A 25 ans, ce Français explore le marché australien de l'hydrogène pour John Cockerill
L'Australie veut rattraper son retard dans l'hydrogène vert. John Cockerill aimerait donc livrer des électrolyseurs sur ce marché.
- Publié le 25-10-2023 à 08h05
- Mis à jour le 27-10-2023 à 03h33

Alexis Guerriot, 25 ans, vit sa toute première expérience professionnelle. Ce Français a été recruté par John Cockerill, le fleuron industriel wallon, pour prospecter le marché australien. Présent à Sydney depuis sept mois, il a été engagé sous le statut VIE (volontariat international en entreprise), un statut qui favorise le départ de jeunes à l'étranger. "Ce statut VIE, octroyé par la France, est aussi ouvert aux jeunes issus d'autres pays européens, pour autant que l'entreprise ait un lien avec la France", explique-t-il. Or John Cockerill est aussi présent en France.
Beaucoup de jeunes expatriés seraient engagés sous ce statut en Australie et ailleurs, ce qui leur permet d'accéder plus facilement à une expérience professionnelle à l'étranger.
La mission confiée par John Cockerill à Alexis Guerriot consiste à trouver des acheteurs internationaux pour ses électrolyseurs. L'entreprise, basée à Seraing, est un des leaders mondiaux de la fabrication de ces machines, utilisées pour produire de l'hydrogène. Pour rappel, l'électrolyseur casse une molécule d'eau, pour la transformer en oxygène et en hydrogène. L'hydrogène est "labellisé" vert si l'électricité alimentant l'électrolyseur est d'origine renouvelable. L'hydrogène vert est considéré comme un moyen de décarboner certains secteurs industriels comme la production d'engrais et d'acier, qui dépend aujourd'hui des énergies fossiles.
L'Australie veut rattraper son retard
"Nous avons de grandes ambitions sur le marché australien, confie Alexis Guerriot. Le gouvernement local veut rattraper le retard de l'Australie dans l'hydrogène vert. Il a donc débloqué une enveloppe de 2 milliards de dollars pour soutenir la filière".
Selon l'Agence belge du commerce extérieur, l'Australie ambitionne d'exporter plus de 3 millions de tonnes d'hydrogène par an, à partir de 2040. "L'Australie devrait exporter vers la Corée du Sud et le Japon, précise Alexis Guerriot. Ces pays sont encore très dépendants des combustibles fossiles venant du Moyen-Orient. Très densément peuplés, ils n'ont pas beaucoup d'espace pour produire eux-mêmes leur hydrogène vert".
Quels sont les plans de l'entreprise liégeoise sur le marché australien ? "A long terme, notre ambition est d'ouvrir une usine d'assemblage d'électrolyseurs en Australie", précise Alexis Guerriot. Les clients potentiels sont de gros acteurs internationaux, comme TotalEnergies, Engie, BP…
Une fois livrés par l'entreprise wallonne, les électrolyseurs seraient installés soit dans le Queensland, à l'est du pays, soit en Australie-Occidentale, à l'ouest du pays. L'idée est de les connecter à des panneaux photovoltaïques, dans des régions fortement ensoleillées. En effet, pour faire pression sur les coûts de l'hydrogène vert, il faut avoir accès à de l'électricité bon marché.
Notons que le développement de la filière hydrogène semble ralentir au niveau mondial. En témoigne la mise sur "pause" par John Cockerill de son projet de Gigafactory à Seraing. Une pause qui inquiète le pouvoir politique wallon ? "Le projet n'est pas abandonné, répond Willy Borsus (MR), le ministre wallon de l'Économie. Ce projet de Gigafactory a pour objectif de répondre à la croissance attendue de la demande internationale pour les électrolyseurs. Mais on attend encore que cette hausse de la demande internationale se concrétise". Le libéral précise que, quoi qu'il arrive, la recherche et développement ainsi que l'usine d'assemblage d'électrolyseurs seront maintenus à Seraing.
En outre, il ne s'inquiète pas du fait que John Cockerill envisage d'assembler des électrolyseurs en Australie, pour servir ce marché. "Cette usine australienne bénéficierait indirectement à l'activité de recherche et développement qui est basée à Seraing", explique-t-il.
En attendant, d'autres projets de Gigafactory de John Cockerill, en dehors des frontières belges, ne sont pas mis à l'arrêt.

