Cryptomonnaies, détournement d'aides, lien étroit avec l'Iran et le Qatar : quelles sont les sources de financement du Hamas ?
Depuis sa création en 1987, le Hamas a établi des liens importants avec plusieurs puissances régionales et organisations au Moyen-Orient.

- Publié le 19-10-2023 à 15h33

Le financement du Hamas est un sujet qui fait l'objet de nombreux mystères. Depuis sa création en 1987, l'organisation, classée comme organisation terroriste par les États-Unis, l'Union européenne ou encore Israël, a établi de solides liens avec plusieurs puissances régionales.
Selon Forbes, il s'agirait d'une des organisations terroristes les plus riches au monde et qui pourrait bénéficier du financement de plusieurs pays musulmans et un réseau d'associations caritatives à vocation humanitaire en faveur de la Palestine, réparties dans le monde.
L'Iran est souvent pointé du doigt comme premier partenaire mais il est loin d'être le seul"
"L'Iran est souvent pointé du doigt comme premier partenaire mais il est loin d'être le seul même s'il entretient de proches relations avec cette organisation, indique Jérémy Dieudonné, assistant à l'Institut de sciences politiques Louvain-Europe de l'UCLouvain. Le Qatar est en effet également impliqué dans le financement du Hamas. Les bureaux des dirigeants sont hébergés là-bas, notamment à Doha et cela fait déjà un moment que c'est le cas. C'est un élément significatif qui démontre que le Qatar a renforcé sa participation au financement du groupe. D'ailleurs, il y a un lien avec Israël derrière sachant que le gouvernement de Netanyahou avait autorisé le transfert de fonds depuis le Qatar pour payer les bureaucrates du Hamas. L'état hébreu a donc lui aussi joué un rôle qui a permis de développer cette organisation, il ne s'agit pas de sommes folles mais il a permis que de l'argent passe".
Doha comme grand argentier du Hamas
Doha serait même le grand argentier du Hamas. Didier Billion, directeur adjoint de l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), expliquait à nos confrères de France 24 qu'il s'agit d'un soutien financier avéré, public et assumé, de l'ordre de 30 millions de dollars par mois. "Ces versements sont justifiés pour payer les fonctionnaires de Gaza, et on sait parfaitement bien que ces derniers sont des membres du Hamas. (L'argent de Doha) est donc l'équivalent d'un soutien direct à cette organisation qui tient d'une main de fer l'enclave palestinienne depuis de nombreuses années", a-t-il précisé.
Et s'il n'a jamais mené d'attaque d'une telle ampleur, il a gagné en puissance depuis sa création. Entre divers financements, l'aide militaire ou le soutien sur un plan idéologique, le mouvement islamiste palestinien compte sur plusieurs alliés après son attaque meurtrière du 7 octobre. Si le Hamas est parvenu ces derniers mois à renforcer son approvisionnement en roquettes, notamment pour préparer ses attaques, c'est en grande partie grâce à l'Iran, qui serait l'un des plus grands fournisseurs de projectiles.
"Toutefois, ce soutien militaire reste limité, ne fût-ce qu'en termes de technologies, rapporte-t-il. Même si l'armement du Hamas n'est pas très développé, on voit qu'il peut déjà faire de nombreux dégâts mais il s'agit surtout de roquettes et de mitraillettes. Il est très complexe de faire passer des armes à Gaza, les armes du Hamas sont d'ailleurs totalement rudimentaires par rapport à l'arsenal militaire et technologique dont dispose Israël". Et contrairement au Qatar et à l'Iran, le soutien de la Turquie est aujourd'hui plus "d'ordre politique" que financier ou militaire.
La crypto au service du Hamas ?
L'autre source de financement du Hamas serait liée aux cryptomonnaies. D'après une enquête du "The Wall Street Journal" portant sur les financements de l'attaque éclair, on apprend que l'organisation aurait levé des millions de dollars en cryptomonnaies.
De nombreux observateurs évoquent en effet des allégations selon lesquelles les groupes Hamas et Jihad islamique auraient amassé une somme considérable, dépassant les 130 millions de dollars, à travers des donations en crypto, destinées à financer des offensives contre Israël. Entre juin 2021 et août 2023, le Mouvement du Jihad islamique en Palestine et le Hamas auraient reçu respectivement près de 93 et 41 millions de dollars en cryptomonnaies.
Cela fait même déjà plusieurs années que des organisations terroristes utilisent ce système. En parallèle, le détournement d'aides est également un levier employé par l'organisation terroriste.
