Virginie Efira et Bouli Lanners adoubés aux César
Vendredi soir, "La Nuit du 12", l'excellent polar féministe de Dominik Moll, s'est imposé avec six statuettes, dont celles du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur second rôle masculin pour Bouli Lanners. Virginie Efira a quant à elle enfin empoché son premier César, celui de la meilleure actrice, pour son rôle dans "Revoir Paris".

- Publié le 25-02-2023 à 10h19
- Mis à jour le 26-02-2023 à 10h38

Vendredi soir, la Belgique a été à la fête, lors de la 48e cérémonie des César, retransmise en direct depuis l'Olympia de Paris. Nommée pour la sixième fois, Virginie Efira a enfin décroché le César de la meilleure actrice pour son rôle dans Revoir Paris d'Alice Winocour. "J'ai fait 63 films cette année. J'avais mes chances…, a plaisanté la comédienne franco-belge sur scène. Ce César est pour Alice Winocour. Où es-tu ? Où sont les réalisatrices ? Merci aussi pour Les Enfants des autres (le film de Rebecca Zlotowski, qui n'a pas décroché une seule nomination, NdlR). Merci Niels (Schneider, son compagnon, NdlR). Merci Justine Triet, avec qui tout commence…" C'est en effet elle qui a fait d'Efira une actrice reconnue, en lui offrant le rôle de Victoria en 2017.
"J'ai fait 63 films cette année. J'avais mes chances…"
Ce premier César, Efira le décroche pour son rôle d'une survivante d'un attentat terroriste dans un bar parisien, qui apprend à se reconstruire, notamment aux côtés d'un autre survivant, campé par Benoît Magimel. Lequel a, lui, empoché le César du meilleur acteur, mais pour un autre film, le très atmosphérique Pacifiction de l'Espagnol Albert Serra, où il campe un gouverneur néocolonial à Tahiti. "C'est encore mieux la troisième fois…", a-t-il déclaré, visiblement surpris d'obtenir à nouveau le prix, un an après l'avoir eu pour De son vivant (et 17 ans après son César du second rôle pour La Tête haute).

"Où sont les réalisatrices ?"
"Où sont les réalisatrices ?", s'interrogeait Efira. Dès l'annonce des nominations le 25 janvier dernier, de nombreuses voix s'étaient en effet élevées pour regretter l'absence de femme dans la catégorie meilleure réalisation et une seule concourant au meilleur film, Valeria Bruni Tedeschi pour Les Amandiers. Malgré ses sept nominations, celui-ci est reparti quasiment bredouille, à l'exception du César du meilleur espoir remis à Nadia Tereszkiewicz, qui coiffe sur le poteau Rebecca Marder (nommée pour Une jeune fille qui va bien de Sandrine Kiberlain). On reverra très prochainement les deux jeunes actrices côte à côte dans Mon crime, le nouveau film de François Ozon.

Ce tropisme masculin de l'Académie des César est d'autant plus incompréhensible alors que, ces dernières années, ce sont justement les réalisatrices qui font briller le cinéma français dans les grands festivals : Palme d'or pour Titane de Julia Ducournau à Cannes, Lion d'or pour L'Événement d'Audrey Diwan et Grand Prix du jury à Venise pour Saint Omer d'Alice Diop… Cette dernière a néanmoins obtenu le César du meilleur premier film pour ce drame puissant, qui revient sur une tragique affaire d'infanticide.
Trois ans après le scandale Polanski — qui avait obtenu le César du meilleur réalisateur pour J'accuse en 2020 — et quelques semaines seulement après la Une lunaire du magazine professionnel Le Cinéma français intitulée "Objectif Reconquête" et ne présentant que des hommes blancs, le cinéma hexagonal continue de donner l'impression d'être refermé sur lui-même, sourd aux évolutions de la société.

"Un décès tous les trois jours"
Et pourtant, avec six César, le grand gagnant de la soirée, La Nuit du 12, est un film féministe. Par le biais du polar, Dominik Moll y aborde en effet la question du féminicide.
Montant sur scène pour venir chercher son prix, l'une des productrices du film, Caroline Benjo, a eu un message très fort. "Dans le film, deux personnages partagent ce constat : il y a quelque chose qui cloche entre les femmes et les hommes. C'est un euphémisme. Le morbide décompte de la violence faite aux femmes tient en une phrase : un décès tous les trois jours et, dans les mauvaises années, tous les deux jours. Seules les femmes savent dans leur chair la violence qu'on leur inflige. Et pourtant quand Dominik et Gilles (Marchand) sont venus nous voir, il paraissait évident qu'il y avait un manque, qu'il fallait donner la parole à ces hommes et que les cinéastes devaient absolument s'emparer de ce récit. […] MeToo a libéré la parole, maintenant il faut libérer l'écoute. Dans le film de Dominik, les hommes écoutent d'autres hommes débiter un flot de propos profondément misogynes, sans même s'en rendre compte. Mais surtout ils écoutent des femmes, qui leur tendent un miroir sans concession… Vive les femmes et vive les hommes qui rejoignent leur combat. Car ce combat, nous devons le mener ensemble."
Dominik Moll, quant à lui, a salué la mémoire de la jeune femme, brûlée vive par son assassin, dont s'inspire La Nuit du 12 : "Une pensée pour la vraie Clara, qui a inspiré le film. Elle s'appelait Maud…"

Bouli Lanners n'est plus "un imposteur"
Empochant son deuxième César du meilleur réalisateur (après celui pour Harry, un ami qui vous veut du bien en 2001), Dominik Moll a également obtenu, avec son coscénariste Gilles Marchand, le César de la meilleure adaptation — La Nuit du 12 s'inspire du récit de Pauline Guéna 18.3 : Une année à la PJ. Tandis que ses deux acteurs, qui campent le duo de flics enquêtant sur l'assassinat d'une jeune fille, ont été récompensés : Bastien Bouillon (meilleur espoir) et Bouli Lanners (meilleur second rôle).
"Merci d'effacer ce syndrome d'imposture. Putain, je vis à Liège quand même…"
Au moment de recevoir ce premier trophée majeur de sa carrière, l'acteur belge s'est montré très heureux : "Merci d'effacer ce syndrome d'imposture. Putain, je vis à Liège quand même…", a-t-il lâché face au parterre parisien…

C'est donc presque un sans-faute pour le cinéma belge. Seul Lukas Dhont n'est pas monté sur scène pour venir chercher le César du meilleur film étranger pour son deuxième film Close. Celui-ci a en effet été remis à As Bestas de l'Espagnol Rodrigo Sorogoyen, quelques jours après son triomphe aux Goya.
Alors qu'il était en tête des nominations (11), L'Innocent, l'irrésistible comédie de Louis Garrel, n'est reparti qu'avec deux prix : le César du meilleur second rôle féminin pour Noémie Merlant — "Je pense aussi à toutes les réalisatrices qui auraient dû être célébrées ce soir. Elles me manquent…", a regretté l'actrice du Portrait de la jeune fille en feu, d'une autre grande cinéaste française, Céline Sciamma — et celui du meilleur scénario original. À l'issue d'une cérémonie assez terne, seulement réveillée par l'arrivée inattendue de Brad Pitt aux côtés de Virginie Efira, pour remettre le César d'honneur à l'Américain David Fincher. L'auteur de Seven, Fight Club, Zodiac ou encore The Social Network a "salué la culture du cinéma français et l'art de la critique".

Une cérémonie sans éclat
Sans présentateur cette année, cette 48e cérémonie des César, où se sont succédé une douzaine de remettants, s'est en effet révélée assez lisse. Même si Jamel Debbouze s'est montré en forme au début de la soirée, au moment d'accueillir sur scène le président Tahar Rahim. "Tahar Rahim, Jamel Debbouze, il y a un problème avec la diversité… Vous devriez en mettre un peu dans les nommés, sinon ça va se voir…", s'est-t-il amusé, avant de rejouer le duo d'Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre aux côtés de sa "reine" Monica Bellucci.
Pour le reste, la soirée n'a jamais quitté les clous, ne dépassant pas les trois heures imparties. Dédiée au peuple ukrainien, la cérémonie a rendu hommage aux grands disparus — Godard et Trintignant en tête —, mais aussi, par la voix de Golshifteh Farahani, au peuple iranien. Par contre, quand une militante écologiste a fait irruption sur scène, Canal+ a immédiatement coupé l'antenne. Le temps d'évacuer manu militari, sous le regard défait de Léa Drucker, cette trouble-fête portant sur un t-shirt blanc l'inscription "We have 761 days left" ("Il nous reste 761 jours") pour rappeler l'urgence climatique…

Le palmarès complet des César 2023
Meilleur film
- La Nuit du 12 de Dominik Moll
- Les Amandiers de Valeria Bruni Tedeschi
- En corps de Cédric Klapisch
- L'Innocent de Louis Garrel
- Pacifiction d'Albert Serra
Meilleure réalisation
- Dominik Moll pour La Nuit du 12
- Cédric Klapisch pour En corps
- Louis Garrel pour L'Innocent
- Cédric Jimenez pour Novembre
- Albert Serra pour Pacifiction
Meilleure actrice
- Virginie Efira dans Revoir Paris d'Alice Winocour
- Fanny Ardant dans Les Jeunes amants de Carine Tardieu
- Juliette Binoche dans Ouistreham d'Emmanuel Carrère
- Laure Calamy dans À plein temps d'Éric Gravel
- Adèle Exarchopoulos dans Rien à foutre d'Emmanuel Marre et Julie Lecoustre
Meilleur acteur
- Benoît Magimel dans Pacifiction d'Albert Serra
- Jean Dujardin dans Novembre de Cédric Jimenez
- Louis Garrel dans L'Innocent de Louis Garrel
- Vincent Macaigne dans Chronique d'une liaison passagère d'Emmanuel Mouret
- Denis Ménochet dans Peter Von Kant de François Ozon
Second rôle féminin
- Noémie Merland dans L'Innocent de Louis Garrel
- Judith Chemla dans Le Sixième Enfant de Léopold Legrand
- Anaïs Demoustier dans Novembre de Cédric Jimenez
- Anouk Grimbert dans L'Innocent de Louis Garrel
- Lyna Khoudri dans Novembre de Cédric Jimenez
Second rôle masculin
- Bouli Lanners dans La Nuit du 12 de Dominik Moll
- François Civil dans En corps de Cédric Klapisch
- Micha Lescot dans Les Amandiers de Valeria Bruni Tedeschi
- Pio Marmaï dans En corps de Cédric Klapisch
- Roschdy Zem dans L'Innocent de Louis Garrel
Meilleur espoir féminin
- Nadia Tereszkiewicz dans Les Amandiers de Valeria Bruni Tedeschi
- Marion Barbeau dans En corps de Cédric Klapisch
- Guslagie Malanda dans Saint Omer d'Alice Diop
- Rebecca Marder dans Une jeune fille qui va bien de Sandrine Kiberlain
- Mallory Wannecque dans Les Pires de Lise Akoka et Romane Gueret
Meilleur espoir masculin
- Bastien Bouillon dans La Nuit du 12 de Dominik Moll
- Stefan Crepon dans Peter Von Kant de François Ozon
- Dimitri Doré dans Bruno Reidal, confession d'un meurtrier de Vincent Le Port
- Paul Kircher dans Le Lycéen de Christophe Honoré
- Aliocha Reinert dans Petite nature de Samuel Theis
Meilleur scénario original
- Louis Garrel, Tanguy Viel et Naïla Guiguet pour L'Innocent de Louis Garrel
- Éric Gravel pour À plein temps d'Éric Gravel
- Valeria Bruni Tedeschi, Noémie Lvovsky et Agnès de Sacy pour Les Amandiers de Valeria Bruni Tedeschi
- Cédric Klapisch et Santiago Amigorena pour En corps de Cédric Klapisch
- Alice Diop, Amrita David et Marie NDiaye pour Saint Omer d'Alice Diop
Meilleure adaptation
- Gilles Marchand et Dominik Moll pour La Nuit du 12 de Dominik Moll
- Michel Hazanavicius pour Coupez ! de Michel Hazanavicius
- Thierry de Peretti et Jeanne Aptekman pour Enquête sur un scandale d'État de Thierry de Peretti
Meilleur premier film
- Saint Omer d'Alice Diop
- Bruno Reidal, confession d'un meurtrier de Vincent Le Port
- Falcon Lake de Charlotte Le Bon
- Les Pires de Lise Akoka et Romane Gueret
- Le Sixième Enfant de Léopold Legrand
Meilleur film étranger
- As Bestas de Rodrigo Sorogoyen (Espagne)
- Close de Lukas Dhont (Belgique)
- La Conspiration du Caire de Tarik Saleh (Suède)
- EO de Jerzy Skolimowski (Pologne)
- Sans filtre (Triangle of Sadness) de Ruben Östlund (Suède)
Meilleur film d'animation
- Ma famille afghane de Michaela Pavlatova
- Ernest et Célestine : Le Voyage en Charabie de Julien Chheng et Jean-Christophe Roger
- Le Petit Nicolas. Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ? d'Amandine Fredon et Benjamin Massoubre
Meilleur documentaire
- Retour à Reims [Fragments] de Jean-Gabriel Périot
- Allons enfants de Thierry Demaizière et Alban Tuerai
- Les Années Super-8 d'Annie Ernaux et David Ernaux-Briot
- Le Chêne de Laurent Charbonnier et Michel Seydoux
- Jane par Charlotte de Charlotte Gainsbourg
Meilleur cout métrage de fiction
- Partir un jour d'Amélie Bonnin. Avoir sur Arte.tv
- Haut les coeurs d'Adrian Moyse Dublin
- Le Roi David de Lola Pinell
- Les Vertueuses de Stéphanie Halfon
Meilleur court métrage d'animation
- La Vie sexuelle de mamie d'Urska Djukic et Émilie Pigeard
- Câline de Margot Reumont
- Noir-Soleil de Marie Larrivé
Meilleur court métrage documentaire
- Maria Schneider, 1983 d'Élisabeth Subrin
- Churchill. Polar Bear Town d'Annabelle Amoros
- Écoutez le battement de nos images d'Audrey Jean-Baptiste et Maxime Jean-Baptiste
Meilleure musique originale
- Irène Drésel pour À plein temps
- Alexandre Desplat pour Coupez !
- Grégoire Hetzel pour L'Innocent
- Olivier Marguerit pour La Nuit du 12
- Marc Verdaguer et Joe Robinson pour Pacifiction
- Anton Sanko pour Les Passagers de la Nuit
Meilleure photo
- Arthur Tort pour Pacifiction
- Julien Poupard pour Les Amandiers
- Alexis Kavyrchine pour En corps
- Patrick Ghiringhelli pour La Nuit du 12
- Claire Mathon pour Saint Omer
Meilleur montage
- Mathilde Van De Moortel pour À plein temps
- Anne-Sophie Bion pour En corps
- Pierre Deschamps pour L'Innocent
- Laure Gardette pour Novembre
- Laurent Rouan pour La Nuit du 12
Meilleur son
- François Maurel, Olivier Mortier et Luc Thomas pour La Nuit du 12
- Cyril Moisson, Nicolas Moreau et Cyril Holtz pour En corps
- Laurent Benaïm, Alexis Meynet et Olivier Guillaume pour L'Innocent
- Cédric Deloche, Alexis Place, Gwennolé Le Borgne et Marc Doisne pour Novembre
- Jordi Ribas, Benjamin Laurent et Bruno Tarrière pour Pacifiction
Meilleurs costumes
- Gigi Lepage pour Simone – Le Voyage du siècle
- Caroline de Vivaise pour Les Amandiers
- Pierre-Jean Larroque pour Couleurs de l'incendie
- Emmanuelle Youchnovski pour En attendant Bojangles
- Corinne Bruand pour L'Innocent
- Maxedes de Vilallonga pour Pacifiction
Meilleurs décors
- Christian Marti pour Simone – Le Voyage du siècle
- Emmanuelle Duplay pour Les Amandiers
- Sébastien Birchler pour Couleurs de l'incendie
- Michel Barthélémy pour La Nuit du 12
- Sebastian Vogler pour Pacifiction
Meilleurs effets visuels
- Laurens Ehrmann pour Notre-Dame brûle
- Guillaume Marien pour Les Cinq Diables
- Sébastien Rame pour Fumer fait tousser
- Mikael Tanguy pour Novembre
- Marco Del Bianco pour Pacifiction