Un variant d'Ebola inquiète les experts sanitaires : "C'est l'une des plus grandes flambées connues ces dernières années"
L'OMS a déclaré dimanche une urgence de santé publique internationale face à la résurgence du virus Ebola en République démocratique du Congo. Les experts redoutent un scénario difficile à contenir.

- Publié le 19-05-2026 à 10h52
- Mis à jour le 19-05-2026 à 12h03

Ce n'est pas n'importe quel signal d'alarme. Ce dimanche 18 mai, l'Organisation mondiale de la santé a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale face à la résurgence du virus Ebola en République démocratique du Congo.
Un geste fort, près de dix ans après la dernière grande épidémie africaine, celle de 2014-2016, qui avait fait plus de 11 000 morts en Afrique de l'Ouest. Cette fois, c'est la province d'Ituri, dans le nord-est du Congo, qui est touchée.
Il y a un risque que cette flambée épidémique puisse s'agrandir si on ne fait pas quelque chose rapidement"
Le bilan provisoire faisait état de 336 cas suspects et 88 décès présumés, dont un en Ouganda voisin. L'Africa CDC confirme que 13 cas au moins sont liés au variant Bundibugyo, une souche contre laquelle il n'existe, à ce jour, aucun vaccin validé ni traitement spécifique.

Une flambée détectée trop tard, dans une zone à haut risque
Pour Steven Van Gucht, virologue à l'Institut Sciensano, le contexte géographique et social aggrave considérablement les risques. "La région où ça se passe est très proche de l'Ouganda et du Soudan, c'est une zone de conflit avec beaucoup de déplacements de populations, avec un manque de provisions et d'infrastructures de santé publique. Tout cela crée un risque que cette flambée épidémique puisse s'agrandir si on ne fait pas quelque chose rapidement."
La taille de l'épidémie inquiète également. "Plus de 240 cas probables ont été recensés, en partie à cause du manque de tests, et en même temps, 80 décès, c'est déjà beaucoup. C'est l'une des plus grandes flambées connues ces dernières années."
L'ombre de 2014 plane dans les esprits. Cette année-là, le plus grand épisode Ebola de l'histoire avait touché plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest – Libéria, Guinée, Sierra Leone – avec 30 000 cas recensés.
"La région avait plusieurs zones, plusieurs pays, des populations très mobiles, avec une flambée qui avait atteint de grandes villes. Il faut absolument éviter que ce scénario se répète, insiste Van Gucht. C'est pour ça que l'OMS n'a pas hésité à déclarer une urgence internationale, pas parce qu'il y a un risque pour l'Europe ou l'Occident, mais parce qu'au niveau régional, si on n'agit pas vite, ça peut se propager."
Le variant Bundibugyo : une inconnue vaccinale préoccupante
Si Ebola est un virus connu, ce variant particulier complique la réponse médicale. Les traitements antiviraux et le vaccin développés lors des épidémies précédentes n'ont jamais été testés contre le Bundibugyo.
"En termes de maladie, c'est assez similaire aux autres souches : hémorragies, vomissements, le virus reste très létal, avec une mortalité estimée entre 30 et 50 %, précise l'expert. Mais le problème, c'est qu'on ne dispose pas de données montrant que le vaccin actuel est efficace contre ce variant. Je pense qu'il faut vraiment éviter de trop compter dessus."
Pour le virologue, il sera probablement nécessaire de mener des études cliniques en urgence sur les vaccins et traitements existants. En attendant, la réponse reposera sur les fondamentaux : isolement des malades, traçage des contacts, mesures d'hygiène strictes. "Mais là-bas, ce n'est pas si simple à mettre en œuvre, dans une zone avec très peu d'infrastructures et de provisions médicales. C'est aussi pour cela que tous les ingrédients sont rassemblés pour une épidémie de grande ampleur."
Par ailleurs, les premiers symptômes d'Ebola ressemblent à ceux d'une grippe ou d'un paludisme : fièvre, fatigue, douleurs. "Seulement quelques jours plus tard, ça s'aggrave, avec des vomissements, des hémorragies, parfois du sang dans les excrétions, parfois des hémorragies cutanées. Et très vite, ça dégénère, décrit Van Gucht. Le premier jour, ça ressemble à une grippe. C'est là où les choses se compliquent, surtout si les gens ne sont pas en alerte."
Le virus se transmet par contact direct avec le sang ou les fluides corporels d'une personne infectée, ou d'animaux porteurs comme les chauves-souris frugivores, les chimpanzés ou les gorilles. Ce n'est pas un virus à transmission aérienne, ce qui le distingue radicalement de la grippe ou du Covid.

Faut-il s'inquiéter en Europe ?
La question est légitime, mais la réponse est claire pour Steven Van Gucht : le risque réel se situe au niveau régional, pas mondial. "Hors d'Afrique, il n'y a pas vraiment de risque. Si par hasard un cas était importé, il serait très vite géré, avec très peu de risque de propagation."
Des protocoles existent : screening de température aux frontières des zones affectées, unités d'isolement dans les hôpitaux spécialisés, en Belgique, notamment à l'Hôpital universitaire d'Anvers. "Si nécessaire, on peut isoler un cas. Il n'y a pas de risque ici au-delà de ça."
L'urgence, donc, est plutôt du côté de l'Afrique. L'OMS a d'ailleurs précisé que sa déclaration d'urgence internationale vise avant tout à mobiliser l'aide internationale et à renforcer la vigilance dans les pays voisins, sans imposer de restrictions de voyage ou de commerce qui pourraient paradoxalement compliquer la surveillance et encourager les passages clandestins aux frontières.
Les premiers convois de fournitures médicales sont arrivés à Bunia, épicentre de l'épidémie. Le ministre de la Santé congolais, Samuel Roger Kamba, a annoncé l'installation de centres de traitement dans trois localités. Soixante patients sont déjà pris en charge.