Démission de Lecornu: "Ils ont réussi leur coup ! On peut faire confiance aux politiques à ce niveau !"
La France est toujours "ingouvernable". Une situation qui pourrait alourdir la facture pour les Français.

- Publié le 06-10-2025 à 16h38
- Mis à jour le 06-10-2025 à 19h18

En France, l'annonce de la démission du Premier ministre Sébastien Lecornu, à peine quelques heures après avoir présenté le nouveau gouvernement, a de quoi surprendre. Et renforcer l'incertitude des investisseurs. La France navigue à vue, sans trouver de solution pour son budget 2026.
"Les investisseurs ont horreur de l'incertitude", rappelle Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG School of Management. "Les actions du Cac 40 baissent et le taux d'intérêt à long terme pour la dette française augmente. Ce n'est pas catastrophique mais le taux français a pris quelques points, autour de 3,6 %, alors qu'il était déjà au-dessus du taux italien", précise-t-il. "Ils ont réussi leur coup ! Les efforts ont payé ! On peut faire confiance aux politiques à ce niveau", plaisante-t-il.
Cette tension sur les taux, "c'est le canari dans la mine de charbon", abonde Vincent Juvyns, Chief Investment Strategist chez ING. C'est ce qui alerte sur le malaise ambiant sur les marchés. "Le spread (l'écart, NdlR) entre l'OAT française (obligation assimilable au trésor, à 3,58 %) et le Bund allemand (2,70 %) est deux fois plus élevé qu'il ne devrait l'être. En cas de dissolution, on pourrait facilement toucher les 100 points de base d'écart", prévient-il.
Et cette hausse du taux pour l'obligation française augmente mécaniquement la facture de la charge de la dette, à savoir les intérêts que la France doit rembourser à chaque échéance.
Une impasse politique coûteuse ?
Mais au-delà de la réaction immédiate des marchés, c'est surtout l'absence de solution politique qui inquiète. "On est dans une impasse", constate Eric Dor. "La tentative de former une coalition allant de la droite républicaine à la gauche dite responsable ne fonctionne pas. Chacun reste les yeux rivés sur la prochaine élection présidentielle, incapable de faire la moindre concession", avance-t-il.
"Chacun reste les yeux rivés sur la prochaine élection présidentielle, incapable de faire la moindre concession"
Résultat : le budget 2026 reste bloqué. "On pourrait recourir à une loi spéciale, comme les douzièmes provisoires en Belgique, pour prolonger le budget, en espérant un accord plus tard", avance Eric Dor. "On ne sait pas ce que Macron va décider. Et même de nouvelles élections ne résoudraient pas les choses", ajoute-t-il.
Pour Vincent Juvyns, le constat est en tout cas limpide : "En France, le problème est surtout du côté des dépenses plutôt que des recettes. Si rien ne bouge sur les dépenses publiques et la réforme des retraites pour faire face au vieillissement de la population, les investisseurs pourraient s'inquiéter", affirme-t-il.
Néanmoins, les deux observateurs ne sont pas dans une crainte exacerbée.
"La prime de risque augmente un peu mais la France reste un pays diversifié, avec une forte épargne privée et des banques solides. Elle est un peu 'too big to fail'. Et on n'en est pas au point d'une faillite, de toute façon", affirme Eric Dor.
"Le Cac 40 a, certes reculé ce lundi, et était à environ à -1,3 % en milieu de journée. Mais 75 % du chiffre d'affaires des entreprises de l'indice est réalisé hors de France", rappelle Vincent Juvyns. "La crise politique n'affectera donc pas directement l'activité des grandes entreprises", précise-t-il.
Zucman, le "bazooka fiscal" qui divise
Dans ce climat d'incertitude, la proposition du fiscaliste Gabriel Zucman de taxer la totalité des grandes fortunes refait surface, soutenue par une partie de la gauche.
"Ce que Zucman propose, c'est un bazooka"
"La législation actuelle et les accords internationaux permettent aux grandes fortunes de faire de l'optimisation fiscale, c'est absolument vrai. On a commis une erreur en ouvrant totalement les marchés financiers avant d'harmoniser la fiscalité internationale. Et le fait que Trump veuille rejeter la taxation à 15% des multinationales au sein de l'OCDE, actée sous Biden, est détestable", affirme Eric Dor. "Certains pays en profitent pour adopter une stratégie de passager clandestin, comme l'Irlande ou le Luxembourg", renchérit-il. "Mais ce que Zucman propose, c'est un bazooka. Cela concernerait 1 800 foyers, en incluant le patrimoine professionnel. Et c'est de toucher au patrimoine professionnel qui pose problème", avance-t-il.
"Il faut faire payer les gens qui font ces stratégies d'optimisation purement fiscale, mais sans nuire à la croissance", rétorque-t-il.
Vincent Juvyns va dans le même sens. "On peut débattre de la taxe Zucman, mais ce n'est de toute façon pas là qu'on trouvera les efforts suffisants", ajoute-t-il. "Il ne faut pas décourager ceux qui créent de la richesse, ou les faire fuir. Rappelons qu'Uccle et Ixelles sont devenues des ghettos de Parisiens car il n'y a pas (pas encore, NdlR) de taxes sur les plus-values ici. La mobilité des grands patrimoines reste forte", termine-t-il.
