Pourquoi y a-t-il autant de malades en ce moment ? "Une forme de compétition entre deux virus"
Les cabinets de médecine générale sont pris d'assaut. L'épidémie de grippe frappe fort cette année, avec un nombre inédit de consultations chez les généralistes. Mais pourquoi ce virus circule-t-il autant cette saison ?

- Publié le 06-02-2025 à 16h12
- Mis à jour le 06-02-2025 à 16h38

Les chiffres de Sciensano sont sans appel : la grippe frappe fort cette année. Le nombre de consultations chez les généralistes vient d'atteindre un niveau record depuis le début du suivi de l'épidémie en 2008.
Durant la semaine du 27 au 31 janvier, l'incidence des consultations pour symptômes grippaux a en effet grimpé à 1 199 consultations pour 100 000 habitants (voir graphique), un seuil particulièrement élevé.
Il est possible qu'il y ait une forme de compétition entre les deux virus"
Steven Van Gucht, virologue chez Sciensano, s'étonne de cette flambée. "En soi, les virus grippaux en circulation cette année sont similaires à ceux de l'an dernier et le vaccin couvre bien ces souches. Il n'y a donc pas d'explication évidente à cette explosion des cas", explique-t-il.

Le scientifique avance toutefois une hypothèse : la faible circulation du SARS-CoV-2 cet hiver pourrait avoir laissé plus de place à la grippe. "Il est possible qu'il y ait une forme de compétition entre les deux virus. C'est une idée à creuser."
Le système belge qui gonfle les chiffres ?
À titre de comparaison, les Pays-Bas enregistrent également un pic grippal, mais bien moins important : 120 consultations pour 100 000 habitants par semaine, soit dix fois moins qu'en Belgique.
Une des explications pourrait être la nécessité, en Belgique, d'obtenir un certificat médical pour absence scolaire ou professionnelle, ce qui pousse davantage de patients à consulter leur généraliste.
Aux Pays-Bas, où cette obligation n'existe pas et le recours aux soins est donc un peu moins systématique. Ce différentiel peut poser question sur l'ampleur réelle de la vague et l'impact du système de santé sur les statistiques. Mais une chose est sûre : cette saison grippale s'annonce hors norme.
Et si aucune cause unique n'explique cette flambée, d'autres pistes émergent. En première ligne : les moins de 15 ans, particulièrement frappés par le virus A (H1N1).
Ce dernier, largement dominant cette saison, semble les toucher plus durement, sans doute parce qu'ils n'ont jamais été confrontés à une souche similaire auparavant, ou avec une intensité moins forte.
La Belgique bientôt en code rouge ?
Autre élément aggravant : une couverture vaccinale insuffisante. En Belgique, seulement 57,3 % des plus de 65 ans sont vaccinés contre la grippe, loin de l'objectif des 75 %.
A ce stade, le code orange reste en vigueur, les mesures se limitent à des recommandations. Il est ainsi conseillé aux personnes symptomatiques de porter un masque dans les lieux très fréquentés.
"Concernant le pic épidémique, on a l'impression qu'il a été atteint mais on ne peut encore rien affirmer au vu de son évolution assez imprévisible cette année, précise Van Gucht. Par ailleurs, le Risk Assessment Group (RAG) doit se réunir ce jeudi après-midi pour décider d'un potentiel passage au code rouge ainsi que de nouvelles mesures. Dans ce contexte, on peut rappeler l'importance des gestes barrières, de la vaccination et la prudence reste bien sûr mise pour limiter la propagation du virus. Quand on est malade, il ne faut pas hésiter à porter son masque en public et rester chez soi si possible".
En Flandre, le pic est attendu pour le début du mois de mars, ce qui signifie que la surveillance restera cruciale au cours des prochaines semaines.