L'eau de la Seine est-elle réellement responsable du forfait de la triathlète belge Claire Michel ?
Anne Hidalgo assure que "la qualité de l'eau de la Seine n'a rien à voir" avec les athlètes malades. On fait le point avec un expert et d'après ce que l'on sait à ce stade.

- Publié le 05-08-2024 à 16h43
- Mis à jour le 05-08-2024 à 21h39

L'eau de la Seine est-elle vraiment baignable ? Malgré le forfait des Belgian Hammers après que Claire Michel est tombée malade, le comité d'organisation des Jeux de Paris et World Triathlon ont bien maintenu la compétition du relais mixte ce lundi matin.
D'après certaines rumeurs, la triathlète serait même hospitalisée depuis quatre jours. La Belge serait infectée par la bactérie E.Coli, qui provoque notamment des problèmes gastriques, depuis sa baignade dans la Seine. Dans un communiqué ce dimanche, le Comité olympique belge n'a pas manqué d'égratigner les organisateurs même si World Athletics, la Fédération internationale de triathlon, avait donné son feu vert pour la tenue des deux épreuves femmes et hommes.
"Le COIB et Belgian Triathlon espèrent que les leçons seront tirées pour les prochaines compétitions de triathlon aux Jeux Olympiques. Nous pensons ici à la garantie des jours d'entraînement, des jours de compétition et du format des compétitions qui doit être clarifié à l'avance et faire en sorte qu'il n'y ait pas d'incertitude pour les athlètes, l'entourage et les supporters".
La Seine est sale depuis cent ans, alors ils ne peuvent pas dire que la sécurité des athlètes est une priorité"
En parallèle, l'équipe suisse a également dû procéder à des changements, car Adrien Briffod est atteint d'une "infection gastro-intestinale". Selon le médecin en chef de la délégation, "il est toutefois impossible de dire si l'infection de Briffod est liée à la qualité de l'eau de la Seine, qui a fait l'objet de nombreuses discussions avant les épreuves individuelles".
Le médecin Hanspeter Betschart a expliqué qu'un sondage mené auprès de collègues d'autres pays n'a jusqu'à présent révélé aucune accumulation de maladies gastro-intestinales chez les athlètes qui ont pris le départ de la course individuelle mercredi dernier.
Il y a quelques jours, l'autre triathlète belge, Jolien Vermeylen, s'inquiétait déjà des retombées de cette baignade. "J'ai bu beaucoup d'eau, donc on saura demain si je suis malade ou pas, a-t-elle confié. Ça n'a pas le goût du coca-cola ou du sprite, évidemment. En nageant sous le pont, j'ai senti et vu des choses auxquelles on ne devrait pas trop penser. La Seine est sale depuis cent ans, alors ils ne peuvent pas dire que la sécurité des athlètes est une priorité. Ce sont des conneries. Si la course n'avait pas eu lieu, ça aurait été une honte pour l'organisation, pour Paris, pour la France. C'était aujourd'hui ou jamais, et ils ne pouvaient pas annuler complètement la course non plus. Maintenant, ils doivent juste espérer qu'il n'y aura pas trop d'athlètes malades".
Vu l'état du fleuve et la densité de population, l'hypothèse liée à la Seine reste pour moi la plus probable"
"Les athlètes sont en bonne santé"… Vraiment ?
Interrogée lundi matin par RMC Sport, la ministre démissionnaire des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, a rappelé que la maladie de la triathlète belge Claire Michel n'a pas nécessairement de lien avec sa participation au triathlon féminin de mercredi dernier et en particulier à l'épreuve de natation dans la Seine.
"Il y a eu des rumeurs sur cette athlète belge mais en fait elle n'a jamais été hospitalisée", a déclaré AOC à RMC Sport. "Ce sont des fausses informations. Elle a été malade mais sans qu'un lien soit nécessairement établi avec sa baignade. Il sera important que le CNO belge puisse clarifier tout ça. D'autant que ce jour-là, la qualité de l'eau était particulière bonne." Et AOC d'insister : "Cette athlète belge a été malade, elle est passée à la policlinique. Il n'y a pas eu d'autres cas, les athlètes sont en bonne santé".
Concrètement, le principal danger redouté par les organisateurs, ce sont les bactéries d'entérocoques et Escherichia coli (E. coli), qui provoquent notamment des douleurs abdominales et des diarrhées, lesquelles peuvent évoluer vers des formes sanglantes. L'autre risque est lié à la leptospirose, également surnommée la "maladie du rat", une maladie d'origine bactérienne qui se transmet principalement par l'urine des rongeurs. Cette dernière peut provoquer "une fièvre élevée avec frissons, maux de tête, douleurs musculaires et douleurs articulaires diffuses" et peut "évoluer vers une atteinte rénale, hépatique, méningée ou pulmonaire", d'après l'Institut Pasteur.
Pour rassurer les athlètes, le Comité d'organisation des Jeux olympiques (Cojo) a donc publié à l'issue de la course les résultats de la qualité de l'eau, assurant qu'elle était très bonne. "Les échantillons prélevés hier entre 5 et 6 heures ont montré des niveaux d'E. coli compris entre 192 et 308 UFC/ml", a déclaré Anne Descamps, porte-parole du Cojo, lors d'un point. Pour rappel, la limite fixée par la fédération internationale du triathlon est de 1000 UCF/ml.
Toutefois, le fait d'observer deux forfaits en quelques jours reste quelque chose d'assez inhabituel.
"Si c'était lié à l'alimentation, il y aurait eu beaucoup plus de cas étant donné que les athlètes mangent au même endroit et la même nourriture, estime le toxicologue Alfred Bernard (UCLouvain). Et vu l'état du fleuve et la densité de population, l'hypothèse liée à la Seine reste pour moi la plus probable. D'ailleurs, elle n'était pas baignable il y a quelques jours mais elle l'est aujourd'hui, c'est assez étonnant comme communication, tout dépend aussi de l'endroit où l'on mesure les taux de pollution. Il suffit que le niveau soit à peine en dessous des recommandations pour qu'il y ait déjà des conséquences, il faudrait en effet vérifier que les échantillons soient représentatifs de tout le fleuve. Il faut dire que pour l'organisateur, ce serait un immense échec d'annuler la compétition. On ne peut pas certifier qu'il y un a lien mais c'est pour moi l'explication la plus plausible".
Quelle est la période d'incubation ?
D'après l'Organisation Mondiale de la Santé, la période d'incubation d'E. Coli, soit le temps le temps qui s'écoule entre le moment où une personne est contaminée et l'apparition des premiers symptômes de la maladie, prend habituellement entre 3 et 8 jours, avec une médiane de 3 à 4 jours.
Or, l'athlète belge aurait été hospitalisée le jour même de sa compétition, ce qui laisse à penser qu'une contamination en lien avec les eaux de la Seine serait peu probable. Si c'était le cas, les symptômes seraient alors apparus dans les jours suivant l'exposition.
"Toutefois, il faut noter que la période d'incubation peut être plus courte que cette fameuse règle des 3 à 5 jours. D'après plusieurs études américaines récentes, il est en effet possible de présenter des symptômes après un jour, c'est donc important de le prendre en compte, souligne l'expert. Un immense fleuve comme la Seine est très difficile à assainir et à dépolluer étant donné qu'il y a une masse de matière fécale assez importante. Bien qu'il y ait eu beaucoup de moyens pour s'attaquer à cette problématique, les bactéries présentes dans ces longs fleuves peuvent venir de loin, et donc pas seulement de Paris. D'ailleurs, les nageurs de compétition ingèrent pas mal d'eau quand ils nagent, l'inhalation est inévitable donc l'hypothèse d'une contamination n'est pas impossible".
