Le dernier coup du Kremlin pour faire tomber le patron de Telegram
Une enquête pénale est ouverte en Russie pour des accusations de "complicité d'activités terroristes" contre le patron de Telegram, Pavel Durov.

- Publié le 24-02-2026 à 16h26

Telegram est décidément dans le viseur russe. Alors que la Russie a annoncé il y a quelques semaines une restriction de l'accès à la messagerie Telegram sur son territoire pour mieux contrôler les informations qui y circulent, les autorités russes viennent désormais d'ouvrir une enquête visant son fondateur, le milliardaire Pavel Durov.
Selon les médias russes, relayés par le Financial Times, une enquête pénale a donc été ouverte et porte sur des accusations de "complicité d'activités terroristes". Le Kremlin affirme également que Telegram ne respecterait pas la législation russe, notamment en refusant de fournir des données demandées par les autorités.
Pavel Durov, visé par la Russie
Selon les médias russes qui citent des documents du FSB (service fédéral de sécurité russe), Telegram serait utilisé par des services de renseignement occidentaux et ukrainiens comme un outil de "guerre hybride" contre la Russie et est pointé du doigt pour avoir "organisé des troubles politiques ainsi que des actes de terrorisme et de sabotage", rapporte le Moscow Times.
Le FSB affirmerait également que Telegram aurait refusé de fournir des informations permettant à la Russie d'accéder aux messages envoyés par des criminels, ce qui aurait, toujours selon le FSB, facilité la préparation de l'attentat du Crocus City Hall. Pour rappel, le 22 mars 2024, des hommes armés avaient ouvert le feu dans la salle de concert en périphérie de Moscou, tuant 149 personnes et faisant plus de 600 blessés. L'État islamique avait alors revendiqué l'attentat, mais Moscou affirmait que l'Ukraine était responsable.
Les autorités russes affirment également que l'Ukraine a pu utiliser des données pour mener des attaques contre la Russie, notamment contre des hauts responsables militaires russes ainsi que "33 000 autres attentats à la bombe, incendies de centres de recrutement et meurtres depuis le début de la guerre", note le Financial Times.
Une pression croissante sur Telegram
Ce n'est pas la première fois que Telegram est dans le collimateur du Kremlin. Mais depuis début février, l'accès à Telegram a été particulièrement restreint : l'application fonctionne au ralenti pour les utilisateurs russes, selon des médias locaux.
Avec plus de 60 millions d'utilisateurs en Russie, selon les chiffres de The Guardian, cette volonté s'inscrit dans la stratégie du Kremlin de créer un écosystème numérique national, indépendant des technologies occidentales et donc plus facilement contrôlable par l'État. Pour ce faire, le régulateur des médias Roskomnadzor a donc fait ralentir les vitesses de téléchargement et a bloqué les appels vidéo et vocaux sur la plateforme.
Cependant, cette annonce ne plaît pas à tout le monde. Plusieurs influenceurs pro-guerre russes estiment que cette restriction pourrait nuire aux troupes russes, qui dépendent toujours largement de cette messagerie pour coordonner leurs opérations.
La montée de Max, l'alternative russe
En parallèle, les autorités tentent de mettre en place une application russe, appelée Max, entièrement contrôlée par l'État russe. Cette application, à l'instar de WeChat en Chine, permet de communiquer, payer ses factures, garder ses photos,… Le ministère russe du Développement numérique recommande d'ailleurs aux grandes entreprises de privilégier ce système pour les communications.
Cette application a été lancée en mars 2025 par le groupe technologique russe VK (équivalent de Facebook) et vise donc à totalement remplacer Telegram ou encore WhatsApp, également dans le viseur du Kremlin.
Pour Pavel Durov, cette volonté de limiter l'accès à Telegram illustre l'objectif de la Russie : "La Russie limite l'accès à Telegram pour obliger ses citoyens à utiliser une application contrôlée par l'État, conçue pour la surveillance et la censure politique. Cette mesure autoritaire ne changera pas notre cap. Telegram représente la liberté et la vie privée, quelles que soient les pressions", a-t-il expliqué sur X.
