"Oui, il s'agit bien du changement climatique et oui, nous en sommes responsables"
Les températures extrêmes enregistrées cette semaine en Europe auraient été impossibles il y a 50 ans, selon une étude scientifique.
- Publié le 26-06-2026 à 08h38
- Mis à jour le 29-06-2026 à 15h31

Une vague de chaleur aussi intense que celle qui frappe actuellement une bonne partie de l'Europe aurait été pratiquement impossible il y a seulement 50 ans. Les températures extrêmes enregistrées cette semaine sont bel et bien la conséquence du réchauffement climatique. Telle est la conclusion d'une analyse réalisée par le groupe World Weather Attribution (WWA).
Selon les scientifiques, les conditions de chaleur et d'humidité extrêmes que rencontre une grande partie du nord, de l'ouest et du centre de l'Europe risquent d'avoir de lourdes conséquences sanitaires. À titre d'indication, la chaleur extrême de l'été 2022 avait provoqué plus de 60 000 décès.
Comment expliquer l'intensité des températures mesurées ces derniers jours ? La chaleur étouffante est due à un mécanisme qui emprisonne l'air chaud au-dessus de l'Europe et attire de l'air en provenance du Sahara. Se basant sur les températures enregistrées et projetées pour cette semaine, les scientifiques ont conclu sans équivoque que le changement climatique est le principal facteur à l'origine de l'intensité de cette chaleur dangereuse. Ce qui était impossible est désormais possible, résument-ils.
Tant les températures maximales diurnes que nocturnes enregistrées lors de cette vague de chaleur auraient été pratiquement impossibles à cette époque de l'année il y a seulement un demi-siècle. Une vague de chaleur similaire survenant dans ce climat d'autrefois aurait été plus fraîche de 3,5 °C.
Des taux d'humidité dans l'air dangereux
"Les températures nocturnes étouffantes qui empêchent de nombreuses personnes de dormir cette semaine sont environ cent fois plus probables aujourd'hui qu'elles ne l'étaient il y a seulement 23 ans, lors de la tristement célèbre vague de chaleur européenne de 2003. Les pics de température diurne sont environ 10 fois plus probables", notent également les scientifiques.
Ceux-ci observent également un taux d'humidité exceptionnel et dangereux. Quelque 45 % des 854 villes analysées dans 30 pays européens ont battu, ou devraient battre, leur record historique de température "Wet Bulb Globe Temperature" (WBGT) à la fin du mois de juin. La WBGT est une mesure du stress thermique et de la capacité du corps à se refroidir par l'évaporation de la sueur. La combinaison d'une chaleur élevée et d'une forte humidité est particulièrement dangereuse.
Le rôle d'El Niño écarté
Par ailleurs, les scientifiques ont écarté toute influence d'El Niño dans la vague de chaleur actuelle. La variabilité naturelle du climat n'est donc pas en cause dans l'immédiat.
"Les scientifiques comme moi commencent à radoter. Année après année, nous tenons les mêmes propos en réaction à des chaleurs extrêmes qui atteignent des sommets toujours plus élevés. Oui, il s'agit bien du changement climatique ; oui, nous en sommes responsables ; non, ce n'est pas dû à El Niño ; oui, nous disposons des solutions ; mais non, nous ne les mettons pas en œuvre assez rapidement. La question est désormais de savoir quel avenir nous voulons pour nous-mêmes et si nous sommes prêts à faire le nécessaire pour le garantir", alerte Friederike Otto, professeur de science climatique à l'Imperial College of London.
Vulnérabilité des infrastructures énergétiques
Outre les conséquences sanitaires et environnementales, ces chaleurs intenses mettent aussi en évidence la vulnérabilité des infrastructures énergétiques et de transport européennes, soulignant l'urgence d'investir dans des réseaux électriques modernisés, l'électrification et des équipements adaptés aux dérèglements climatiques, estiment par ailleurs plusieurs experts.
En France, la chaleur a provoqué des coupures d'électricité touchant plus de 100 000 ménages et conduit EDF à réduire une partie de sa production nucléaire en raison du réchauffement des cours d'eau. Au Royaume-Uni, plusieurs centrales à gaz ont également diminué leur production.
Les transports ont aussi été affectés, avec des limitations de vitesse sur les réseaux ferroviaires français et britanniques, un incendie sur une ligne en Allemagne et des perturbations sur le Rhin en raison de la baisse du niveau des eaux.

