Après un kidnapping et une descente aux enfers, Melissa retrouve sa famille, 50 ans plus tard:"C'est un miracle de Noël"
En 1971, une mère confie son bébé à une nourrice. Elle est loin de se douter que son enfant sera enlevé et que les recherches dureront un demi-siècle… avant une fin heureuse. Dans le cadre de son dossier "Il était une fois", La Libre revient sur l'enlèvement de Melissa Highsmith, et son dénouement miraculeux près de 50 ans plus tard.

- Publié le 28-12-2025 à 12h00
- Mis à jour le 28-12-2025 à 20h48

23 août 1971. Alta Atapenco a la vingtaine. Mère d'une petite Melissa âgée de 22 mois, elle est serveuse dans un restaurant de Fort Worth, au Texas.
Récemment séparée, elle vit en colocation et cherche une personne de confiance pour s'occuper de son bébé pendant ses heures de service. Elle publie donc une annonce dans un journal local. C'est alors qu'elle reçoit une réponse qui va bouleverser sa vie.
La jeune maman est contactée par une nourrice. Un rendez-vous est convenu : la nounou doit se présenter au restaurant d'Alta, afin de faire plus ample connaissance. Mais le jour-J, la nurse est aux abonnées absentes.
La baby-sitter finira par la rappeler, prétextant disposer d'un grand jardin, et avoir l'habitude de garder des enfants.
Désespérée à l'idée de ne trouver personne pour s'occuper de sa fille, la jeune femme de 22 ans accepte de lui confier Melissa, sans même l'avoir jamais aperçue. Grave erreur.
Arrive le premier jour de garde. Ce matin-là, la jeune serveuse doit se rendre de bonne heure au restaurant. Sa colocataire est donc chargée de remettre l'enfant à la nourrice en son absence. Alta demande à la nounou de redéposer Melissa à la fin de son service, vers seize heures. Mais rien ne va se passer comme prévu.
À dix-huit heures, toujours aucune nouvelle de la petite. La jeune maman se fait un sang d'encre. Immédiatement, elle prévient la police, qui se lance sur la piste de la baby-sitter.
La colocataire d'Alta dresse un portrait-robot, décrivant une femme portant des gants blancs. En vain : les recherches piétinent, et ce malgré l'intervention du FBI. La mère meurtrie comprend qu'on ne lui ramènera jamais son bébé.

Une détermination sans faille
Chamboulée par cette catastrophe, Alta Atapenco renoue contact avec le père de sa fille, Jeffrie Highsmith, dont elle s'était séparée quelques mois plus tôt. Ils se remettent ensemble, et pour repartir sur de solides bases, ils quittent le Texas pour l'Illinois. Dans cet état situé à quinze heures de route plus au Nord, le couple va tenter de se reconstruire.
Très amoureux et pieux, Jeffrie et Alta se marient et fondent une famille. De leur union naissent quatre nouveaux enfants : trois filles, Victoria, Rebecca et Sharon, ainsi qu'un petit garçon prénommé Jeff.
Les années passent, puis les décennies. L'affaire reste au stade de "cold case". "Baby Melissa" est toujours introuvable. L'enlèvement toujours non élucidé.
Mais la famille ne perd pas espoir. Loin de se résigner, elle garde la foi et poursuit inlassablement ses recherches. Catholiques fervents, les Highsmith prient pour le retour de leur fille chérie.
Avec le poids des ans, les enfants prennent le relais de leurs parents, dans une quête de plus en plus chimérique, à la recherche de la sœur qu'ils n'ont jamais connus.
De désillusions en fausses pistes, le chemin est semé d'embûches. Maintes et maintes fois, on leur donne des tuyaux, qui finissent toujours par tomber à l'eau.
Comme le 8 septembre 2022. Ce jour-là, les Highsmith reçoivent un signalement en provenance de Caroline du Sud. Une dame ressemblant à un cliché de Melissa vieillie artificiellement y aurait été aperçue. Jeff, le petit dernier, se précipite sur place. Hélas, c'est encore un échec.
Mais ce qui aurait pu être un camouflet va donner une nouvelle dynamique aux recherches. "Quelque chose s'est réveillé ce jour-là et toute la famille s'est unie autour d'un objectif : trouver Melissa", explique Rebecca.

Les prodiges de l'ADN
Reboostés, les Highsmith prennent le taureau par les cornes. Profitant des kits de prélèvement ADN en vente libre aux États-Unis, Rebecca s'inscrit sur un site d'analyse génétique réputé au pays de l'Oncle Sam, Ancestry.com. Son père fait de même sur la plateforme 23andMe.
Et les résultats ne se font pas attendre. Trois semaines plus tard, le 6 novembre 2022, la famille reçoit un mail très intrigant. Les Highsmith y voient un signe. On fête aujourd'hui l'anniversaire de Melissa. Une journée spéciale pour le clan, qui organise chaque année une veillée en l'honneur de l'enfant disparu.
Le contenu du message est saisissant. Le site 23andMe est formel : Jeffrie a une petite-fille, dont il ignorait jusque-là l'existence. Rebecca décide donc de comparer les résultats avec son profil sur Ancestry.com.
Bingo ! La petite-fille de Jeffrie porte le même nom de famille que deux garçons susceptibles d'être les neveux de Rebecca. Les pièces du puzzle se complètent une par une.
Les trois filles Highsmith contactent alors une généalogiste amateur, qui leur confirme que les trois enfants sont bien ceux de l'un de leurs frères ou sœurs.
En deux temps trois mouvements, la férue de génétique retrouve une certaine Melanie Walden — également connue sous le nom de Melanie Brown, du nom de son ex-mari — qui vit à Fort Worth. Les Highsmith en sont persuadés : Melissa et Melanie sont la même personne.

Le plus dingue ? Melanie habite à seulement quelques minutes de chez Alta, de retour dans la région, après sa retraite et son divorce avec Jeffrie.
Les enfants Highsmith, ainsi que le père, contactent alors Melanie sur Facebook, lui annonçant être de sa famille et expliquant pouvoir l'attester par une preuve ADN. Cette dernière est d'abord sceptique devant de telles révélations et croit à une arnaque.
La descente aux enfers… puis le miracle
Il faut dire qu'avant ce message, Melissa ne se doute pas une seule seconde qu'elle a été un jour enlevée.
Sa vie a été loin d'être un long fleuve tranquille depuis son kidnapping. Renommée Melanie par sa ravisseuse, elle est humiliée par celle qu'elle croit être sa mère, qui lui fait croire qu'elle souffre d'un retard mental et lui ment sur toute la ligne. La jeune fille n'a pas de papiers de naissance ? "C'est normal, j'ai accouché à la maison", lui clame celle qui l'a élevée.
"Mon père ? Elle ne m'en parlait pas. J'avais un beau-père, mais lui, il abusait de moi", expliquera plus tard Melissa.
À l'adolescence, sa descente aux enfers commence. Elle fugue du domicile familial à 15 ans, se marie à 17 ans. À 19 ans, elle est déjà mère de trois enfants. Elle vit de petits boulots, allant jusqu'à se prostituer pour subvenir aux besoins de sa famille. Ce qui n'est pas du goût des services sociaux, qui placent ses enfants en 1990. Ces derniers sont adoptés et elle ne les reverra jamais. Ironie du sort, ce sont eux qui, grâce à l'ADN, lui permettront de retrouver ses parents ainsi que ses frères et sœurs.
Et si c'était elle ?
Retour en 2022. Melanie est prise d'un doute. "Et si c'était moi ?", se dit-elle en repensant à l'enfant disparu. Après une recherche Google, celle qui a désormais plus de cinquante ans retrouve l'avis de recherche du bébé disparu en 1971. Il mentionne une tache de naissance sur le dos. Troublant. Elle en a une aussi, exactement au même endroit.
C'en est trop, ce ne peut pas être une simple coïncidence. La quinquagénaire accepte de faire un test ADN.

Le verdict et les retrouvailles
26 novembre 2022. Le verdict tombe. Melanie Walden et Melissa Highsmith sont bien une seule et même personne. Et l'imposteuse qui a élevé Melissa finit par lâcher le morceau. "Elle a fini par avouer que j'étais bien bébé Melissa et qu'elle m'avait achetée dans la rue pour 500 dollars", relate la désormais quinquagénaire.
Mais l'heure est aux retrouvailles. Dans le laboratoire d'analyses ADN de Fort Worth, l'émotion est palpable. Les larmes coulent. Jeffrie Highsmith et Alta Apantenco ont retrouvé leur fille après toutes ces années.

Ils peuvent maintenant rattraper le temps perdu. "C'est bouleversant, mais en même temps, c'est le plus beau sentiment au monde", confie Melissa, qui vit ses premiers moments avec ses parents depuis son enlèvement un demi-siècle plus tôt.
"Je n'arrivais pas à y croire. Je pensais que je ne la reverrais jamais", explique quant à elle Alta Apantenco, sa mère, pleine d'émotions.

Difficile de mettre des mots sur de tels sentiments. "Je crois que c'est impossible. C'est un miracle de Noël", s'exclame Sharon, qui vient de rencontrer la sœur qu'elle n'avait encore jamais vue.
51 ans plus tard, la famille Highsmith est enfin réunie.