"On dirait un chien enragé" : Donald Trump mettra-t-il sa menace de renvoyer l'Iran "à l'âge de pierre" à exécution ?
Le Pentagone prévoit une option moins radicale. Mais le président américain aura le dernier mot.

- Publié le 07-04-2026 à 14h24
- Mis à jour le 07-04-2026 à 16h21

Avec Donald Trump, l'imprévisibilité est de mise. Mardi, le président des États-Unis a maintenu son dernier ultimatum en date à l'Iran, qu'il a sommé de libérer la navigation dans le détroit d'Ormuz avant 20 heures, mardi soir, heure de Washington (2 heures du matin en Belgique). "Après ça, ils n'auront plus de ponts, plus de centrales électriques, oui, l'âge de pierre", a menacé le président des États-Unis. En quatre heures, selon lui, tout serait détruit.
L'Iran a réagi par la voix de son armée qui estime que la "rhétorique arrogante" de Donald Trump est sans effet. "Si l'armée terroriste américaine franchit les lignes rouges, notre riposte s'étendra au-delà de la région", promettent les Gardiens de la révolution, qui menacent de mener des actions contre des infrastructures qui "priveront les Etats-Unis et leurs alliés de pétrole et de gaz de la région pendant des années".
Inquiétudes au Moyen-Orient
L'armée israélienne n'a pas attendu l'expiration de l'ultimatum américain. Selon un communiqué militaire, elle a mené, mardi, "une vaste série de frappes visant des dizaines de sites d'infrastructure". Les autorités iraniennes ont fait état, de leur côté, d'attaques ayant visé au moins deux ponts dans le centre du pays.
Cette surenchère suscite des inquiétudes au Moyen-Orient. "Si l'escalade se poursuit sans contrôle, nous finirons par nous retrouver dans une situation où elle ne pourra plus être contrôlée. Et nous sommes très proches de ce point", a prévenu, mardi, lors d'un point presse le porte-parole du ministère des affaires étrangères qatari, Majed Al-Ansari.
Donald Trump a laissé ouverte la porte aux négociations. L'option semble improbable, tant le régime iranien, désormais dominé par les Gardiens de la révolution, reste inflexible. Les États-Unis comme l'Iran ont chacun rejeté les propositions de cessez-le-feu de pays médiateurs, Pakistan, Turquie, Égypte. La Première ministre japonaise Sanae Takaichi est venue s'ajouter à cet aréopage, mardi. Elle a annoncé qu'elle s'entretiendrait avec le président américain et son homologue iranien, Masoud Pezeshkian.

Le trio nommé par Trump favorable à un accord
Le vice-président JD Vance, Steve Witkoff et Jared Kushner, que Donald Trump a chargés des négociations avec l'Iran, sont favorables à la conclusion d'un accord. Mais le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et les dirigeants de l'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, l'exhortent à ne pas accepter de cessez-le-feu tant que l'Iran n'aura pas fait de concessions, comme la réouverture du détroit d'Ormuz ou céder tout son uranium hautement enrichi.
La menace de Donald Trump, de bombarder les infrastructures civiles, si elle était mise à exécution, relèverait de la qualification de crime de guerre. On se doute qu'il en faut plus pour émouvoir le milliardaire. Jusqu'ici la campagne de bombardements menée par les États-Unis et Israël a épargné l'essentiel des infrastructures d'approvisionnement en électricité et en carburant du pays.
Le Pentagone prudent
Selon le site Politico, qui cite des sources anonymes au sein du Pentagone, les planificateurs militaires ont prévu une alternative à la menace du président, avec une liste de cibles alternatives, afin de se prémunir d'une telle accusation. Plutôt que des infrastructures strictement civiles, l'option aurait été prise de cibler des sites qui sont également utiles à l'armée.
"C'est le rôle du Pentagone de prendre les dispositions nécessaires pour offrir au commandant en chef un maximum de possibilités", a commenté Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison-Blanche. "Cela ne signifie pas que le président ait pris une décision." Si le régime iranien ne se plie pas à l'ultimatum, a-t-elle assuré, "le président le renverra à l'âge de pierre, comme il l'a promis."
La menace de Donald Trump masque une réalité : après cinq semaines de frappes, les stratèges américains et israéliens sont à court de cibles strictement militaires, mais sans avoir réussi à faire plier le régime. Qui tient en otage l'économie mondiale en bloquant le détroit d'Ormuz.
"Trump mentalement instable"
Les mots crus utilisés par le président, sur son réseau Truth Social, dimanche, ont relancé le débat sur la possibilité de le destituer de ses fonctions. "Ces propos incohérents sont ceux d'un individu dangereux et mentalement instable", a lancé le sénateur indépendant Bernie Sanders. Chez les Républicains, c'est l'ex-trumpiste Marjorie Taylor Greene, désormais en disgrâce, qui a osé le mot "folie" à propos de son ancienne idole.
Mais il est probable dans l'immédiat de voir un recours au 25e amendement – qui permet de déclarer un président inapte à l'exercice de ses fonctions pour déclencher la procédure. Une telle initiative requiert l'accord du vice-président et de la majorité des ministres. Pour l'instant, les digues tiennent au sommet de l'État américain – si l'on s'en tient aux propos récents du secrétaire d'État, Marco Rubio : "Oui, il y a des cinglés au pouvoir, mais ils sont à Téhéran, pas à Washington."
"Le président est le plus assoiffé de sang, on dirait un chien enragé", a confié un haut responsable américain au site Axios, minimisant les rumeurs selon lesquelles le secrétaire à la Défense Pete Hegseth ou le secrétaire d'État Marco Rubio l'auraient incité à entrer en guerre. "À côté de lui, ces types sont des colombes."