Le diabète, mal du XXIe siècle : "En Belgique, le nombre de jeunes touchés par la maladie augmente et les nouveaux cas sont de plus en plus agressifs"
Le nombre de jeunes touchés par le diabète grimpe en flèche depuis la crise du Covid-19. Le nombre de malades devrait d'ailleurs doubler d'ici 2050 dans le monde.

- Publié le 14-11-2023 à 15h40

Le nombre de cas de diabète recensés chez les enfants et adolescents a considérablement augmenté depuis la pandémie de Covid-19 dans plusieurs pays occidentaux. C'est le cas en Belgique.
Pour rappel, cette maladie chronique se manifeste par un taux de sucre élevé dans le sang (> 7mmol/l à jeun). Il apparaît lorsque le pancréas ne produit pas suffisamment d'insuline, l'hormone régulant la concentration de sucre dans le sang, ou que l'organisme n'utilise pas correctement l'insuline qu'il produit.
"Depuis plusieurs années, le nombre de patients augmente, confirme le Dr. Chantal Mathieu, Chaire d'endocrinologie à l'hôpital universitaire Gasthuisberg de Louvain. Il y a d'abord le diabète de type 1, une maladie auto-immune typique chez les ados et les enfants, qui devient de plus en plus agressive dans ces deux catégories mais qui augmente surtout chez les enfants de moins de 5 ans. Et on ne sait pas vraiment pourquoi mais il est possible que des facteurs environnants aient un impact. Ensuite, on remarque que les diabétiques de type 2 augmentent également, et cela est lié au fait que les gens sont de plus en plus âgés en Belgique, qu'on bouge moins et que le surpoids gagne du terrain".
"L'épidémie de Covid est une des pistes"
Ces derniers mois, plusieurs études ont en effet fait apparaître une augmentation accrue du nombre de cas chez les jeunes depuis la crise sanitaire, mais les explications restent relativement floues. En augmentation constante, à raison de 3 ou 4 % par an, depuis ces deux dernières décennies déjà, le nombre de cas de diabète de type 1 chez les enfants et les adolescents semble donc avoir encore plus augmenté depuis la crise du Covid-19.
"L'épidémie de covid est une des pistes, poursuit celle qui est aussi Présidente de l'Association européenne pour l'étude du diabète. Ce qu'on a vu, c'est une agressivité accrue de la présentation du diabète de type 1, il y a des suggestions qui avancent que des virus peuvent déclencher une attaque du système immunitaire contre la cellule bêta qui produit de l'insuline, ce qui est la cause principale de ce type de diabète. Et plusieurs virus sont incriminés derrière ce phénomène, on parle aussi des entérovirus en plus du covid-19".
L'autre problématique en Belgique, c'est le manque de screening du nombre de cas. En effet, aucun registre fiable n'est disponible alors que le fardeau de cette pathologie va s'amplifier dans le monde, aggravé notamment par les inégalités sociales, géographiques et les discriminations. Selon l'OMS, 8.5 % de la population adulte dans le monde est atteinte par le diabète. Un chiffre qui a plus que doublé depuis 1980 en raison de la surcharge pondérale.
"Nous n'avons toujours pas de registre officiel du diabète et c'est un problème, déplore-t-elle. Nous sortons d'une réunion avec Sciensano et nous avons décidé de lancer des projets pour demander les liens entre les dossiers médicaux et les mutuelles pour les prescriptions d'insuline dans le but de connaître le chiffre précis du nombre de patients touchés. Quand on regarde la proportion au sein de la population adulte, on sait qu'entre 5 et 10 % est concernée. Parmi les groupes à risques, on peut citer les personnes obèses, les gens de plus de 45 ans et les populations d'origine maghrébine ou turque".
"Le diabète ne m'empêche pas de faire du sport, au contraire"
Jimmy Minet, atteint d'un diabète de type 1 et âgé de 39 ans, ne se laisse pas abattre par son diabète. Au contraire, la maladie a même nourri ses ambitions sportives.

D'après une enquête commandée par Dexcom et réalisée par Ivox, on apprend que la majorité des patients atteints de diabète de type I maîtrisent leur condition.
Et pour beaucoup d'entre eux, l'exercice physique régulier est également un moyen de faire face à leur diagnostic. C'est le cas de Jimmy, atteint d'un diabète de type 1 et âgé de 39 ans. "Aujourd'hui, si j'arrive à mieux gérer mon diabète, c'est grâce au sport, confie celui qui est aussi enseignant. Cela m'aide à le contrôler et à éliminer le sucre par le sport. Je cours en moyenne 20 kilomètres par jour. D'ailleurs, je parle avec beaucoup de diabétiques et je remarque que beaucoup s'interdisent le sport par peur de faire des crises d'hypoglycémies, ce qui est une grave erreur selon moi. En effet, si le risque existe bel et bien, avec une bonne préparation, tout est possible, j'en suis la preuve".
Toutefois, d'après l'enquête, on apprend également que si la moitié des personnes interrogées éprouvent de l'incertitude et de l'incompréhension après le diagnostic. 3 patients sur 10 éprouvent même de la honte à cause de leur diabète. Et la moitié d'entre eux se heurtent également à l'incompréhension de leur entourage concernant leur diagnostic et ont le sentiment que le diabète est stigmatisé.
"J'ai eu un parcours compliqué car j'avais peu de connaissances là-dessus, raconte Jimmy. J'ai d'abord été chez mon médecin généraliste qui m'a dit que je devais limiter les sucres au maximum mais dans ma conception, le sucre se limite aux bonbons et aux autres friandises. Je me suis rendu compte par la suite que c'était beaucoup plus large que ça, qu'il y en avait aussi dans les pâtes, le riz, etc. C'est une information que j'ai apprise au fil du temps, il y a donc un manque de sensibilisation et d'information envers les patients, surtout au début du processus de la maladie".