n'ont pas toujours les moyens de s'acheter un paquet. On peut tout à fait rechuter après une seule cigarette, les récepteurs nicotiniques s'endorment très vite mais ils se réveillent également très rapidement. C'est d'ailleurs une des drogues les plus puissantes. Et pour une cigarette, on va se dire que ce n'est pas si grave alors que le risque de rechute est vite arrivé. J'ai des patients qui me disent trouver des cigarettes à 50 centimes l'unité et parfois jusqu'à un euro, c'est une stratégie vicieuse car cela donne l'impression que c'est moins cher alors que c'est tout le contraire".