Denis Ducarme sur la situation politique : "La crise sociale et économique ne fait que commencer"
Le ministre des Indépendants, Denis Ducarme, plaide pour un droit passerelle pour ceux qui ont fait faillite à cause de la crise du Covid.
- Publié le 08-08-2020 à 08h09
- Mis à jour le 11-08-2020 à 13h07

Depuis le début de la crise du coronavirus, le ministre fédéral des Indépendants, Denis Ducarme, n'a pas ménagé ses efforts pour aider les milliers d'indépendants en difficulté. Les caisses de l'État en ont pris un coup. Rien que pour le droit passerelle - attribué aux indépendants qui ont perdu partiellement ou totalement leurs revenus durant la crise -, ce sont plus de deux milliards d'euros qui ont été dépensés. "Un investissement nécessaire si l'on ne veut pas que le nombre de faillites soit démentiel", nous assurait le ministre vendredi midi. Le matin même, il signait l'arrêté concernant le fameux chèque-consommation de 300 € que les entreprises pourront octroyer à leurs employés. Avec l'espoir qu'il soit disponible d'ici peu.
Trois mois après le déconfinement, on a l'impression que l'activité ne redécolle pas…
"La crise économique et sociale, commencée par la crise sanitaire du Covid, ne fait malheureusement que commencer. Avec le moratoire sur les faillites, on était parvenus à limiter la casse. Il avait eu l'effet escompté : celui de ne pas torpiller des entreprises qui pouvaient encore se relever. Mais on ne pouvait pas non plus prolonger ce moratoire au-delà du 17 juin, car cela pouvait avoir un effet en cascade sur les petits créanciers des entreprises concernées. Ceux qui attendaient d'être payés par celles-ci pour renflouer leur trésorerie."
Ils peuvent de nouveau les assigner devant le tribunal de l'entreprise. On risque donc d'observer une hausse des faillites…
"En septembre, malheureusement, de nombreuses faillites devraient effectivement être actées. Ce que l'on voit, ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Dans certains secteurs comme celui de l'Horeca, on évoque 30 % de faillites. Dans l'événementiel, ce sera peut-être pire. La crise que l'on connaît aujourd'hui n'a rien de comparable à celle de 2008 (NdlR : la crise des subprimes américains avait fait chuter les bourses et condamner des centaines d'entreprises en Belgique), ni même avec la situation post-attentats."
Vos propos sont très alarmistes. Pourtant, vous ne semblez pas vouloir céder au fatalisme…
"Les prévisions de la Banque nationale de Belgique sont catastrophiques. On évoque une baisse du PIB de 10 %. C'est énorme. Pourtant, je reste effectivement persuadé qu'on peut agir pour sauver des centaines d'entreprises."
Au regard de ce qu'on observe avec les soldes avec, par endroits, 70 % de ventes en moins, ça s'annonce très compliqué. Comment faire ?
"Toutes les idées sont bonnes à prendre. D'abord en réfléchissant au rôle de l'État. L'État est souvent le premier créancier des entreprises. C'est souvent le premier à assigner une entreprise en faillite pour récupérer ses billes. Il faudra sans doute laisser plus de temps aux indépendants pour retrouver des finances saines. Notamment en procédant à une suspension temporaire des assignations par l'État. De même, les procédures de réorganisation judiciaire sont souvent très coûteuses pour les entreprises et trop tardives. C'est souvent le dernier rempart avant la faillite. Il faudrait réformer tout cela. J'ai émis une proposition de réforme. L'urgence a été acceptée et cela devrait passer prochainement au parlement."
Pour certains, malheureusement, la situation est irréversible. Des centaines de personnes vont se retrouver sans accès au chômage et devront se tourner vers les CPAS.
"Il n'est pas honteux, en ces temps de crise, de faire appel au CPAS. Nous avons d'ailleurs accordé une enveloppe supplémentaire de 200 millions d'euros aux CPAS pour aider les plus précarisés. Mais il est vrai qu'on ne peut pas laisser ces milliers d'indépendants sans revenu s'ils doivent faire faillite. C'est impensable car ils ne sont pas responsables de ce qui arrive. C'est le Covid qui aura torpillé leurs projets."
Il faut donc les aider. Comment ? Un employé a droit au chômage s'il perd son boulot. Pas un indépendant…
"Je travaille sur la mise en place d'un droit passerelle "Covid-faillite", qui sera destiné à aider les personnes qui ont dû cesser définitivement leurs activités à cause de la crise. Comme pour le droit passerelle classique, ils recevraient une indemnité mensuelle (NdlR : le montant n'est pas encore défini) pour les aider à se relever."