10,8 millions pour les clubs russes depuis l'invasion, les Ukrainiens en sursis: l'attribution du fonds de solidarité de l'UEFA crée la polémique
Depuis le début de l'invasion en Ukraine, les clubs russes auraient perçu plusieurs millions d'euros grâce à un fonds de solidarité de l'UEFA, alors que les clubs ukrainiens n'ont pas encore reçu leur dû. Voici les raisons derrière cette situation.

- Publié le 08-08-2025 à 17h04
- Mis à jour le 08-08-2025 à 18h09

Selon une enquête de The Guardian, les clubs de football russes auraient reçu une compensation de 10,8 millions d'euros d'un fonds de solidarité de l'UEFA (Ndlr : Union des associations européennes de football), depuis le début de la Guerre en Ukraine.
Pourquoi ? Parce que ces derniers ont été interdits de participer aux tournois européens après l'invasion russe de l'Ukraine.
Ce qui interpelle, c'est que dans le même temps, cinq clubs ukrainiens n'auraient pas été autorisés à percevoir de telles aides. La raison invoquée par l'instance européenne est qu'ils se trouvent en "zone d'opérations militaires".
Quelle est l'utilité de ces fonds ?
Comme l'expliquent nos confrères britanniques, ces fonds sont généralement destinés aux équipes qui ne se qualifient pas aux différentes coupes d'Europe, afin de garder un minimum d'homogénéité au sein des ligues nationales.
Selon l'UEFA, ils servent à "maintenir l'équilibre compétitif dans les divisions supérieures de l'Europe, à la lumière des revenus supplémentaires que certains clubs perçoivent grâce à leur participation aux compétitions européennes".
Pourtant, les clubs russes auraient perçu des aides après leur suspension de toutes les compétitions européennes en février 2022, quand Vladimir Poutine a lancé l'invasion de l'Ukraine. La Fédération russe de football aurait reçu plus de trois millions d'euros de paiements de solidarité pour la saison 2022-23, ainsi qu'en 2023-24. En 2024-2025, ce montant aurait même dépassé les quatre millions d'euros.
Mais ce n'est rien comparé au montant touché par la fédé russe en 2021-22. Elle aurait ainsi récupéré la bagatelle de 6,2 millions d'euros, selon les circulaires de l'UEFA. Le coût total des opérations serait de 10,8 millions d'euros depuis le début du conflit. De l'argent qui doit par la suite être reversé aux clubs russes.
Rien pour les clubs ukrainiens ?
Dans le même temps, plusieurs clubs ukrainiens ont décidé d'écrire au président de l'UEFA, Aleksander Čeferin. Dans ce courrier, les clubs déplorent que le paiement de leurs aides de solidarité ait été bloqué lors des deux dernières saisons.
Cinq équipes sont ainsi concernées, dans quatre villes : Tchornomorets et le FC Real Pharma, basés à Odessa ; le Metalurh à Zaporijjia ; le FSC situé dans la ville portuaire de Marioupol ; ainsi que Metalist, basé à Kharkiv.
Le point commun entre tous ces clubs ? Ils sont tous géographiquement situés en zones de combats. Cependant, certaines localités sont occupées, comme Marioupol et certaines parties de Zaporijjia, mais ce n'est pas par exemple le cas d'Odessa ou de KIharkiv, même si des bombardements y surviennent.
Les dirigeants des clubs dénoncent la situation : "À la suite de nos communications avec l'association nationale et les responsables de l'UEFA, nous avons été informés que les obstacles à ces paiements étaient des exigences totalement floues d'une banque en Suisse, qui concerneraient soi-disant la localisation géographique des clubs de football dans la 'zone de guerre'.
"Nous n'avons reçu aucune information détaillée ni justification juridique pour ces restrictions sur les paiements. La formulation utilisée concernant la 'zone d'opérations militaires' nous semble totalement floue et ne correspond pas à la réalité", ajoutent-ils.
"La zone d'opérations militaires, ou plutôt la zone d'agression militaire de la Russie, n'est pas une région spécifique de notre pays, mais bien l'ensemble de l'Ukraine", déplorent encore les propriétaires des équipes concernées.
"Ils ne pourront plus jamais soutenir leur équipe"
La lettre houleuse à destination du président de l'UEFA ne s'arrête pas là.
"De nombreux supporters fidèles du football ukrainien sont partis au front dès les premiers jours de l'agression, et malheureusement, beaucoup d'entre eux ne pourront plus jamais soutenir leurs équipes dans les stades, ayant perdu la vie avec le nom de leurs joueurs préférés et de leur équipe favorite sur les lèvres", fustigent les patrons de clubs.
Avant de poursuivre : "C'est pourquoi, en cette période difficile pour notre pays, toute aide financière supplémentaire et tout soutien seraient certainement utiles pour alléger les charges financières des clubs, qui, comme mentionné ci-dessus, en raison des circonstances de l'agression militaire, ne peuvent pas être compensées par des revenus possibles".
Sollicitée par nos confrères de The Guardian, l'UEFA, qui avait initialement prévu de publier un communiqué, n'a pas donné suite. Cette mesure interroge sur la manière dont l'instance européenne du football traite la Russie.
L'ex-femme d'un oligarque russe proche du Kremlin siégerait notamment dans le comité de conformité de l'UEFA. Les clubs russes continuent également de se voir attribuer des points au classement UEFA, et ce malgré leur suspension des compétitions internationales, l'UEFA se basant sur leurs résultats des cinq saisons précédant leur éviction, ce que déplore la fédé ukrainienne. En effet, ces points déterminent combien d'équipes par pays participeront aux coupes d'Europe, ce qui pourrait pénaliser les clubs ukrainiens.
Preuve d'un "deux poids, deux mesures", l'UEFA a par ailleurs sanctionné en 2022, l'entraîneur de l'Ukraine Oleksandr Petrakov, pour avoir déclaré à nos confrères du Guardian qu'il prendrait les armes contre la Russie après l'invasion de son pays.