Trop gros pour combattre ? L'armée belge vigilante à l'augmentation de l'obésité alors qu'un militaire sur deux est en surpoids
Aux États-Unis, les généraux sont confrontés à une vague d'inaptitude au combat liée au surpoids des recrues. En Belgique, l'état-major se prépare à une possible évolution similaire, et propose aux personnes en surcharge pondérale de suivre volontairement des trajets de reconditionnement.

- Publié le 05-04-2024 à 07h45

L'armée belge craint, qu'à l'image de l'évolution observée dans la société, l'obésité augmente chez ses soldats ou futures recrues. Il faut dire que les données en la matière ne sont pas rassurantes. Selon le dernier rapport sur l'état de santé de la population belge établi par Sciensano, l'indice de masse corporelle moyen de la population belge (NdlR : calculé en divisant son poids en kg par sa taille en mètre au carré) est égal à 25,5. Soit davantage que la limite du surpoids, fixée à 25 par l'Organisation mondiale de la santé. Aujourd'hui, près d'un Belge sur deux (49,3 %) serait en surpoids et 15,9 % souffriraient même d'obésité avec un indice de masse corporelle supérieure à 30.
Des chiffres pas si éloignés de ceux de notre armée, qui sont respectivement de 46 % en surcharge pondérale (dont 37 % en surpoids et 9 % en situation d'obésité) contre 7 % en insuffisance pondérale 7 % et 47 % considérés comme un poids normal, d'après les chiffres de la Défense pour l'année 2023. "Les tranches d'âge les plus touchées sont naturellement les 40 ans et plus, dans des services moins actifs et plus sédentaires", précise-t-elle.
Un belge sur trois sera obèse à l'horizon 2035
L'IMC moyenne de nos militaires et de 25 kg/m2
Concernant l'IMC moyenne de nos soldats, on peut noter une amélioration des chiffres avec 26,2 kg/m2 en 2007, 25.5 en 2013 et 25 en 2023, tout en sachant que l'IMC chez les unités spéciales et les para-commandos est souvent supérieure à 25 kg/m2, alors que le taux de graisse n'est que de 15 % maximum. C'est pour cette raison que la Défense emploie de moins en moins cet indice. "Les chiffres IMC ne sont pas toujours représentatifs. À la Défense, nous n'utilisons pas de balance mais on utilise le BodyScan qui donne une image complète de la composition corporelle".
La surcharge pondérale entraîne d'autres problèmes de santé"
Mais sans surprise, les armées sont à l'image de la société dans laquelle elles sont intégrées. Des chiffres voués à grossir à l'avenir. Selon les estimations de la FMO (Fédération Mondiale de l'obésité), un belge sur trois sera en effet obèse à l'horizon 2035, contre seulement un sur six actuellement. C'est pour cette raison que l'État-Major suit de près cette évolution et essaye de proposer de plus en plus de séances sportives à ses membres tout en essayant de les amener à garder la meilleure hygiène de vie possible et un niveau de forme adéquat qui fait qu'ils restent en bonne santé aussi longtemps que possible. Outre-Atlantique, où la problématique est bien plus prononcée, se pose déjà depuis plusieurs années la question du surpoids dans l'armée.
"Too fat to fight" (trop gros pour combattre) ont même titré les médias américains depuis quelque temps. La raison ? Sur la population en âge de servir dans l'armée américaine (17-42 ans), seul un Américain sur trois serait apte à combattre au vu de son indice de masse corporelle (IMC) et de son activité physique, selon une étude publiée par l'American Journal of preventive medecine en septembre 2022. En France, la prévalence de l'obésité était par exemple évaluée à 9,6 % dans les forces armées en 2017, avec 36,1 % des effectifs en surpoids, selon le résumé d'une thèse publiée sur le site du ministère des Armées.
Dans une étude publiée par le Ministère des Armées français en janvier dernier, celui-ci alertait d'ailleurs sur le syndrome métabolique, perçu comme "une menace plus pernicieuse" que les "traumas" ou les risques liés à la profession. En cause, la sédentarisation et la malbouffe qui touchent plusieurs générations. "C'est un sujet sur lequel nous sommes très attentifs car la surcharge pondérale entraîne d'autres problèmes de santé, souligne Philippe Sion, secrétaire général adjoint du syndicat militaire CGPM. On pense notamment aux soucis d'articulation, aux troubles cardiovasculaires, etc. On veut éviter de provoquer une vieillesse prématurée des troupes, nous sommes donc très attentifs à cette problématique".
