Rajae Maouane : "La note qui nous a été présentée prépare au confédéralisme"
Les coprésidents d'Ecolo ont rencontré, ce mardi, les deux préformateurs. Les verts ont toutefois décliné l'invitation à participer à un gouvernement en raison d'un "projet de note qui ne répond pas à nos valeurs", précise Rajae Maouane, coprésidente d'Ecolo. Entretien

- Publié le 05-08-2020 à 20h26
- Mis à jour le 11-08-2020 à 13h07

La note qui vous a été présentée ne semble pas aussi imbuvable pour Ecolo que certains l'imaginent. Qu'est-ce qui ne vous plaît pas dans le projet des préformateurs ?
Il est important de rappeler que nous avons eu des échanges longs et sérieux pendant quatre heures avec les préformateurs. Nous avons trouvé des éléments intéressants dans leur note, notamment en matières sociales. Je pense notamment à l'augmentation des pensions (1 500 euros net par mois), ou encore à toutes des mesures préconisées pour mieux gérer la crise sanitaire. Mais la note comprenait aussi pas mal de lacunes, et qu'entre leurs positions et les nôtres, il y a des points trop éloignés. On est aujourd'hui dans un momentum. Il faut prendre un virage, mais cette note ne le prend pas. Quand on voit, par exemple, l'importance des mobilisations sur l'urgence climatique ou pour une société plus inclusive, mais qu'on constate que ces points sont inexistants dans le projet qui nous a été présenté, on s'est dit que la note que nous avons reçue n'avait pas été rédigée pour construire un projet avec les verts.
Vous pensez qu'il y a une volonté de la part des préformateurs de vous inviter "pour la forme" et pas, comme vous dites, pour construire un projet avec vous ?
Avons-nous été invités pour la forme ? Je ne crois pas. Mais vous pouvez poser la question à Paul Magnette et Bart De Wever. De notre côté, nous avons écouté les propositions des deux chargés de la mission royale, nous avons exposé nos éléments et nous avons été entendus.
Certains relèvent des différences dans les positions exprimées par Ecolo et par Groen. Y a-t-il des problèmes au sein de la famille écologiste ?
Je ne parle pas beaucoup des autres partis, je n'aime pas faire de la politique politicienne, mais je constate qu'on parle de famille libérale et de famille socialiste, mais depuis quand ces familles politiques sont vraiment des familles ? Ecolo-Groen, c'est un vrai groupe commun, qui travaille ensemble dans un bâtiment commun, avec des instances communes. Nous sommes la première véritable famille politique en Belgique, et depuis quelques années déjà. Alors oui, il y a des différences de communication, mais elles sont linguistiques. Chacun parle à sa communauté linguistique. Mais notre message est le même. Chaque fois que nous sommes invités, nous y allons ensemble. Jean-Marc Nollet et moi n'étions pas seuls à la réunion. Le député Groen Kristof Kalvo était aussi présent et la présidente de Groen, Myriam Almaci, l'était par visioconférence. Les critiques sur une désunion ne sont donc pas fondées.
Parlons alors d'autres critiques, celles qui laissent entendre qu'Ecolo Bruxelles est contre une alliance avec la N-VA, mais que du côté wallon, ce n'est pas le cas. Que dit Raja Maouane la Bruxelloise ?
Que c'est du grand n'importe quoi. Ce qui est intéressant au sein de notre famille politique, c'est que tout le monde parle ouvertement et chacun défend ses positions. Je suis garante des intérêts des Bruxellois et je suis très à l'aise pour les défendre. Jean-Marc accepte mes idées, et je les présente sans devoir le forcer à m'écouter, tout comme je prends en compte l'intérêt des Wallons et des germanophones. En fait, nous parlons aux écologistes de tout le pays, puisque nous sommes, nous, une famille politique unie, cela fait partie de l'ADN de notre parti.
Si la note doit évoluer vers quelque chose de "plus vert", vous seriez ouverts à une nouvelle discussion ?
Au niveau institutionnel, la note présentée prépare à un confédéralisme qui n'est pas dans la vision d'Ecolo. Nous avons été invités, nous avons répondu. Quand on doit prendre nos responsabilités, on le fait et on y va, mais chaque fois en défendant notre projet. Si on doit se retrouver dans l'opposition au niveau fédéral, nous le ferons de façon ferme et constructive. Mais n'oublions pas une chose : Paul Magnette et Bart De Wever sont toujours occupés, tout n'est pas terminé…
Certains laissent entendre que c'est Jean-Marc Nollet qui mène la danse au sein d'Écolo et pas vous…
Ceux qui me connaissent savent qu'il faut y aller pour essayer de me faire avaler une idée ou un projet avec lequel je ne suis pas d'accord. Ce n'est pas un scoop de dire que Jean-Marc a plus d'expérience que moi, mais nous sommes complémentaires. J'ai une expérience de terrain qui est complétée par le travail mené par Jean-Marc qui est plutôt un homme de cénacle. Encore une fois, les critiques, il y en a et il y en aura encore. Rappelons que je suis entrée en fonction il y a moins d'un an, dans un contexte de crise institutionnelle à laquelle s'ajoute aujourd'hui une crise sanitaire.