Ces leaders ont d'autres préoccupations que l'Europe
- Publié le 14-12-2018 à 13h09
- Mis à jour le 14-12-2018 à 14h17

En cette fin d'année 2018, plusieurs des leaders de l'Union sont à la peine et ont en tête d'autres préoccupations que l'Europe. Passage en revue.
1 Theresa May (Royaume-Uni)
Pas besoin de chercher loin pour trouver le leader européen qui se trouve dans la position la plus inconfortable. Le Brexit est le clou du cercueil de Theresa May : on ignore comment elle pourra le faire adopter par la Chambre des communes ; l'UE perd patience, l'opposition rêve de la faire chuter ; mais ses plus féroces ennemis se trouvent au sein de son parti conservateur. Elle s'est offert une extra ball, lundi soir, en survivant à un vote de défiance interne. Reste à voir quel usage elle pourra en faire.
2 Emmanuel Macron (France)
L'état de grâce du président a vécu. En politique intérieure, Emmanuel Macron est "dans le dur". Sa cote de popularité plonge vers les abîmes (20 % d'opinions positives). L'affaire Benalla, puis les démissions successives de deux poids lourds de son gouvernement, Nicolas Hulot et Gérard Collomb l'ont affaibli. L'ample mouvement de contestation des "gilets jaunes" l'a ébranlé. Il n'est pas certain que son allocution télévisée aux allures d'acte de contrition et l'annonce de mesures sociales suffiront à le remettre d'aplomb. Sur la scène européenne, le charme de la nouveauté s'est évaporé. Que ce soit pour la réforme de la zone euro ou la taxation des géants du numérique, le volontarisme du Français s'est heurtée aux réticences de ses partenaires. M. Macron ambitionne d'être le chef de file des progressistes pro-européens contre les "nationalistes et les démagogues" lors de la campagne des européennes. Est-il en position de le revendiquer ?
3 Angela Merkel (Allemagne)
Les législatives de septembre 2017 ont amorcé le déclin de la chancelière chrétienne-démocrate, qui a payé au prix fort sa politique d'ouverture des frontières, au plus fort de la crise de l'asile, en 2015. Sa CDU a remporté une victoire à la Pyrrhus, assombrie par l'entrée du parti d'extrême droite AfD au Bundestag. Depuis, la CDU et ses partenaires de coalition, le SPD et la CSU bavaroise, ont connu des désillusions lors de scrutins régionaux. Muti a compris le message. Son quatrième mandat est le dernier et elle a cédé les rênes de la CDU - c'est sa candidate, Annegret Kramp-Karrenbauer, qui a été choisie. Le règne de "la reine de l'Europe" touche à sa fin. Le respect demeure, l'influence s'étiole.
4 Charles Michel (Belgique)
La politique européenne est l'un des dadas du Premier. Les récents événements l'obligent à concentrer sur la politique domestique. À la suite de la défection de la N-VA, qui lui refusait le droit de signer le Pacte sur les migrations, Charles Michel se retrouve à la tête d'un gouvernement minoritaire, dont on se demande combien de temps encore il tiendra et, s'il y tient, ce qu'il sera capable de mettre en œuvre. À commencer par l'adoption du budget 2019, que la Commission européenne est impatiente d'examiner.
5 Pedro Sanchez (Espagne)
Le socialiste espagnol a sauté en juin dans le siège laissé vacant par le conservateur Rajoy, désavoué par le Parlement. Le nouvel espoir de la social-démocratie européenne tiendra-t-il la distance ? La position de son exécutif minoritaire, appuyé par Podemos, les séparatistes catalans et les nationalistes basques, est fragile. La crise catalane est dormante, la pression de l'opposition de droite intense. Il a raté son premier test : son PSOE a bu le bouillon lors des régionales en Andalousie, un de ses bastions, qui ont vu un parti d'extrême droite, Vox, entrer dans un Parlement, une première depuis 1979.
6 Giuseppe Conte (Italie)
Novice en politique, Giuseppe Conte porte la voix de l'Italie au Conseil européen, mais dans les faits il tient un second rôle au sein du gouvernement, dominé (surtout) par le leader du parti d'extrême droite La Ligue, Matteo Salvini, et le chef de file du Mouvement 5 Étoiles, Luigi Di Maio. L'Italie cherche la confrontation avec l'UE, sur le dossier migratoire, et a décidé de s'affranchir des règles budgétaires européennes.
7 Klaus Iohannis (Roumanie)
Son pays s'apprête à prendre la présidence du Conseil de l'UE en janvier, mais le président Iohannis pourrait bien avoir la tête ailleurs. Le libéral est empêtré dans une guerre ouverte avec le gouvernement social-démocrate, dont il dénonce les abus contre la justice. À tel point que la gauche populiste rêve même de le destituer avant la fin de son mandat, en décembre 2019.
8 Andrej Babis (République tchèque)
Le Premier ministre milliardaire n'aurait pas, comme il le prétend, coupé tous les liens avec ses sociétés qui bénéficient de fonds européens. Plus un euro pour ces compagnies, a grondé le Parlement européen, pour mettre un terme à ce conflit d'intérêts.
9 Viktor Orban (Hongrie)
Le Premier ministre a pris l'habitude de mettre des bâtons dans les roues de l'Union, prétendant porter la voix de la "nation hongroise". Mais Viktor Orban a été confronté, ce mercredi, à une fronde inédite des partis d'opposition, qui ont tenté d'empêcher l'adoption d'une loi sur le temps de travail. Le projet suscite une vive contestation sociale, une manifestation étant de nouveau prévue ce jeudi. "Viktator", ainsi que le surnomment ses détracteurs, a connu des jours plus tranquilles.
