Des médecins tirent la sonnette d'alarme: "Il serait préférable que les pharmaciens cessent de vendre ces médicaments"
Alors que certains médicaments antirhume ne sont plus en vente libre depuis novembre, de nombreux médecins sont convaincus qu'ils devraient disparaître complètement, en raison de leur efficacité limitée et de leurs risques potentiels pour la santé.

- Publié le 11-12-2024 à 08h55
- Mis à jour le 11-12-2024 à 15h21

Rhinosinutab, Sinuphene, Sinutab : longtemps déconseillés par les médecins, ces médicaments antirhume sont désormais accessibles uniquement sur ordonnance depuis le 1er novembre. À base de pseudoéphédrine, ils promettent un soulagement rapide de la congestion nasale.
Pourtant, leur efficacité réelle reste discutable face à des alternatives plus simples et naturelles, comme les solutions salines ou les remèdes maison.
Cette mesure vise à garantir une utilisation plus encadrée et responsable de ces traitements, souvent utilisés pour soulager la congestion nasale lors d'un rhume.
C'est un médicament de confort, utilisé par beaucoup, mais dont l'efficacité reste limitée"
"Les médicaments contenant de la pseudoéphédrine ont toujours leur place dans la prise en charge de certains symptômes, mais leur utilisation doit strictement respecter les recommandations médicales et les données scientifiques, explique Ann Eeckhout, porte-parole de l'AFMPS (l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé). Ils ne doivent pas être utilisés pour traiter un simple rhume banal, car le risque d'effets secondaires graves, bien que rare, existe. Au niveau européen, ces médicaments ne sont pas interdits, mais leur utilisation est encadrée. Ils peuvent donc être utiles dans certains cas précis, à condition de suivre les recommandations et de ne pas les employer systématiquement."
Cette nouvelle réglementation inclut tous les produits à base de pseudoéphédrine, y compris les préparations magistrales. Des marques bien connues comme Actifed, Dolirhume ou Humex sont donc impactées.
Des risques non négligeables
Cependant, la mise sous prescription de ces médicaments n'a pas forcément entraîné une diminution significative de leur consommation.
"Certains patients contournent le système, il n'y en a qui se prêtent des boîtes entre eux et d'autres arrivent à s'en procurer autrement, raconte le Dr Christophe Barbut, médecin généraliste à Bruxelles. Pourtant, en termes de balance bénéfice-risque, il n'y a aucun avantage clair à les prescrire. Personnellement, je ne le fais jamais. Conformément aux normes européennes, il n'est pas possible d'interdire leur utilisation dans chaque pays individuellement mais chaque pays adopte des restrictions adaptées, comme la mise sous prescription. Toutefois, il est évident que la vente de ces produits devrait être retirée du marché, leur utilisation n'a pas vraiment de sens car ces produits ne valent pas les risques qu'ils peuvent engendrer, et il serait préférable que les pharmaciens cessent de les vendre".
Concrètement, ces substances agissent en resserrant les vaisseaux sanguins pour réduire la congestion nasale (ce qui permet de moins avoir le nez qui coule), mais cela peut également entraîner une augmentation de la pression artérielle, une tachycardie (rythme cardiaque rapide) ou d'autres troubles cardiaques, surtout chez les personnes à risques (hypertension, maladies cardiaques préexistantes).
Des cas rares mais graves d'accidents vasculaires cérébraux (AVC) ou d'ischémie myocardique ont également été rapportés, tout comme d'autres effets secondaires grave comme l'infarctus du myocarde, l'accident vasculaire cérébral ou encore des réactions cutanées sévères, etc.
Pour les professionnels de santé, il reste essentiel de mener un travail de sensibilisation approfondi auprès de la population. En effet, malgré les avertissements, la balance bénéfices-risques de certains médicaments, comme ceux à base de pseudoéphédrine, demeure largement déséquilibrée.
"Ce matin encore, j'ai eu des patients qui viennent spécifiquement pour essayer d'obtenir ces médicaments. La demande sur ordonnance permet de leur réexpliquer l'importance de l'encadrement de leur utilisation, rapporte Aurore Girard, médecin généraliste et vice-présidente de la Société scientifique de médecine générale (SSMG). En demandant une prescription, cela permet aussi de rappeler que ces médicaments ne doivent pas être pris n'importe comment. C'est un médicament de confort, utilisé par beaucoup, mais dont l'efficacité reste limitée. Il y a un véritable débat sur leur suppression, et bien que leur absence du marché ne me pose pas de problème sur le plan de la santé publique, leur suppression pourrait néanmoins poser un défi pour certains patients qui y trouvent un soulagement temporaire".
Si ces traitements peuvent offrir un soulagement temporaire, leur efficacité reste donc limitée, et les risques d'effets secondaires graves ne doivent pas être négligés.
