"À côté de lui, le Covid-19 est un petit joueur": la propagation d'un virus met en alerte experts et autorités sanitaires
L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a fait part de sa préoccupation face à la propagation croissante de la souche H5N1 de la grippe aviaire à de nouvelles espèces, y compris les humains. Pour l'infectiologue Yves Van Laethem, il est urgent de relancer les systèmes de surveillance et de détection des infections.

- Publié le 18-04-2024 à 14h27
- Mis à jour le 18-04-2024 à 14h31

Ce jeudi, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait part de son "énorme inquiétude" jeudi face à la propagation croissante de la souche H5N1 de la grippe aviaire à de nouvelles espèces, y compris les humains.
Entre le début de l'année 2023 et le 1er avril 2024, l'OMS a déclaré avoir enregistré un total de 889 cas humains de grippe aviaire dans 23 pays, dont 463 décès, ce qui porte le taux de létalité à 52 %. Si pour l'heure aucune preuve d'une transmission d'humain à humain du H5N1 n'a été apportée, la crainte est que cette souche puisse s'adapter et donc devenir réellement contagieuse.
Depuis deux ans, nos systèmes de surveillance se sont effondrés"
"Un signal d'alarme à prendre au sérieux"
"C'est effectivement un signal d'alarme à prendre au sérieux, estime l'infectiologue Yves Van Laethem. Cette situation nécessite une surveillance drastique sachant que la mortalité est largement supérieure au covid, on parle ici d'un taux de létalité à 52 %. Ce virus ne touche pas spécialement les personnes âgées mais il peut s'attaquer aux jeunes et donc potentiellement à l'ensemble de la population. S'il arrive un jour que la transmission se fasse entre humains, on serait dans une situation catastrophique au vu du taux de mortalité. On a une activité bien présente au sein de la volaille dans différentes régions (surtout en Asie du Sud-Est) mais on a vu récemment qu'il y avait aussi des cas de transmission de mammifère à l'homme comme ce fut le cas en Amérique du Nord".
Au mois d'avril, deux cas de personne testée positive à la grippe aviaire avaient en effet été recensés aux États-Unis, après l'infection de troupeaux au Texas, au Kansas et dans plusieurs autres États. Les cas de vaches laitières infectées par l'IAHP sont une première aux États-Unis, selon l'Association américaine vétérinaire. Dans sa synthèse, l'OMS explique qu'il est encore plus important de comprendre combien d'infections humaines surviennent sans que nous en ayons connaissance, car c'est là que se produira l'adaptation.
Face à cette situation, les scientifiques appellent à la vigilance, recommandant de renforcer la surveillance dans les espaces où humains et animaux pouvaient être amenés à entrer en interaction. "Durant le covid, nos systèmes de surveillance étaient au plus haut mais depuis deux ans, tout s'est dégonflé, déplore Van Laethem. Il faudrait donc prévoir plus de surveillance par rapport à cette menace car c'est actuellement l'ennemi potentiel le plus dangereux pour nos sociétés et le plus prévisible que l'on puisse connaître, hormis d'autres corona. Si celui-ci se généralise, on ne doit pas être pris au dépourvu car à côté de lui, le covid-19 est un petit joueur. En cas de transmission généralisée du H5N1, il n'y aurait pas d'autres solutions que de tout fermer".
Le chef de l'OMS a également rappelé au passage qu'il était déconseillé de toucher les animaux sauvages morts ou malades, et signaler rapidement leur présence aux autorités. "Il faut dire que notre seule arme reste le vaccin mais on ne sait pas si GSK (qui étaient les seuls à le produire à l'époque) peut toujours le fournir, il n'y a pas eu de mise à jour, souligne-t-il. C'est une situation à suivre de près car nous en avons aussi retrouvé plus proche de chez nous, par exemple auprès d'oiseaux en Allemagne. Il y a une pression assez forte chez des populations d'oiseaux dans nos régions".
