La Belgique plongée dans le "grand bazar des infections" avec des virus hivernaux déjà en embuscade : "Tout le monde est malade, mais pourquoi ?"
Alors que l'hiver n'a pas encore commencé, la Belgique nage en plein brouillard épidémique avec cette impression tenace que tout le monde est malade autour de nous. Pour les médecins, il est d'ailleurs très complexe de remonter à la source du virus.

- Publié le 05-10-2024 à 17h39

Les virus hivernaux ne sont pas encore arrivés, et pourtant, il semble que tout le monde soit déjà malade autour de nous. La faute à une circulation intense de la part de nombreux pathogènes ces dernières semaines, atteignant des niveaux inédits par rapport aux années précédentes.
Premier élément : l'impact de la rentrée scolaire qui entraîne avec elle une remontée attendue des virus. "En médecine générale, il n'y a pas de pic épidémique pour l'instant, mais beaucoup de malades, notamment des infections virales. Cela touche particulièrement les enfants et leurs parents et on s'attend à ce que nos patients les plus fragiles tombent malades d'ici 15 jours, surtout ceux qui gardent des enfants malades, explique Aurore Girard, médecin généraliste et vice-présidente de la Société scientifique de médecine générale. Il n'y a pas de surcharge plus importante que les autres années. On observe aussi beaucoup de cas de Covid-19 et de rhinopharyngites, un effet direct de la rentrée scolaire".
Avec le covid, le plus dur est bien derrière nous mais il devient petit à petit un virus comme les autres, alourdissant ainsi le tableau épidémiologique.
"Les rapports des eaux usées montrent une augmentation assez rapide du virus en ce moment, confirme le virologue Steven Van Gucht. Le signal de cette semaine confirme cette tendance. La majorité des cas sont légers, mais on observe aussi une légère hausse des hospitalisations. Actuellement, on observe principalement le COVID-19 mais aussi un groupe de virus introduisant les rhinovirus, qui causent le rhume. Les personnes qui développent des symptômes actuellement ont donc une forte probabilité d'avoir le Covid. Ce qu'on sait aussi, c'est que la correspondance avec le vaccin est plutôt bonne, ce qui est encourageant, d'autant plus que nous sommes en pleine campagne de vaccination".
D'un point de vue clinique, il est difficile de déterminer exactement le type d'infection"
Des symptômes très similaires
La souche dominante actuelle est le variant KP3, qui circule depuis quelques semaines et devient de plus en plus dominant. Ce variant ressemble à l'ancien variant JN1, appartenant à la grande famille Omicron. Ces nouveaux venus ont accumulé deux mutations supplémentaires au niveau de la protéine Spike par rapport au variant précédent (celui qui a causé la dernière vague en novembre dernier), notamment à un endroit où les anticorps se connectent, et ils échappent ainsi plus facilement à notre immunité.
Côté symptômes, ce variant provoque maux de tête, écoulement nasal, fatigue, à l'image d'un véritable syndrome grippal avec fièvre et douleurs musculaires. Certaines personnes ont également une forte fièvre qui les empêche de sortir du lit. La perte de l'odorat et du goût survient toujours, bien que ce soit plus typique du coronavirus. Des troubles qui sont très similaires à d'autres virus. Pour les généralistes, il n'est donc pas toujours possible de remonter à la source de ces symptômes.
L'enthousiasme pour la vaccination est moins marqué dans la partie francophone du pays"
"Les gens se posent souvent des questions et sont interrogatifs, ils veulent savoir ce qu'ils ont et peuvent se montrer très insistants, indique le Dr Dirk Devroey (VUB). Entre les virus et bactéries qui circulent beaucoup plus qu'avant la pandémie de covid et avec la baisse des températures, on s'attend à ce que la hausse se poursuive jusqu'au mois de décembre. Mais d'un point de vue clinique, il est difficile de déterminer exactement le type d'infection, bien que nous sachions qu'il s'agit d'infections virales. Nous prenons en charge les patients de la même manière, sans avoir besoin d'identifier spécifiquement le virus, sauf pour les personnes à risque. De plus, on ne fait pas toujours la différence, car il n'y a plus autant de tests spécifiques pour le COVID-19 ou d'autres virus, sauf chez les personnes à risque".
En termes de santé publique et de suivi des épidémies, le fait d'identifier la source exacte du virus a un intérêt mais pour le patient, beaucoup moins. D'autant plus que les consignes et les gestes barrières sont relativement les mêmes. La plupart du temps, les médecins renvoient alors les patients qui le souhaitent en pharmacie pour réaliser un autotest.
Une grippe plus coriace à venir ?
Le retour de ce "grand bazar des infections" va continuer à augmenter progressivement jusqu'en décembre, avec ensuite l'arrivée de la grippe. En Australie, où l'épidémie nous sert toujours d'indicateur pour notre prochaine saison, la maladie a frappé fort avec l'un des débuts les plus foudroyants depuis 2018 et un pic important à la mi-saison, en juin.
"Cela peut donc nous laisser penser à un début tout aussi sévère en Belgique, redoute Marc Van Ranst, professeur de virologie et d'épidémiologie à la KU Leuven. Cette année, la souche de grippe prédominante en Australie est de type A, avec la co-circulation des sous-types A/H3N2 et A/H1N. La correspondance antigénique entre les antigènes grippaux du vaccin et les souches grippales en circulation semble excellente. La composition du vaccin pour la saison hivernale 2024-2025 dans l'hémisphère nord est similaire à celle utilisée pour la saison 2024 dans l'hémisphère sud. En dehors de changements antigéniques drastiques imprévus dans les virus en circulation, ceci est un bon indicateur de la protection offerte par nos vaccins actuels".
Pour Van Gucht, il n'y a toutefois pas de certitude autour de l'intensité de la saison chez nous. "Les épidémies peuvent varier en fonction des populations et de l'état d'immunité, et ce n'est pas toujours la même souche qui circule. Ce que l'on sait, c'est que les premiers cas de grippe apparaissent généralement en novembre".
Et alors que le Conseil Supérieur de la Santé recommande la vaccination contre la grippe à partir de mi-octobre 2024, en particulier les personnes à risque de complications, seuls 50,7 % des plus de 65 ans et à peine 43,4 % des personnes souffrant de maladies chroniques ont reçu le vaccin contre la grippe l'année dernière. "On remarque toujours de grandes différences entre la Flandre, la Wallonie et Bruxelles, avec un enthousiasme pour la vaccination moins marqué dans la partie francophone du pays", poursuit-il.
Des chiffres très éloignés de l'objectif de 75 % fixé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Bien qu'elle soit bénigne dans la grande majorité des cas, la grippe tue encore 1.500 à 1.6000 Belges par an, sachant que plus de 90 % des décès liés à la grippe surviennent chez les personnes âgées.
