Soudal Open et la dernière danse de Nicolas Colsaerts : "On peut vraiment parler d'un petit deuil"
Il occupe le haut de l'affiche de la 5e édition d'un Soudal Open placé sous le signe des adieux.

- Publié le 29-04-2026 à 10h03

Le compte à rebours a été lancé. Le 21 mai, le Rinkven International Golf Club accueillera 156 joueurs à l'occasion de la cinquième édition du Soudal Open (DP World Tour). Michael Jones, directeur du tournoi, a levé un coin du voile sur ce qui attend les spectateurs belges. Nicolas Colsaerts, 43 ans, occupe le haut de l'affiche médiatique pour sa dernière danse. Thomas Detry, qui n'évolue plus sur le PGA Tour, sera l'autre Belge à suivre, sans oublier Matthis Besard et James Meyer de Beco. Le directeur du tournoi a aussi annoncé les présences des vainqueurs à Rinkven Nacho Elvira (2024) et Simon Forsström (2023).
Le mercredi 20 mai, le pro am (48 teams composés d'un pro et de trois amateurs) réserve de belles surprises avec des présences espérées d'Eden Hazard et de Mathieu van der Poel. Thomas Vermaelen, Steven Defour et encore Wesley Sonck seront aussi ravis d'être à Rinkven. D'ailleurs, Wesley Sonck et Mathieu van der Poel se sont déjà affrontés sur le parcours pour relever un défi : un hole in one avec un drapeau à 115 mètres et 250 balles dans le panier. Si aucun des deux n'a réussi, Le Maître des Classiques a touché le poteau à son 70e essai.

Du 21 au 24 mai, Nicolas Colsaerts essayera à son tour un hole in one comme lors de l'édition 2023 du Genesis Scottish Open. Le Belgian Bomber a profité de sa présence à Bruxelles pour évoquer sa nouvelle vie.
Nicolas Colsaerts, on vous sent ému d'être présent à cette présentation du Soudal Open intitulé Nico's Last dance ?
C'est normal. Je vois que j'ai réalisé un long voyage. Quand tu embarques, tu es jeune. Tu ne te rends pas compte de tout ce qui t'attend. Je réalise que j'ai eu tellement de chance de vivre tous ces moments incroyables. Si j'avais accompli la moitié, j'aurais aussi été heureux. On pense évidemment à la Ryder Cup, la Coupe du monde avec mon meilleur pote, les Majeurs où j'ai bien joué…
Nourrissez-vous des regrets ?
Bien sûr que j'ai des regrets. J'ai toujours été honnête avec moi-même. Je reviens à Anvers en mai pour disputer un dernier tournoi devant des gens qui m'ont suivi depuis 25 ans. Les images repassent. Je jouerai devant mes parents et mes potes. Je sais que beaucoup se sont retrouvés devant leur téléviseur tous les week-ends. À mon âge, j'ai compris que j'avais marqué le quotidien des gens. C'est un constat assez flatteur. Je suis un privilégié.
Un privilégié qui a servi de locomotive à la génération des Thomas, Pieters et Detry…
Être le guide n'a jamais été trop dans ma nature. Dès le début de ma carrière, j'ai vite été le meilleur en Belgique. Je n'ai pas vraiment dû me battre pour aller chercher ce premier Graal. J'étais le meilleur dans mon village. Je suis évidemment conscient d'avoir inspiré. J'ai essayé d'accélérer l'apprentissage de Thomas Pieters et de Thomas Detry. En Belgique, nous avons la chance d'avoir quelques très bons golfeurs. Je me souviens d'une des premières fois où mon regard a croisé celui de Pieters et de Detry. J'avais vite compris qu'ils me regardaient différemment des autres.
La réussite belge repose-t-elle sur la chance ?
Non, quand je parle de chance, c'est par facilité. La réussite ne doit rien à la chance. Nous avons tous consenti à de gros sacrifices. Nous avons cru en nous. Nous avons trimé des heures. Nous avons évité les embûches. Pour réussir une carrière de 5, 10, 15 ou 20 ans, tu es obligé de travailler. Un sportif le fait sans réfléchir. J'ai toujours fait confiance à mon instinct. Si nous parvenons en haut de la pyramide, c'est que nous avons une aptitude à gérer tout ce qu'il faut.
Parlons de cette fameuse dernière danse au Soudal Open. Est-ce une manière de boucler la boucle ?
Venir à Anvers me paraît normal. Je pourrai revoir les gens avec qui j'ai un atome crochu. Même si nous ne sommes pas des parfaits 'tweetalige', je sais que si je croise des golfeurs néerlandophones de l'autre côté de la planète, nous serons liés par une passion commune.
Quels sont vos objectifs sur un plan sportif ?
Depuis janvier, je n'ai joué qu'à quatre reprises dont hier (lisez : lundi). Je veux d'abord vivre une belle semaine. Si je finis 20e, 35e ou 50e, je serai heureux. Je serais ravi de franchir le cut car je pourrais alors jouer aussi le week-end et donc profiter plus longtemps des gens présents. Une bonne semaine signifie vivre une chouette conférence de presse le mardi, de passer un bon moment durant le pro am du mercredi et surtout de profiter un maximum de toutes les personnes que je vais croiser.
De nombreuses surprises vous attendent. Êtes-vous prêt à vivre toutes ces émotions ?
Je n'ai pas peur de les montrer. Je commence à avoir l'habitude. Elles sont toujours sincères. Il n'y a aucune honte à les montrer.
Les anciens sportifs parlent souvent d'un petit deuil durant les premières semaines de retraité. L'avez-vous ressenti ?
Avant de raccrocher, j'avais déjà amorcé ma reconversion de commentateurs. J'avais pris l'habitude de commenter le British Open, la Ryder Cup et quelques tournois à Dubaï, à Abu Dhabi ou sur le DP World Tour. L'atterrissage a été plus doux. Cette partie de ma personnalité ne me quittera jamais. On peut vraiment parler d'un petit deuil. Hier, par exemple, j'ai passé la journée avec Olivier Rochus, Tomasz Radzinski, Geert De Vlieger ou encore Daniel Van Buyten. Maintenant, je peux leur dire que nous avons tous un point commun. Tout le monde y passe. Chacun choisit le bon moment. Le plus important, c'est de trouver les bonnes raisons d'effectuer ce choix et d'y croire.
Vous restez plongé dans le golf…
Je n'y suis plus à 100 %. Je reste passionné par ce sport. J'aurai toujours un œil différent sur les images qui me sont proposées à la télévision. Il serait dommage de ne pas partager mes 25-30 années d'expérience dans ce milieu. Quand je regarde un match de football, j'essaye aussi de comprendre les émotions et les interactions entre les joueurs. Je cherche à déceler les éléments que la personne lambda ne remarque pas.
Envisagez-vous de passer plus de temps en Belgique ? Pourrions-nous vous voir coacher en Belgique ? En golf ou dans un autre sport ?
Je n'ai peut-être pas les qualités nécessaires pour tout d'un coup donner mon avis sur les Red Lions. Mais aller voir un match de hockey et suivre les résultats des hockeyeurs, c'est quelque chose que je ferai toujours. En début de semaine, j'ai discuté avec Tom Boon (attaquant des Red Lions et du Léopold, le club d'enfance de Nicolas Colsaerts). Malheureusement, je serai aux États-Unis durant leur Coupe du monde en août. Je reste toujours déçu quand je vois qu'Anderlecht n'est pas en tête de classement durant ces Champions Playoffs. Je suis le sport belge, mais je vis un peu loin. Je reste un vrai sportif dans l'âme.
Pourriez-vous coacher des jeunes golfeurs belges ?
Moi, je n'ai pas cette pédagogie de technicien. En revanche, je pourrais donner des conseils à un gamin de 12, 13, 14 ans qui commence à être bon. Le moment de planter une petite graine sur cette voie est peut-être venu. Pour le moment, je n'ai rien de concret, mais je suis éventuellement disponible pour des coups de main à gauche et à droite. J'ai toujours un peu épaulé les jeunes qui arrivaient sur le circuit. Si une opportunité s'offre à moi, j'y réfléchirai.
Le sport pourrait-il disparaître de votre vie ?
J'ai grandi dans une famille sportive avec mon arrière-grand-père, mon grand-père et mon père. Mon épouse, aussi, a fait du sport au niveau. Elle a été nageuse. Elle a joué au basket-ball. Le sport est quelque chose d'extrêmement important dans notre famille. Il n'y a aucune raison que cela change.
Avec le recul, l'aventure humaine n'est-elle pas plus nourrissante que le palmarès ?
J'ai parcouru ce chemin avec des gens extrêmement proches. Personne ne serait capable de se construire un palmarès sans l'aide de personnes clés : des coachs techniques et mentaux, la famille et les amis. Eux, ils t'aident à éviter les pièges. J'ai eu la chance d'être bien entouré. Mon entourage a toujours été passionné. Ils m'ont permis d'aller au bout de mes rêves.
Les parcours que nous jouons sur le circuit professionnel, c'est Wembley chaque semaine."
Qu'est-ce qui va vous manquer le plus ?
Ce qui va me manquer le plus, c'est le luxe de jouer sur des parcours qui sont préparés de manière parfaite. Les parcours que nous jouons sur le circuit professionnel, c'est Wembley chaque semaine. Je m'imagine faire un neuf trous en Belgique en octobre après quatre jours de pluie. J'en ai déjà des frissons. Nous en parlions avec Olivier Rochus. Il me confiait son même désarroi de jouer sur une brique pilée qui colle où il ne peut pas faire une glissade.
Même si vous êtes encore trop jeune, le Senior Tour pourrait-il vous attirer ?
Je ne sais pas. Je me poserai peut-être la question dans six ans. Pour que l'opération soit intéressante financièrement, je devrais jouer 25 semaines par an aux États-Unis.
