La Flandre horrifiée par des exactions en maisons de repos
Quatre jeunes gens martyrisaient les résidents, la plupart fortement dépendants, dans une voire dans plusieurs maisons de repos et filmaient leur forfait.

- Publié le 23-03-2025 à 08h11
- Mis à jour le 23-03-2025 à 15h01

Le gouvernement flamand Jambon Ier avait été marqué par une crise dans le secteur des crèches – manque de places disponibles, cas de maltraitance d'enfants, etc. Son successeur, Diependaele Ier, commence, lui, sur une série d'incidents marquants, à l'autre bout de la vie, le secteur des maisons de repos.
Fin février, Aloïs D., un homme de 90 ans, tuait à coups de couteau deux pensionnaires de la résidence dans laquelle il était hébergé et blessait une troisième personne, âgée de 94 ans. Le drame s'est produit au sein de la résidence Mariaburcht à Dentergem (Flandre-Occidentale). Il a fait d'autant plus de bruit que le vieillard avait tué sa femme quatre ans plus tôt à coups de marteau. Incarcéré d'abord à la prison de Merkplas, il avait été ensuite placé dans la maison de repos de Dentergem après qu'il a été déclaré dément et donc irresponsable de ses actes.
La résidence Mariaburcht savait tout cela quand elle a pris Aloïs D. en hébergement. Ce n'était pas la première fois qu'elle accueillait un interné dans ses murs. Mais Aloïs D. devait encore passer devant la Chambre de protection sociale, l'instance chargée d'exécuter les décisions d'internement. Si cette audience avait pu se tenir dans un délai raisonnable, le drame n'aurait sans doute pas eu lieu car l'homme aurait été placé dans un établissement de défense sociale. C'est en tout cas la conviction de la ministre flamande du Bien-Être Caroline Gennez (Vooruit). "– ", a-t-elle concédé cette semaine alors qu'elle était interrogée sur le nombre d'internés dans les maisons de repos flamandes – il y en aurait pour l'heure 28 selon un décompte très approximatif et tout au plus officieux.
De petites vidéos effrayantes
L'onde de choc provoqué par ce fait divers n'était toujours pas retombée qu'un nouvel incident fort glauque a bouleversé le quotidien d'une autre maison de repos en Flandre. Les faits, moins tragiques certes, mais hélas plus révélateurs, ont eu lieu dans la résidence Meerspoort à Audenarde (Flandre-Orientale).
Une résidente s'est aperçue qu'une bague en or et 15 euros lui avaient été dérobés. Le 7 mars, elle s'en remet à la direction. Au terme d'une enquête menée à partir de l'activation des badges du personnel, un jeune homme de 18 ans est arrêté. N.D. travaille dans la maison de repos depuis quelque temps comme jobiste. Interrogé par la police, il reconnaît être le voleur.
Mais ce qui devait être l'épilogue de l'histoire se révèle n'en être que le commencement. Les policiers découvrent dans le téléphone portable du jeune des petits vidéos qui les saisissent d'effroi. Sur les images, des pensionnaires se font insulter, moquer, parfois cracher dessus.
Certaines scènes portent des traces d'humiliation qui confine à la torture. Un des films montre un homme âgé, assis sur un WC, le pantalon sur les chevilles, à qui on prend une des mains pour la plonger dans la cuvette de la toilette et la ressortir couverte d'excréments. Sur une autre vidéo, une personne âgée, à la mobilité très limitée, semble vouloir prendre un verre d'eau qu'une main malsaine éloigne de quelques centimètres, juste hors de portée du pensionnaire avant de lui faire un doigt d'honneur.
Quatre personnes incarcérées
Des films comme ceux-là, les policiers en ont trouvé une cinquantaine dans le téléphone du jeune homme. Ils avaient été échangés avec trois autres personnes au moins : avec M.D. (21 ans), le frère aîné de N.D., qui avait été engagé dans la maison de repos après y avoir fait un stage, avec Z.B. (21 ans), sa petite amie et avec un quatrième larron de 19 ans – tous les trois actuellement incarcérés comme lui pour des soupçons de vol, traitements dégradants et voyeurisme.
Le plus inquiétant, c'est que le directeur de la maison de repos n'a reconnu qu'un quart des résidents visibles sur les images que la police lui a soumises. Ce qui laisserait supposer que la petite bande a sévi dans d'autres établissements. Un cas est d'ailleurs avéré. Z.B. a été identifiée sur des images tournées dans un centre de soins pour adultes handicapés à Courtrai où elle travaillait comme étudiante. Sur ces images, on la voit frapper une pensionnaire.
Une personne âgée sur six
L'administration a mis ce vendredi en demeure l'établissement à mettre au point une procédure de prévention, de détection et de réaction appropriée en cas de comportements transgressifs pour le 4 avril.
D'après l'Organisation mondiale de la Santé, environ une personne âgée de plus de 60 ans sur six est victime d'une forme de maltraitance dans son environnement familier chaque année. Ce pourcentage serait plus élevé encore pour les personnes hébergées en institution.
