Les dirigeants des Vingt-sept déclarent l'état d'urgence pour l'économie européenne : "Moins de discussions, davantage d'engagement et d'actions"
Réunis dans un château du Limbourg pour une séance de réflexion, les dirigeants européens ont réclamé à la Commission une feuille de route pour agir vite et résolument afin de sauver la compétitivité de l'Union.
- Publié le 12-02-2026 à 21h31
- Mis à jour le 13-02-2026 à 09h47

Considérera-t-on, dans quelques années, le château d'Alden Biesen comme un lieu où a commencé à s'écrire un chapitre majeur de l'intégration européenne ? Tout dépendra de ce qu'il adviendra, dans les semaines, mois et années à venir, des idées échangées, un 12 février pluvieux dans le Limbourg, par les chefs d'État et de gouvernement des Vingt-sept lors de leur "séance de réflexion" sur la compétitivité et l'approfondissement du marché unique.
S'il est un constat unanimement partagé, c'est qu'il n'y a plus une minute à perdre pour sauver l'économie et l'industrie européennes, confrontées à un déluge d'importations chinoises, aux menaces de coercition des États-Unis, et victimes de ses multiples dépendances. "Je sens […] qu'il y a un grand sentiment d'urgence", a déclaré le président français Emmanuel Macron à son arrivée. "Moins de discussion, plus d'engagement et d'action. Le temps est précieux", a réclamé le président lituanien Gitanas Nauseda. "Les discussions ont insufflé une énergie nouvelle et un sens de l'urgence partagé", s'est félicité le président du Conseil européen, Antonio Costa, à l'issue de la réunion. "L'Union doit agir rapidement et résolument et cela a été répété par tous les participants", a confirmé, peu après, le chancelier allemand Friedrich Merz.
Une feuille de route en mars
La "retraite" des leaders européens ne devait pas accoucher de décisions concrètes, mais donner des orientations à la Commission européenne pour qu'elle établisse une feuille de route des actions prioritaires, à présenter lors du sommet, formel celui-là, des 18 et 19 mars. Celle-ci touchera à des sujets tels que la poursuite de la diversification des partenariats commerciaux et des sources d'approvisionnement. Ou encore la révision des règles de fusion-acquisition pour permettre l'apparition de champions européens dans des secteurs stratégiques. Il sera question du développement des capacités d'investissement privé, et notamment l'atterrissage, très attendu, du projet de marché européen des capitaux (dites : union de l'épargne et de l'investissement). Et s'il apparaît qu'il est impossible d'avancer à vingt-sept, alors l'option de la coopération renforcée sera activée. "Il faut vraiment que l'on puisse avancer dès à présent", a insisté la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
La discussion sur les investissements publics se tiendra concomitamment avec la négociation du budget européen 2028-2034. Certains, comme Emmanuel Macron, ou les chefs des gouvernements espagnol et italien, Pedro Sanchez et Giorgia Meloni, sont favorables à ce que l'UE émette de nouveaux emprunts pour financer des investissements dans des secteurs stratégiques. Le chancelier Merz, lui, ferme la porte. "Nous avons contracté une dette européenne dans des situations exceptionnelles, mais c'étaient des situations exceptionnelles", a affirmé l'Allemand, estimant que "l'exception ne peut pas devenir la règle".
Mais encore : les Vingt-sept attendent de la Commission des pistes pour protéger des secteurs industriels et établir, si nécessaire, un système de préférence européenne. "Il y a un accord trop large pour l'utiliser de manière proportionnée et ciblée dans certains secteurs", a assuré le président Costa.
Des urgences plus urgentes
Tout est urgent, mais certaines urgences le sont plus que d'autres. Les leaders européens ont validé les propositions que leur a faites l'ancien président du Conseil italien, Enrico Letta, pour approfondir le marché intérieur dans le domaine des télécoms, de l'énergie et des capitaux. Renforcer et compléter le marché intérieur dans les deux années qui viennent et lever les barrières qui entravent son bon fonctionnement est un projet de longue haleine, a souligné le Premier ministre belge Bart De Wever. "Il faut se concentrer sur des résultats rapides", a insisté l'Anversois et "engranger des victoires rapides" pour résoudre des problèmes pressants tels que la charge administrative ou le coût de l'énergie.
Pour ce qui touche au premier point, il y a unanimité, parmi les Vingt-sept, pour poursuivre et accélérer l'agenda de simplification réglementaire, tant au niveau européen qu'au niveau national. De la même manière, les États membres attendent la proposition de la Commission pour créer un 28e régime, européen, de droit des sociétés, qui doit permettre de s'établir plus facilement dans différents États membres.
Faire baisser les prix de l'énergie, vite
Réunis à Anvers la veille, les industriels européens ont pressé l'Union et la Commission d'agir prestement pour faire baisser les prix de l'énergie et, en particulier, ceux de l'électricité. Les avis divergent toutefois sur les recettes à suivre pour y parvenir. "La transition énergétique reste la stratégie de l'Europe pour atteindre l'autonomie stratégique et faire baisser les prix. Mais en attendant, nous avons besoin de solutions pragmatiques", a plaidé Antonio Costa. "Les prix sont structurellement trop élevés", a reconnu la présidente von der Leyen. Ils le sont notamment en raison des dépendances européennes vis-à-vis des importations d'énergies fossiles et à la volatilité des marchés. L'énergie produite en Europe, qu'il s'agit des renouvelables et du nucléaire, reste la moins chère, a rappelé l'Allemande. "L'an dernier, l'énergie renouvelable a coûté 34 euros par megawattheure, le nucléaire 50 à 60 et le gaz 100", a-t-elle précisé, en insistant aussi sur la nécessité de développer les interconnexions des infrastructures.
Pour faire baisser les prix, la Commission a promis de présenter, dès mars, une proposition pour revoir le système qui couple le prix de l'électricité à celui du gaz. Et, d'ici juin, de mettre sur la table une révision de l'Emission Trading Scheme (ETS), le marché carbone européen, qui fixe un prix pour la tonne de CO2 à s'acquitter pour "avoir le droit de polluer". L'instrument mis en place en 2005 a été un incitant à la transition énergétique et a contribué à une réduction des émissions de 39 %, les secteurs industriels couverts par l'ETS ont connu une croissance de 71 %, le marché a généré 260 milliards d'euros de revenus, et participé au développement des clean tech, a souligné Ursula von der Leyen.
Certains pays d'Europe centrale et orientale, moins loin que d'autres sur la voie de la décarbonation, voudraient le voir disparaître, le jugeant trop pénalisant pour leurs entreprises. Réviser oui, abolir, non. "Certains leaders n'aiment pas l'ETS, mais d'autres bien, et ont pris la parole pour le défendre", a glissé M. Costa.
