Terrorisme, "gilets jaunes" : les forces de l'ordre de plus en plus épuisées en France
- Publié le 14-12-2018 à 10h09
L'attentat de Strasbourg a rappelé douloureusement à l'Hexagone l'acuité de la menace terroriste. Une réalité quotidienne pour les forces de l'ordre, largement mobilisées depuis 2015 sur le front de la lutte contre le péril islamiste.
Mardi soir, Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur, a de plus annoncé le passage du plan Vigipirate en "Urgence attentat", son niveau le plus élevé. Un dispositif réclamant la mobilisation de moyens exceptionnels. Pour la traque de Chérif Chekatt, l'auteur présumé de l'attaque du marché de Noël, ce sont ainsi 700 hommes qui ont été réquisitionnés : 520 policiers et 200 gendarmes.
Pour les représentants des forces de l'ordre, c'est aussi l'occasion de rappeler l'état de grande fatigue dans lequel se trouvent depuis de nombreux mois les policiers, entre terrorisme et multiplication des mouvements sociaux. Avec en plus le mouvement des "gilets jaunes", cette lassitude est en passe de tourner à l'épuisement.
Le syndicat Unité SGP-Police-FO juge ainsi qu'il manque au bas mot 1 000 CRS supplémentaires dans ses rangs. Lors d'une audition récente au Sénat, Christophe Castaner lui-même rappelait qu'en dix ans, les effectifs des forces mobiles étaient passés de 32 000 à 26 800 unités. Par ailleurs, ce sont au total 23 millions d'heures supplémentaires qui ont été effectuées, mais non payées, par les policiers français.
Appel au calme
Certains syndicats expriment aussi de plus en plus ouvertement leur crainte de risques de "bavure", sous l'effet de l'extrême fatigue, en particulier avec la répétition hebdomadaire des grandes manifestations des "gilets jaunes". Certains ont même appelé ces derniers à suspendre leur "Acte V", prévu ce samedi. Le syndicat Alliance réclame ainsi que le mouvement soit "mis entre parenthèses" jusqu'aux fêtes de fin d'année, demandant que les "gilets jaunes" "fassent preuve de responsabilité dans l'organisation de leurs manifestations".
Plusieurs syndicats de police ont exprimé la même requête, comme le syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI-CFDT), ou encore Unité SGP-Police FO. Le syndicat des commissaires de la police nationale s'est en revanche montré plus nuancé, appelant au "calme", tout en estimant qu'il n'entrait pas dans son rôle de réclamer l'annulation d'une manifestation. B. M, à Paris.
