Le Pakistan et le Qatar, artisans complémentaires de l'accord entre l'Iran et les États-Unis
L'un occupait le devant de la scène, l'autre œuvrait dans l'ombre.

- Publié le 19-06-2026 à 06h31
- Mis à jour le 19-06-2026 à 10h32

Le Pakistan et le Qatar peuvent enfin souffler, un peu. Mercredi soir, les États-Unis et l'Iran ont signé à distance l'accord-cadre censé mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. Les négociations de soixante jours, elles, débutent comme prévu ce vendredi en Suisse.
Islamabad et Doha, médiateurs, se félicitent d'avoir rempli le devoir que leur impose l'Organisation des Nations unies (Onu) : celui de rechercher la solution à "tout différend" qui menacerait la "paix et la sécurité internationales".
En premier lieu, au premier plan
Le Pakistan s'est imposé d'emblée comme le médiateur de choix, en raison de sa bonne entente avec les deux belligérants. En plus de n'avoir aucune base militaire américaine sur sol, il représente les intérêts diplomatiques de Téhéran à Washington, l'Iran n'ayant pas d'ambassade aux États-Unis.
Et après avoir soutenu de 1994 à 2021 le régime taliban afghan, le Pakistan cherche désormais à redorer son image auprès des États-Unis. Un objectif qui semble en bonne voie, Donald Trump ayant qualifié l'année dernière le chef de l'armée pakistanaise, Asim Munir, de son "maréchal préféré".
Le Pakistan y trouve également un double intérêt. Ayant signé avec l'Arabie saoudite, qui finance son programme nucléaire, un accord de défense mutuelle, il n'avait aucun intérêt à se retrouver engagé dans le conflit en cas d'agression contre Riyad. Et puis, coincé entre ses voisins indien et afghan, avec lesquels les relations restent plus que tendues, il cherche à s'octroyer une place de choix sur la scène internationale.
Doha dans l'ombre
Le Qatar, d'abord cantonné à un rôle d'appui aux côtés de l'Égypte et de la Turquie, est ensuite venu épauler la mission pakistanaise et ce, à la demande de Washington, raconte le Financial Times (FT). Mi-mai, alors que les négociations s'enlisaient et que la trêve conclue le 8 avril sous l'égide du Pakistan se trouvait, selon Donald Trump, "sous assistance respiratoire", des responsables qataris auraient été sollicités par la Maison-Blanche pour prendre la main.
D'abord cantonné à un rôle d'appui, le Qatar est monté en première ligne des négociations à la demande des États-Unis
Habituée à jouer les intermédiaires entre Washington et certains de ses ennemis, comme le Hamas ou les talibans afghans, la pétromonarchie entretient en effet une bonne relation avec les États-Unis. Un diplomate occidental, cité sous couvert d'anonymat par le FT, résume la répartition des rôles : "Les Pakistanais étaient bien informés et le visage du processus, grâce à la relation du maréchal [Munir] avec Trump, mais les Qataris ont discrètement fait la majeure partie du travail lourd pour relier les deux parties."
Jusqu'à la dernière minute
Même si le Pakistan conservait la direction du processus, les derniers pourparlers entre négociateurs de rang subalterne se sont déroulés à Doha. Quelques heures avant l'annonce de l'accord, des émissaires qataris auraient passé 17 heures à Téhéran afin de dissuader les Iraniens de riposter à une frappe israélienne sur Beyrouth et de les convaincre d'entériner le protocole d'accord.
Si c'est le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif qui a annoncé en premier l'accord dimanche, le Qatar, lui, se félicitait tout autant de ce succès diplomatique.
