La face cachée des JO de Paris: "Beaucoup de personnes ont été placées en asile psychiatrique pour qu'on ne les voit pas"
Alors que les JO de Paris 2024 se tiennent dans une ambiance surchauffée sur des sites somptueux, la misère n'a pas disparu de la capitale française. Elle a simplement été déplacée. De nombreuses associations alertent sur l'expulsion des populations précaires de la capitale française.

- Publié le 08-08-2024 à 12h21
- Mis à jour le 08-08-2024 à 14h02

Paris est magique. Paris est sublime. Les superlatifs ne manquent pas pour qualifier la beauté et la grandeur des Jeux Olympiques qui se déroulent actuellement dans la capitale française. Et c'est une réalité, l'organisation ne connaît à ce stade (presque) aucun couac, la circulation est fluide et les différents sites sont somptueux. Mais une autre réalité, toujours bien présente, a été mise de côté. Celle de la précarité, de la pauvreté, de la misère. Car Paris n'est pas devenu du jour au lendemain une ville propre, une ville sans SDF où la mendicité est quasiment absente, même si c'est l'impression qu'elle renvoie depuis le début des Jeux. Il faut dire que le comité d'organisation a investi massivement pour que Paris brille de mille feux.
Depuis plus d'un an, plusieurs publics sont donc devenus la cible des autorités : les sans-abri, les migrants, les Roms, les travailleuses du sexe ou encore les usagers de drogues. Sur le terrain, les associations alertent sur l'expulsion des populations précaires de Paris.
La ville a dispersé les SDF hors de Paris vers d'autres régions
"L'objectif : éviter l'installation de lieux de vie informels trop visibles"
Cela fait même des mois que le collectif le Revers de la médaille alerte sur l'expulsion des populations précaires de Paris, en amont des olympiades parisiennes, en particulier des camps de migrants, ainsi que sur la nette augmentation des expulsions et opérations de nettoyage social constatées sur le terrain à l'approche des JO. Ce groupe d'une centaine d'associations dénonce même une forme de "nettoyage social" causé, selon lui, par cet événement et a publié un rapport titré "1 an de nettoyage social avant les JOP Paris 2024" en s'appuyant sur des données chiffrées et documentées.
D'après ce dernier, les expulsions pour la période allant d'avril 2023 à mai 2024 ont concerné 12 545 personnes, soit une augmentation de 38,5 % par rapport à la période 2021-2022. Parmi ces personnes, 3 434 étaient mineures, soit deux fois plus que l'an dernier, et presque trois fois plus qu'en 2021-2022.

"Ce nettoyage social repose sur un double mouvement de dispersion : disperser les personnes les plus précaires au sein de l'espace public parisien pour éviter l'installation de lieux de vie informels trop visibles, et les disperser hors de Paris vers d'autres régions", déplore Paul Alauzy, Coordinateur de la veille sanitaire à Médecins du Monde et porte-parole du collectif.
"On est loin de la carte postale qu'on veut nous vendre"
Anne Lorient, présidente de l'association éponyme qui vient en aide aux femmes sans domicile fixe et aux familles précaires, a également dénoncé ce "nettoyage" de la précarité au micro de Konbini.
"La ville a enlevé tous les SDF des rues mais on est loin de la carte postale qu'on veut nous vendre et loin aussi de la série Netflix Emily in Paris, fustige celle qui aide les familles précaires au quotidien. Ils ont retiré tout ce qui traînait, résultat on a des SDF qui se cachent, des bébés dans la rue, des femmes SDF qui n'ont plus accès aux repas, aux douches étant donné que certaines structures sont fermées durant la période. Il y a également des endroits qui ont interdit la maraude et beaucoup de personnes ont été placées en asile psychiatrique pour les cacher mais on les retrouvera une fois les Jeux terminés. Ils ont envoyé des sans-papiers et des DSF ailleurs, c'est le cas à Orléans ou Rennes. Il y a quelques jours, il y avait des bébés devant la mairie du 18ème arrondissement mais toutes les personnes ont été évacuées par la Police".
Il y a quelques semaines, le rapporteur spécial de l'ONU sur le logement convenable, Balakrishnan Rajagopal, avait quant à lui interpellé la France sur le sort "des groupes marginalisés" en avril dernier. "Les expulsions pour embellir Paris avant [les JO] sont similaires à ce que la Chine, l'Inde ou bien d'autres ont fait avant d'autres méga-événements. Comment la France justifie-t-elle cela ?".
De leurs côtés, les réfutent depuis plusieurs mois toute corrélation entre la politique d'évacuation mise en place et la tenue des prochaines olympiades dans la capitale française. "Cela n'a rien à voir avec les Jeux olympiques et paralympiques (JOP), il n'y a pas de nettoyage social", a notamment déclaré en mars dernier Amélie Oudéa-Castéra. Et la ministre des Sports et des JOP d'expliquer au sujet de l'évacuation des sans-abri hors de l'Île-de-France : "Cette politique d'hébergement d'urgence vise à répartir l'effort sur le territoire. […] Des opérations de ce type sont menées régulièrement, ce n'est pas dicté par l'agenda olympique et paralympique."
Concrètement, 15 centres d'hébergement ont ainsi été ouverts par différentes associations depuis janvier pour accueillir 216 "grands marginaux", vivant dans la rue sur les sites olympiques comme la Concorde ou la tour Eiffel. Des places "pérennes" mais qui restent insuffisantes pour de nombreuses associations de lutte contre la précarité.