"Nous ne devrions pas faire ça, il revient de la guerre" : après leur retour d'Ukraine, des soldats russes escroqués et dépouillés de tout leur argent
Selon la BBC, des fonctionnaires russes auraient arnaqué des militaires, leur dérobant la solde qu'ils avaient gagnée à la guerre.

- Publié le 30-07-2025 à 14h28
- Mis à jour le 04-08-2025 à 16h29

Vladimir Poutine, qui a triplé la taille de l'armée russe depuis le début de l'invasion de l'Ukraine, avait promis à ses troupes un retour au pays en héros. Mais selon une enquête de la BBC, le rapatriement de certains soldats ne se passe pas de la manière attendue.
Pour bon nombre de Russes, la guerre est un moyen de gagner sa vie. Un soldat russe peut en effet toucher jusqu'à 5,2 millions de roubles (l'équivalent de 57 000€) durant sa première année de service, auxquels peuvent s'ajouter 4 millions de roubles en cas de blessure (environ 43 000 €).
Ce pactole, qui peut représenter jusqu'à 600 % du salaire national moyen dans le pays, incite de nombreux Russes issus de régions pauvres à s'enrôler dans l'armée, malgré le risque évident de ne pas revenir des combats.
Mais il attire aussi des personnes malveillantes. A leur retour en Russie, de nombreux soldats ont été victimes de différentes arnaques.
Des techniques variées, mais des extorsions systémiques
Après une dispute avec sa femme, un soldat nommé Khursa explique à la BBC avoir quitté le domicile avec son solde dans un sac plastique et avoir été arrêté par les policiers. Quand ceux-ci lui ont demandé un pot-de-vin, il a alors expliqué revenir d'Ukraine. Mais cela n'a pas suffi à les amadouer.
"Ne faisons pas ça, il revient juste de la guerre", aurait dit un policier. Mais le deuxième agent aurait rétorqué : "Tais-toi, tu sais combien ça fait ?", en désignant l'argent dans le sac. Ils lui auraient alors dérobé 2,66 millions de roubles, soit environ 28 000 euros.
Cette histoire est loin d'être un cas isolé. Les affaires de ce genre se multiplient ces derniers mois en Russie.
Un autre exemple ? Des policiers de l'aéroport de Moscou travaillaient main dans la main avec des chauffeurs de taxi moscovites, en les prévenant du retour des soldats. Les chauffeurs proposaient alors une course aux militaires pour un tarif dérisoire, avant d'exiger une somme jusqu'à 15 fois plus élevée à l'arrivée. Ceux qui refusaient le paiement étaient menacés voire drogués, tandis que leurs cartes bancaires étaient subtilisées et utilisées de manière frauduleuse. Ce gang aurait dérobé au minimum 1,5 million de roubles, soit environ 15 840 euros.
Certains soldats auraient même été volés directement par les employés des centres de recrutement. Dans la région de Vladimir, trois d'entre eux sont accusés d'avoir volé plus de 11 millions de roubles (plus de 115 000 euros)en subtilisant les cartes SIM des nouvelles recrues, liées à leur compte bancaire.
Un cas similaire a eu lieu à Belgorod, où un agent de recrutement a rattaché les comptes en banque des nouveaux arrivants à son propre numéro de téléphone.
Enfin, un supérieur hiérarchique a également été accusé d'avoir contraint ses soldats à lui remettre leurs cartes de solde, en en récupérant plus de 50, dont certaines appartenaient à des soldats disparus, avant de prendre la fuite avec plus de 2 millions de roubles, soit plus de 20 000 euros.
Une impunité totale
Dans le cas de Khursa, les deux policiers qui lui ont extorqué sa solde ont été inculpés. Seulement, il y a un hic : ils se sont enrôlés dans l'armée, direction l'Ukraine. Grâce à une nouvelle loi, les soldats qui s'engagent peuvent échapper aux poursuites en rejoignant le front. Khursa n'a donc jamais revu la couleur de son argent.
Touché par des éclats d'obus, il attend la décision d'un médecin militaire, et pourrait devoir retourner au front, car les soldats sous contrat sont mobilisés jusqu'à la fin de la guerre, sauf décision médicale. Désormais séparé de sa femme, il ne se voit pas regagner sa vie civile.
"Si je ne suis pas là, je finirai à la rue. Seule l'armée te sauve, te donne un toit au-dessus de la tête", conclut-il auprès de nos confrères britanniques.