Viktor Orbán dans la tourmente ? Le luxueux domaine familial de "l'homme du peuple" gêne la population hongroise
Alors qu'un député de l'opposition a organisé une "visite guidée" du domaine familial appartenant au père de Viktor Orbán, pour en afficher le luxe, le Premier ministre hongrois n'est pas épargné par la critique dans son pays.

- Publié le 18-08-2025 à 18h10

Ces derniers jours, Viktor Orbán est sous le feu des critiques en Hongrie, rapportent nos confrères de HLN. Le Premier ministre hongrois doit de nouveau se défendre après qu'un député a organisé une "visite guidée" du fastueux domaine familial de Hatvanpuszta. Grâce à son brevet de pilote, Ákos Hadházy documente en effet sans relâche les travaux colossaux de la ferme des Orbán, indique Franceinfo.
Le leader du parti Fidesz est décrié pour le luxe de cette propriété, vestige de l'époque des Habsbourg, détenue par son père Győző Orbán depuis le début des années 2000.
Difficile à assumer pour un politicien qui aime se présenter comme "un homme du peuple".
En effet, la rénovation de cette ancienne ferme, fondée en 1840 par l'aristocrate autrichien Joseph Anton Johann de Habsbourg, qui voulait en faire un fleuron de l'agriculture moderne, aurait coûté des dizaines de millions d'euros.
Si l'agriculture est officiellement encore l'activité au centre de ce domaine, des images vidéo montrent un faste qui dérange en Hongrie. On y aperçoit deux piscines, une fontaine, mais également des animaux exotiques dans une parcelle adjacente.
"J'ai 62 ans, que me faut-il de plus ?"
"C'est une ferme que mon père a reprise", a réagi Viktor Orbán il y a quelques jours.
"J'y ai travaillé comme étudiant. Elle tombait en ruine, mon père l'a achetée et rénovée. On appelle ça du luxe ?", s'est moqué le Premier ministre.
"J'ai 62 ans, j'ai une maison à Budapest et une résidence secondaire à Felcsút. Que me faut-il de plus ?", a déclaré M. Orbán, raillant ses détracteurs.
6000 m² et des matériaux de luxe
Selon les plans dévoilés par le député indépendant Ákos Hadházy, le domaine comprendrait entre autres des appartements, un entrepôt, une bibliothèque ou encore des logements pour le personnel, pour une surface totale habitable de plus de 6000 m².
Des travaux pharamineux auraient été nécessaires pour réaménager le site, visibles sur des images satellites.
Le coût exact des rénovations demeure inconnu. La presse hongroise évoque un montant de 30 millions d'euros, certains médias estimant même la somme à 75 millions.
Cela s'explique par la construction d'un chauffage sous la voirie permettant de ne pas devoir la déneiger en hiver, et d'une galerie souterraine reliant deux des bâtiments. Mais aussi par la qualité exceptionnelle des matériaux qu'auraient utilisés la famille Orbán.
Des carreaux de pierre calcaire facturés 126 euros le m² auraient notamment été installés.
Des animaux exotiques ?
Enfin, un dernier élément fait scandale, et pas des moindres : des zèbres, des antilopes et même un bison européen- une espèce menacée- auraient été observés sur un terrain voisin, appartenant au milliardaire Lőrinc Mészáros.
Celui-ci, ancien maire de la commune et proche du Premier ministre hongrois, est surnommé "le portefeuille d'Orbán".
Le rival politique de Viktor Orbán, Péter Magyar, a déclaré qu'en cas de victoire aux législatives de 2026, il ouvrirait directement une enquête pour fraude contre l'actuel Premier ministre.
Des voix s'élèvent en Hongrie, laissant entendre que la fortune du père Orbán émanerait de fonds publics.
Selon M. Magyar, ces travaux auraient coûté la bagatelle de 30 millions d'euros, et auraient été commandés personnellement par le président du Fidesz.
"On saura vite qui a donné les instructions sur le chantier et qui a commandé les fresques représentant des membres de la famille", a affirmé le principal opposant à Orbán.
"Dans n'importe quel pays d'Europe, un premier ministre devrait immédiatement démissionner s'il se vérifiait que son père se construisait un château en bénéficiant de marchés publics. Mais, grâce à la machine de propagande, la moitié des Hongrois ne sait pas que ce palais existe, et ceux qui en ont entendu parler croient la version officielle, qui est de dire que son père est un simple homme d'affaires", expliquait Ákos Hadházy au Monde en octobre 2024.