Telegram opère un changement majeur pour lutter contre les criminels, mais inquiète ses utilisateurs
La justice française reproche au CEO de Telegram, Pavel Dourov, d'être en partie responsable des crimes commis par des tiers sur la plateforme.

- Publié le 24-09-2024 à 09h58
- Mis à jour le 24-09-2024 à 11h21

"L'arrestation du président de Telegram sur le territoire français a eu lieu dans le cadre d'une enquête judiciaire en cours. Ce n'est en rien une décision politique", se devait d'écrire Emmanuel Macron sur X, après l'interpellation du milliardaire franco-russe Pavel Dourov à Paris. Il faut dire que cette dernière a suscité de vives réactions à travers le monde. L'homme de 39 ans a d'ailleurs reçu le soutien du lanceur d'alerte américain établi en Russie Edward Snowden et d'Elon Musk : des partisans indéfectibles autoproclamés de la liberté d'expression. À Moscou, le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov dénonçait une "tentative d'intimidation".
De la garde à vue, Pavel Dourov est passé par une mise en examen avant d'être finalement libéré tout en étant obligé de rester sur le sol français. La justice lui reproche, entre autres, le refus de communiquer les informations nécessaires aux interceptions autorisées par la loi ou encore la complicité de délits et de crimes qui s'organisent sur la plateforme (trafic de stupéfiants, pédopornographie, escroquerie et blanchiment en bande organisée), a détaillé dans un communiqué la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée.
Libéré depuis quelques semaines, il a nié les accusations à son encontre et s'est insurgé contre les autorités, disant que le tenir responsable des crimes commis par des tiers sur la plateforme était à la fois "surprenant" et "mal avisé." Mais cela n'a pas empêché son réseau de messagerie de répondre docilement aux attentes de la justice.
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L'application de messagerie a donc affirmé qu'à l'avenir, elle transmettrait les adresses IP et les numéros de téléphone des utilisateurs aux autorités qui ont des mandats de perquisition ou d'autres demandes légales valides. Le but ? "Décourager les criminels", a affirmé Pavel Dourov dans un message de Telegram. "Alors que 99,999 % des utilisateurs de Telegram n'ont rien à voir avec la criminalité, les 0,001 % impliqués dans des activités illicites créent une mauvaise image pour toute la plateforme, mettant en danger les intérêts de nos presque 1 milliard d'utilisateurs", a-t-il poursuivi, ajoutant que l'application utilisait désormais une "équipe de modérateurs dédiée" qui utilisaient l'intelligence artificielle (IA) pour dissimuler le contenu problématique dans les résultats de recherche.
Cela signifie-t-il que la plate-forme commencera à coopérer avec les autorités dans les régimes répressifs ?"
Même si Telegram a déjà dénoncé des cas de terrorisme présumé, cette annonce marque un revirement important pour cette plateforme, dont le marketing repose depuis toujours sur son opacité face aux requêtes gouvernementales. Ce marketing "a attiré des gens qui voulaient se sentir en sécurité en partageant leurs opinions politiques dans des endroits comme la Russie, la Biélorussie et le Moyen-Orient", affirme à la BBC John Scott-Railton, chercheur au Citizen Lab de l'Université de Toronto. Plus tôt cette semaine, l'Ukraine a d'ailleurs interdit l'application sur les appareils d'État pour "minimiser les menaces posées par la Russie".
"Beaucoup examinent maintenant l'annonce de Telegram avec une question fondamentale à l'esprit : cela signifie-t-il que la plate-forme commencera à coopérer avec les autorités dans les régimes répressifs ?", analyse encore John Scott-Railton. Mais Telegram n'a pas donné beaucoup de clarté sur la façon dont la société va gérer les demandes des dirigeants de tels régimes à l'avenir.
