Macron alloue 10 milliards pour solder la crise des "gilets jaunes"
- Publié le 12-12-2018 à 07h56
- Mis à jour le 12-12-2018 à 08h01

Le discours prononcé lundi soir par Emmanuel Macron acte-t-il le fameux "tournant social" que beaucoup appelaient de leurs vœux ? La question fait débat, y compris au sein de la majorité. Une chose est sûre cependant : après avoir longtemps sous-estimé l'ampleur de la crise des "gilets jaunes", le chef de l'État n'a cette fois pas lésiné sur les moyens.
Les mesures en faveur du pouvoir d'achat listées ce lundi par le Président devraient en effet coûter plus de 5 milliards d'euros au budget de l'État. Si l'on y ajoute les autres annonces faites par le gouvernement depuis le début de la crise - notamment l'annulation de la hausse de la taxe sur les carburants -, la facture devrait s'élever à la bagatelle de 10 milliards d'euros. Objectif : permettre aux Français qui peinent à joindre les deux bouts de "bénéficier du fruit de leur travail", comme l'a dit le Premier ministre, Édouard Philippe, ce mardi, à l'Assemblée nationale. En espérant qu'ils réinjectent une partie de ces cadeaux dans la machine économique.
Pour autant, Emmanuel Macron n'a pas troqué la "politique de l'offre" - favorable aux entreprises et aux plus aisés - qu'il prône depuis le début de son quinquennat pour une politique keynésienne. Il s'est ainsi refusé à revenir sur la suppression de l'impôt sur la fortune, qui figurait pourtant parmi les principales revendications des "gilets jaunes". "Nous ne détricoterons rien de ce qui a été fait depuis dix-huit mois", avait-il martelé durant le Conseil des ministres, la semaine passée. Il s'est tenu, ce lundi, à cette promesse, même s'il a dit souhaiter que "nos grandes entreprises, nos concitoyens les plus fortunés, aident la Nation à réussir". Par ailleurs, lors de son allocution, Macron a indiqué qu'il ne renonçait pas non plus aux réformes structurelles prévues pour 2019. "J'entends que le gouvernement poursuive l'ambition des transformations de notre pays que le peuple a choisi il y a maintenant 18 mois, a-t-il énoncé. Nous avons devant nous à conduire une réforme profonde de l'État, de l'indemnisation du chômage et des retraites."
Finalement, aux yeux de beaucoup, les annonces de Macron relèvent davantage d'un changement de calendrier, que d'une évolution profonde de la philosophie qui porte les réformes depuis 2017. "L'idée de base était d'améliorer la compétitivité dans un premier temps afin de stimuler la croissance, puis dans un second temps de faire de la redistribution, analyse un élu de la majorité. Là, on anticipe simplement sur le second temps, mais l'idée reste fondamentalement la même."
Environnement international moins porteur
Reste que ce changement de temporalité n'est pas sans poser problème. Les annonces faites lundi devraient en effet faire exploser le déficit budgétaire. Il pourrait finalement s'élever à 3,4 % du PIB en 2019, contre 2,8 % prévus dans le projet de budget initial. Au risque d'entamer la crédibilité de Macron sur la scène européenne. Par ailleurs, la croissance pourrait également être moindre qu'attendu, sous les effets conjugués de la crise des "gilets jaunes" et d'un environnement international devenu moins porteur. Or, selon l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), si la croissance tombait à 1,5 % l'an prochain - au lieu des 1,7 % prévus - les pertes de recettes fiscales seraient de 1 à 2 milliards d'euros au minimum. Autant dire que pour Emmanuel Macron, la quadrature du cercle fiscal est encore loin d'être résolue..
Quatre mesures pour le pouvoir d'achat
Défiscalisation des heures supplémentaires. Coût : 3,5 milliards d'euros.
Hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) annulée pour les retraités gagnant moins de 2 000 euros par mois. Coût : 1,5 milliard d'euros.
Augmentation de 100 euros par mois du revenu d'un travailleur au Smic. Coût : non encore chiffré.
Prime exceptionnelle de fin d'année, défiscalisée, versée par les employeurs qui le peuvent. Coût : non encore chiffré.
