Emmanuel Macron va signer un contrat à 4,3 milliards d'euros en Suède : la fin des malheurs pour un géant naval français ?
Après quelques déconvenues, Naval Group reprend la route des succès commerciaux en Europe. Emmanuel Macron se rendra lundi en Suède pour en concrétiser un.

- Publié le 27-08-2026 à 16h51
- Mis à jour le 27-08-2026 à 16h54

Après l'annonce, mardi du protocole d'accord à 6 milliards d'euros avec l'Arabie saoudite pour des parcs d'attractions près de Paris, Emmanuel Macron continue ses contacts avec l'étranger.
Cette fois-ci, ce sera avec la Suède, et dans un tout autre domaine. Le président français s'y rendra lundi prochain pour assister à la signature d'un contrat majeur portant sur quatre frégates françaises. Une commande stratégique pour Stockholm, mais aussi une victoire bienvenue pour Naval Group après plusieurs revers dans de grands appels d'offres internationaux.
"C'est l'un des plus importants investissements suédois dans le domaine de la défense depuis l'introduction de l'avion de chasse Gripen"
Le contrat est évalué à 4,3 milliards d'euros pour une première livraison en 2030.
Une concurrence sérieuse
Naval Group était opposé au britannique Babcock, (qui s'était pourtant associé au suédois Saab pour remporter l'offre), ainsi qu'à l'espagnol Navantia. Le gouvernement suédois avait alors lancé les négociations avec la France pour quatre navires, avec des livraisons prévues entre 2030 et 2034, précise le site web du gouvernement suédois.
Pour la Suède, l'investissement est considérable. Le Premier ministre Ulf Kristersson le présentait même comme "l'un des plus importants investissements suédois dans le domaine de la défense depuis l'introduction de l'avion de chasse Gripen dans les années 1980". Des avions Gripen qui sont par ailleurs des concurrents au Rafale français à l'exportation internationale. L'Ukraine a par exemple acheté des Gripen en mai dernier.

Selon Stockholm, l'arrivée de ces nouvelles frégates doit notamment permettre de tripler les capacités de défense aérienne de la marine suédoise. Les frégates permettent effectivement de défendre une flotte contre les attaques venues des cieux, mais aussi des attaques marines et sous-marines.
Une victoire bienvenue pour Naval Group
Pour Naval Group, cette commande suédoise intervient après plusieurs compétitions internationales perdues par le groupe français, dans un marché européen de l'armement naval devenu extrêmement concurrentiel.
En août 2025, la Norvège, voisine à la Suède, avait notamment écarté l'offre française au profit des frégates britanniques Type 26 de BAE Systems pour le renouvellement de sa flotte, rappelle Zone Militaire.
En juin 2026, la Pologne avait également décliné les offres de plusieurs groupes, dont Naval Group, pour son programme de sous-marins, et avait retenu - justement - le suédois Saab. Un deal à 4,3 milliards d'euros également.
Le Canada a quant à lui sélectionné début juillet le consortium germano-norvégien TKMS comme fournisseur privilégié pour son vaste programme de nouveaux sous-marins.
"En 2019, Naval Group réalisait zéro euro de chiffre d'affaires en Europe (...). En 2026, nous réaliserons 1 milliard d'euros"
Et c'est sans rappeler l'annulation du contrat avec l'Australie pour des sous-marins, après l'annonce de l'alliance militaire Aukus, regroupant Australie, Royaume-Uni et Etats-Unis. Un coup dur, vécu comme une trahison, qui était resté en travers de la gorge de l'entreprise mais aussi de l'Elysée.
"En 2019, Naval Group réalisait zéro euro de chiffre d'affaires en Europe (...). En 2026, nous réaliserons 1 milliard d'euros (...), grâce à la Belgique, aux Pays-Bas, à la Grèce et désormais à la Suède", s'est encore félicité le CEO de Naval Group Pierre Eric Pommellet auprès de Reuters.
Chez nous, le ministre de la Défense Theo Francken (N-VA) a également annoncé récemment évaluer plusieurs alternatives, notamment françaises, alors que la livraison des nouvelles frégates développées avec les Pays-Bas (programme ASWF) a pris du retard pour des raisons techniques et vu ses coûts exploser.
Pourquoi ce choix ?
Pour emporter la décision suédoise, Naval Group a notamment bénéficié de l'avance industrielle de sa frégate. Stockholm souhaitait disposer rapidement d'un bâtiment déjà conçu, produit et testé, plutôt que de s'engager dans le développement d'une plateforme entièrement nouvelle.
Le calendrier a également pesé lourd dans la décision : le gouvernement suédois explique que les délais de livraison et la capacité française à fournir un système complet de défense aérienne ont constitué des critères déterminants.
Dans les deux sens...
La commande ne traduit pas uniquement un succès commercial français. Les deux pays ont multiplié ces derniers mois les achats croisés d'équipements militaires.
La France a notamment choisi des avions de surveillance radar GlobalEye ainsi que des radars Giraffe 1X produits par le groupe suédois Saab.
Ce rapprochement intervient alors que la Suède a profondément revu sa politique de défense depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Après deux siècles de non-alignement militaire, la Suède est devenue membre de l'Otan en mars 2024 et augmente fortement ses dépenses de défense, avec une attention particulière portée à la mer Baltique.