Telegram, "ex" repaire de crypto-fans fondé par Pavel Durov, part à l'assaut de Wall Street
Pour arriver à une rentabilité et maintenir son indépendance, le réseau social de discussions cryptées veut s'introduire en Bourse. C'est ce qu'affirme le CEO Pavel Durov, qui se montre ambitieux quant à la croissance de son entreprise.

- Publié le 12-03-2024 à 12h32
- Mis à jour le 12-03-2024 à 14h09

Ça bouge du côté des réseaux sociaux ! Avec un nombre grandissant d'utilisateurs sur la plupart des plateformes, certaines de celles-ci semblent vouloir passer à l'étape supérieure. L'application de médias sociaux Telegram envisage en effet une introduction en Bourse. Cette décision vient après une période de croissance rapide pour l'entreprise d'origine russe, qui compte désormais 900 millions d'utilisateurs et génère plusieurs centaines de millions de dollars de revenus (selon ses dirigeants). A titre de comparaison, le rival WhatsApp, propriété de Meta, compte 1,8 milliard d'utilisateurs actifs par mois.
Valorisée à 30 milliards de dollars par des fonds, selon des déclarations faites par le co-fondateur Pavel Durov lors d'une interview au Financial Times, Telegram souhaite se détacher de son image de "repaire de spécialistes crypto" et étaler son utilisation à plus grande échelle.
L'application va donc rejoindre un autre réseau social, Reddit, dans le mouvement. Récemment, la plateforme de discussions américaine a récemment annoncé son intention de s'introduire en Bourse, ce qui devrait être acté à la fin de ce mois de mars. Avec une valorisation espérée de 6,5 milliards de dollars, cette introduction en Bourse serait une première d'importance pour une entreprise de médias sociaux depuis Pinterest en 2019, signalant un regain d'intérêt pour le secteur.
Russe, mais international
Si Telegram peut se permettre cette future entrée en Bourse, le rôle de son cofondateur Pavel Durov y est certainement pour quelque chose. Ce dernier est un entrepreneur en technologie qui a également créé VKontakte, le plus grand réseau social de Russie souvent désigné comme le "Facebook russe". Après avoir quitté la Russie en 2014 notamment en raison de pressions politiques après avoir refusé de fermer des groupes de discussion politique contestant le président Vladimir Poutine, Pavel Durov a obtenu la nationalité de Saint-Christophe-et-Niévès. Puis a été naturalisé français en 2021, son nom étant dorénavant francisé en Paul du Rove. Cela souligne le parcours international et les défis personnels et professionnels auxquels Durov a dû faire face.
Telegram, désormais basé à Dubaï, a réussi à maintenir une structure légère avec seulement une cinquantaine d'employés, tout en doublant presque son nombre d'utilisateurs en trois ans. Pour atteindre une certaine rentabilité, même si aucun chiffre officiel n'est sorti concernant leur chiffre d'affaires, la plateforme a introduit des abonnements premium (à 5,49 euros par mois ou 39,99 euros l'année) et la possibilité de diffuser de la publicité, pivotant vers un modèle économique plus durable et assez conventionnel pour le secteur. "Nous espérons que notre système devienne profitable l'année prochaine, et même peut-être cette année", s'enthousiasme le CEO.
Maintenir l'indépendance
Longtemps considérée comme une niche pour les passionnés de cryptomonnaies et un refuge pour ceux cherchant à échapper à la surveillance, Telegram, messagerie cryptée, s'est également imposée comme un outil pour les opposants politiques et les personnalités publiques souhaitant communiquer en toute sécurité. Toutefois, cette popularité a ses revers, la plateforme étant critiquée pour son utilisation par des groupes criminels et étant bloquée dans plusieurs pays pour des raisons de sécurité nationale dont la Chine, l'Inde et l'Iran.
La vision du naturalisé français pour Telegram dépasse la simple messagerie sécurisée. Il envisage une plateforme qui démocratise l'accès à l'information et reste indépendante grâce à sa profitabilité. "La principale raison pour laquelle nous avons commencé à monétiser est que nous voulions rester indépendants. De manière générale, nous considérons la valeur d'une introduction en Bourse comme un moyen de démocratiser l'accès à la valeur de Telegram", a déclaré Pavel Durov au Financial Times.
À noter que durant l'interview, le CEO a précisé qu'actuellement, aucune levée de fonds n'était prévue avant l'introduction sur le marché boursier.
