La mémoire du massacre de Srebrenica enflamme les esprits en Bosnie-Herzégovine
Une résolution présentée ce mercredi à l'Assemblée générale des Nations unies propose de faire du 11 juillet une journée hommage aux victimes des milices serbes commandées par le général Ratko Mladic.

- Publié le 17-04-2024 à 19h14

Il y a plusieurs semaines déjà que le président Vucic assure, l'air inquiet et affligé, que la Serbie serait "devant les semaines les plus difficiles de son histoire". Le doute prévaut encore sur la nature exacte de la catastrophe annoncée par le chef de l'Etat, à moins qu'il ne s'agisse des deux mauvaises nouvelles pour Belgrade que sont le vote, mardi, de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe en faveur de l'adhésion du Kosovo à cette institution, et la résolution présentée ce mercredi à l'Assemblée générale des Nations unies qui propose de faire du 11 juillet une Journée internationale du souvenir du génocide de Srebrenica, et qui devrait être soumise au vote le 2 mai prochain.
Ce texte, présenté par l'Allemagne et le Rwanda, et désormais coparrainé par une quinzaine de pays, dont la France mais aussi l'Albanie, les Etats-Unis ou la Turquie, dénonce toute expression de négationnisme à l'encontre du massacre de plus de 8000 hommes de nationalité bosniaque, en juillet 1995, dans l'enclave de Srebrenica assiégée par les milices serbes de Bosnie-Herzégovine. Des troupes commandées par le général Ratko Mladic, lui-même condamné à la prison à vie pour génocide par le Tribunal pénal international de La Haye.
Eviter un veto de la Chine et de la Russie
La résolution met Belgrade en position difficile. En 2010, la Serbie avait adopté une loi reconnaissant l'ampleur du crime commis en 1995 à Srebrenica, mais sans lui attribuer la qualification de "génocide". Les autorités serbes de Bosnie-Herzégovine le contestent également, malgré la loi qui pénalise le "négationnisme", imposée en 2021 par le Haut représentant international en Bosnie-Herzégovine. Pour mémoire, saisie par la Bosnie-Herzégovine contre la Serbie, la Cour internationale de justice a bien reconnu dans un arrêt rendu en 2007 la nature génocidaire des faits commis à Srebrenica, mais sans en rendre la Serbie coupable.
Aleksandar Vucic, qui était en visite officielle la semaine dernière à Paris, a essayé de défendre l'idée que le Conseil de sécurité serait un cadre plus approprié que l'Assemblée générale des Nations unies pour discuter de la situation en Bosnie-Herzégovine, plaidant le fait que la région serait encore "instable". Le fait est qu'au sein du Conseil de sécurité, Belgrade pouvait compter sur le droit de veto de ses deux alliés traditionnels que sont la Chine et la Russie pour bloquer une résolution, ce qui n'est pas le cas devant l'Assemblée générale.
Tensions en Bosnie-Herzégovine
Les réactions les plus vives viennent toutefois de Republika Srpska. Milorad Dodik, le président de cette "entité serbe" d'une Bosnie-Herzégovine toujours divisée, a aussitôt annoncé que cette dernière "ne survivrait peut-être pas" au vote de la résolution. "Nous allons clairement indiquer que nous ne pouvons pas vivre avec les Bosniaques qui nous calomnient constamment et imposent des responsabilités là où elles n'existent pas", a-t-il affirmé. De fait, ce 18 avril, les autorités serbes de Bosnie-Herzégovine appellent à un grand rassemblement à Banja Luka, alors même que le Parlement de l'entité doit adopter sa propre loi électorale, ce qui est une provocation à l'égard des institutions centrales de Bosnie-Herzégovine et un pas de plus vers une possible sécession de l'entité.
Le ministre serbe des Affaires étrangères, Ivica Dacic, a noté que "ni la Serbie ni la Republika Srpska ne sont mentionnées dans la résolution, mais qu'il s'agit d'un crime contre les musulmans bosniaques, que quelqu'un a donc bien dû commettre", et Belgrade ne semble nullement encline à calmer les ardeurs des Serbes de Bosnie-Herzégovine, malgré sa qualité de "garante" des accords de paix de Dayton. Au contraire, dans une initiative inédite dont la portée semble encore difficile à définir, les autorités serbes ont convoqué pour les 5 et 6 mai, qui correspond au dimanche et au lundi de Pâques selon le calendrier julien suivi par les orthodoxes serbes, un Sabor, c'est-à-dire un "conseil national-ecclésiastique pan-serbe" qui devrait réunir les politiques et religieux de Serbie et de Republika Srpska. Détail piquant, cette date devrait correspondre à celle de la visite du président chinois Xi Jiping en Serbie.
