"La Belgique est un terrain d'intérêt particulier pour Moscou. Nous sommes une cible pour les Russes"
Selon la Défense, quinze drones ont survolé la base dans la nuit de jeudi à vendredi, relancant les craintes d'ingérences russes en Europe.

- Publié le 03-10-2025 à 14h55
- Mis à jour le 03-10-2025 à 15h17

Dans la nuit de jeudi à vendredi, quinze drones ont survolé la base militaire d'Elsenborn, un vaste terrain de 28 km² utilisé pour les exercices de tir et l'entraînement des troupes, en province de Liège, à deux pas de la frontière allemande.
Ironie du sort, c'est alors qu'un test de détection de drones était en cours que les engins ont été repérés, visibles jusque de l'autre côté de la frontière, au-dessus de la ville allemande de Düren, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie.
Si leur origine reste pour l'instant inconnue, l'incident s'ajoute à une série d'observations similaires ailleurs en Europe, notamment près de sites sensibles.
L'information a été rapidement confirmée par le cabinet du ministre de la défense, Theo Francken, qui a mis en avant le caractère suspect et inconnu de ces survols. Un "examen de la situation" est en cours, ont indiqué les autorités.
Selon lui, ce sont des policiers locaux qui ont d'abord repéré les drones avant d'alerter la Défense. "Nous ne savons ni d'où ils viennent ni quel était leur objectif", a-t-il indiqué, rappelant également que la Belgique n'avait jamais été confrontée à une telle opération auparavant, d'autant plus autour de nos infrastructures critiques.
La base d'Elsenborn ne figure pas parmi les infrastructures les plus critiques, mais l'événement reste pris au sérieux. "Il est possible qu'un drone isolé ait été utilisé, par exemple, pour retrouver un cheval perdu comme indiqué par le bourgmestre, mais plusieurs engins ont bel et bien été observés", a précisé le ministre.
Ces quartiers accueillent notamment des entraînements et possèdent beaucoup matériel, "la prise de photos pourrait donc être particulièrement inquiétante."
La Défense n'est pas intervenue directement, mais suit de près les analyses de la police locale.
Survols de drones : provocation, menace réelle… ou les deux ?
Pour sa part, le bourgmestre de Butgenbach, Daniel Franzen, n'était pas informé d'une menace de drone ce vendredi matin. Il a cependant signalé qu'un drone avait été utilisé pour rechercher un cheval égaré dans la région, mais on ignore à ce stade s'il y a un lien entre les deux informations.
Les Russes ont compris que les drones sont devenus un sujet extrêmement sensible pour nous"
Quoi qu'il arrive, après la Pologne, la Roumanie, la Lituanie et le Danemark, ces survols posent plusieurs questions : s'agit-il de simples intrusions isolées, ou bien d'une stratégie délibérée pour évaluer les défenses occidentales ? La Russie, déjà soupçonnée dans d'autres cas, cherche-t-elle à envoyer un message ?
Intimidation, collecte de renseignements, test de nos défenses… "Sans doute un peu de tout ça", analyse Sven Biscop, spécialiste des questions stratégiques. Selon lui, il ne faut pas exagérer le potentiel d'espionnage sur la base d'Elsenborn.
"Il n'y a pas grand-chose à récolter ici. Une cible plus sensible serait par exemple la base de Kleine-Brogel, où sont stockées les armes nucléaires américaines."
Malgré les dénégations de Poutine, difficile de ne pas porter les regards vers le Kremlkin et ne pas interpréter ces incursions comme des tests.
D'après lui, ces incidents s'inscrivent dans un "jeu hybride" mené par Moscou depuis bien avant l'invasion de l'Ukraine. "Les Russes ont compris que les drones sont devenus un sujet extrêmement sensible pour nous. Ils s'amusent à appuyer là où ça fait mal."
Et pourquoi la Belgique ? "Nous sommes clairement une cible, confirme Biscop. Notre pays joue un rôle logistique clé dans l'effort de guerre occidental, héberge d'importantes institutions de l'OTAN et de l'Union européenne, et conserve près des deux tiers des avoirs russes gelés en Europe. Autant de raisons qui font de la Belgique un terrain d'intérêt particulier pour Moscou."
La réponse : un système anti‑drone interconnecté
Mais ces vols servent avant tout à nous interroger, à vérifier nos réactions, pas forcément à déclencher une frappe.
"Le basculement vers une menace militaire sérieuse reste possible et en temps de guerre, tout cela prend une autre dimension. D'où la nécessité d'un juste milieu : ne pas sur‑réagir à chaque incident, tout en montrant qu'on ne se laisse pas déstabiliser", indique-t-on du côté de la Défense.
Il faut dire que céder à l'émotion et multiplier les déploiements systématiques risquerait d'affaiblir la crédibilité et les ressources.
"Si chaque survol nous pousse à déployer massivement nos moyens, on montre qu'on est mal organisé, poursuit Biscop. Mieux vaut prouver que l'on détecte, analyse et répond de façon mesurée plutôt que d'alimenter l'effet recherché par l'adversaire."
Face à cette menace, l'Europe a opté pour une solution qui ne tient pas à un unique gadget miracle mais à un système interconnecté : un mur anti‑drone composé de capteurs, de capacités d'électronique de guerre et d'interceptions coordonnées.
Poutine rit des drones en Europe
Et alors que plusieurs aéroports danois ont dû fermer et que des vols ont été déroutés en Pologne, en Norvège et en Allemagne après le survol de drones, Vladimir Poutine choisit… l'ironie.
"Je ne recommencerai plus, promis", a-t-il lancé à Sotchi, se moquant des accusations visant la Russie. Dans le même temps, il a dénoncé "l'hystérie occidentale" et menacé de riposter à la "militarisation croissante de l'Europe".
"La réponse aux menaces sera, pour le moins, très convaincante. Nous n'avons nous-même jamais commencé une confrontation militaire", a insisté le président russe. Pour Bruxelles et Copenhague, la provocation est claire : Moscou rit de l'inquiétude européenne tout en montrant qu'il peut frapper où il veut, quand il veut.
