Dans les coulisses d'un match du Mondial à la RTBF : "Déménager à trois semaines de la Coupe du monde, ce n'est jamais l'idéal"
Alors que la Coupe du monde bat son plein, La Libre s'est glissée dans les coulisses de la rencontre Canada-Suisse, dans les locaux de la RTBF.

- Publié le 28-06-2026 à 12h02

En ce mercredi soir, la chaleur est accablante boulevard Auguste Reyers. La Belgique est traversée depuis quelques jours par une canicule pesante. Si les records journaliers de température tombent un à un, il fait plutôt frais dans les couloirs du siège historique de la RTBF, où nous reçoit Nicolas Koussa, producteur de ce Mondial 2026, qui sera notre guide.
Dès 20 heures, le coup d'envoi de cette soirée sportive est donné par "le Mag", la quotidienne spéciale Mondial de la chaîne publique, présentée par Olivia Grisard, qui alterne avec Anne-Sophie Depauw, également présentatrice du JT. Un bon moyen de se mettre en jambes avant le premier double direct simultané de cet événement planétaire.
Ce soir, les fans de foot ont l'embarras du choix. À 21 heures, La Une diffuse Bosnie-Herzégovine – Qatar. Dans le même temps, Tipik fait la part belle au choc de ce groupe B, Suisse – Canada, qui mobilise la majorité des ressources du média public.
Journalistes et chroniqueurs décortiqueront, à la mi-temps et au coup de sifflet final, cette rencontre décisive, opposant deux équipes plutôt bien rentrées dans leur tournoi, totalisant chacune quatre points avant cette dernière journée de phase de poules.
Travailleurs de l'ombre
Première étape de notre voyage : le bus de la régie. Un lieu hautement stratégique un soir de match. Des écrans de contrôle à perte de vue permettent de gérer le son, l'image ou l'interactivité avec le public. Une quinzaine de personnes s'affairent, pour que chaque détail soit parfait, et que le téléspectateur puisse vivre l'expérience du match de la façon la plus agréable possible.


Direction ensuite le Forum, une grande salle qui sert à la fois de bureau aux éditeurs de l'émission, tout en permettant aux chroniqueurs de suivre la rencontre.
Cette pièce est le QG d'une série de travailleurs de l'ombre, sans qui la réalisation d'une émission serait impossible. C'est notamment le cas de Lucie Drygalski, journaliste sportive, qui assume le poste d'éditrice LSM (Live Slow Motion). "Mon rôle durant ce match, c'est d'être les petites mains et la petite voix dans l'oreille de Jérémie Baise, le présentateur de l'émission. Je mets de côté les images intéressantes pour lui et les consultants", nous explique la jeune femme.
"Je suis en contact via une oreillette avec lui, ainsi qu'avec les scriptes et le réalisateur. J'ai sous les yeux une conduite et je leur indique quand il faut lancer les images. Je sers un peu de relais entre l'éditeur, Patrick Stein, qui se trouve à côté de moi, et le présentateur sur le plateau", poursuit-elle.

Parmi les personnes indispensables au bon déroulement de l'émission, on retrouve aussi Emile Courtin, qui s'occupe des "palettes", ces dessins que l'on peut apercevoir lors des analyses tactiques à la fin de chaque mi-temps.
Sur demande d'un consultant, comme Swann Borsellino ou Cécile De Gernier, son travail consiste à mettre en lumière graphiquement, au moyen de flèches ou de cercles, les performances d'un joueur sur le terrain. De quoi permettre au téléspectateur de mieux saisir la complexité du Beautiful Game.
Bonne humeur ambiante
Le Forum, c'est également le lieu où les journalistes et chroniqueurs, qui seront chargés de débriefer la rencontre, peuvent suivre le match, tout en se délassant quelques instants, en reprenant des forces avec un snack ou une boisson, avant de retourner en plateau.
L'ambiance est détendue et tranche avec l'activité bouillonnante qui règne dans la pièce. Même la première période pauvre en occasions ne semble pas atteindre la bonne humeur. "37 minutes jouées, mais on a l'impression que ça fait trois jours que le match a commencé", plaisante un journaliste dans la salle.

La tête dans les cartons
C'est la mi-temps, sifflée sur un score nul et vierge. L'occasion de découvrir le plateau de l'émission, sobrement intitulée "Le Match".
"Nous récupérons certains éléments de décors de La Tribune (NdlR : l'émission footballistique phare de la RTBF), par souci d'économies, en essayant de faire correspondre au mieux le plateau à un loft américain, dans l'esprit des sitcoms comme Friends", explique Nicolas Koussa.

Si RTBF a récemment déménagé vers des locaux flambant neufs, où la rédaction a déjà élu domicile, les studios d'enregistrement se trouvent encore bel et bien dans le bâtiment historique de Reyers, situé à un jet de pierre de Media Square, prochaine étape de notre voyage.
"C'est sûr que déménager à trois semaines de la Coupe du monde, ce n'est jamais l'idéal", glisse Nicolas Koussa, en nous guidant à travers les couloirs. Difficile en effet de ne pas remarquer les cartons qui encombrent encore certains coins de la rédaction.
"Mais c'est temporaire", relativise le producteur, qui nous fait découvrir ce qui deviendra bientôt le nouveau centre névralgique de l'audiovisuel public francophone. Il est vrai que le bâtiment est des plus modernes. Et va à terme accueillir les nouveaux studios d'enregistrement de la RTBF.

"La fatigue se fait sentir"
Nous sommes de retour au Forum pour la seconde période, que l'on espère plus rythmée que la première. L'occasion aussi de discuter quelques instants avec Jérémie Baise, présentateur de The Voice, et de l'émission "Le Match", diffusée par la RTBF durant ce Mondial.
"La fatigue se fait sentir. Quand on rentre chez soi, en tant que fan de foot, on n'a pas toujours envie d'aller dormir, on veut regarder les matchs de la nuit", rigole-t-il. "Mais on a une super ambiance dans l'équipe, ça nous motive", explique celui qui arrive en général à la rédaction six heures avant la rencontre.
Côté football, la deuxième mi-temps ne déçoit pas et démarre sur les chapeaux de roues, avec deux buts de la Suisse. On croit alors voir la Nati filer vers une qualification tranquille. Mais le Canada n'a pas déposé les armes et réduit l'écart, sur un but du joueur de l'Union saint-gilloise Promise David, idéalement servi par l'Anderlechtois Nathan-Dylan Saliba. "Qui a dit que le championnat belge ne rayonnait pas", entend-on dans la salle. Les Canucks poussent, mais ne réussiront pas à revenir au score. La Suisse se qualifie pour les seizièmes de finale, tout comme son adversaire du soir.
Un duel qui sera analysé, décrypté, disséqué, en long, en large et en travers, sur le plateau de l'émission. Mais pas le temps de traîner, il est déjà 23h30 passées. Les aficionados du ballon rond n'attendent pas. Dans moins d'une demi-heure, les plus courageux vibreront devant les stars de la Seleção brésilienne, ou s'époumoneront devant la performance des Lions de l'Atlas. La Coupe du monde ne dort jamais.