Réputé agile, Sébastien Lecornu devra jouer les équilibristes pour ne pas chuter: "Il faudra également des ruptures, pas que sur la forme…"
Fidèle au président Macron depuis 2017, le nouveau Premier ministre Sébastien Lecornu devra avant tout faire preuve d'ingéniosité pour éviter de subir le même sort que ses deux prédécesseurs.
- Publié le 10-09-2025 à 17h46

Avec neuf mois de retard, Sébastien Lecornu débarque enfin à Matignon. Le président Emmanuel Macron voulait en effet nommer le ministre des Armées sortant en décembre dernier, après la chute du Premier ministre le plus éphémère de la Ve République, Michel Barnier.
Mais c'était sans compter sur le courroux de François Bayrou, qui a tordu le bras du chef de l'État pour décrocher la fonction. À la tête d'un gouvernement minoritaire, le Béarnais n'a jamais été en mesure de convaincre assez de députés dans une Assemblée nationale fragmentée et ainsi de redonner à la France une stabilité politique.
La clé socialiste
C'est bien là le principal défi du nouveau locataire de Matignon : rassembler, pour ne pas être renversé. Présent sans discontinuer dans les exécutifs successifs d'Emmanuel Macron depuis 2017, il doit tenir bon 18 mois, avant les prochaines élections présidentielle et législatives.
Pour y parvenir, Sébastien Lecornu devra forger des alliances afin d'obtenir, si possible, le soutien d'une majorité de députés à l'Assemblée nationale, ou a minima un pacte de non-censure. Il pourra compter sur les partis du bloc central et de la droite ; soit un total de 210 députés dans un hémicycle comptant 577 strapontins. Il ne pourra toutefois plus miser sur la fausse indulgence et les élus des partis d'extrême droite (135), le Rassemblement national (RN) et l'Union des droites pour la République (UDR), qui plaident pour des élections législatives anticipées. Pour passer la barre de la majorité fixée à 289 parlementaires, Sébastien Lecornu devra donc surtout convaincre le groupe hétéroclite et centriste LIOT (23) et le Parti socialiste (66), voire d'autres groupes de gauche comme les écologistes (38).
Emmanuel Macron sait que le PS détient la clé. Il a d'ailleurs pris la peine mardi soir, juste avant le communiqué de l'Élysée, d'appeler le Premier secrétaire du PS Olivier Faure, qui avait offert ses services au chef de l'État, pour lui signifier qu'il ne le nommerait pas. Sébastien Lecornu a, lui aussi, contacté des socialistes ces derniers jours.
Un adepte du compromis
Dépeint comme un négociateur habile et un adepte du compromis, il devra sublimer ses talents pour séduire les socialistes. Il devra aussi se détacher de son image de fidèle lieutenant d'Emmanuel Macron, et faire oublier son dîner, révélé par la presse, avec la cheffe de file des députés du RN, Marine Le Pen.
Pour l'heure, le PS montre ses muscles. Olivier Faure a assuré ce mercredi matin sur Franceinfo que les socialistes ne participeraient pas à l'équipe gouvernementale et il a demandé au nouveau Premier ministre de renoncer à utiliser l'article 49.3 de la Constitution pour démontrer "que la méthode change". Si le PS ne se joindra à la motion de censure déjà déposée par La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon, Olivier Faure a prévenu : "Nous jugerons sur pièces".
Direct dans le dur… et dans le mur ?
Et la première pièce, justement, c'est tout de suite celle de résistance : le budget 2026. Les finances sont dans le rouge, la dette publique ayant explosé. Mais tous les partis ne proposent pas les mêmes solutions. Olivier Faure a déjà d'ailleurs exposé les conditions des socialistes pour ne pas censurer le gouvernement. Mais si Sébastien Lecornu parvient à convaincre le PS d'approuver le budget, il ne doit pas non plus perdre les voix de la droite. Or, Bruno Retailleau, président du parti Les Républicains (LR) et ministre de l'Intérieur sortant, ne porte pas les socialistes dans son cœur ; une détestation réciproque. Le nouveau Premier ministre devra donc amener les différentes parties à faire des concessions, à obtenir un compromis, en vue de retrouver une certaine stabilité.
La tâche n'est pas aisée, et Sébastien Lecornu le sait : il doit agir vite. La passation de pouvoir ce mercredi midi à Matignon a d'ailleurs été expéditive. "Je ne vais pas faire de grand discours puisque l'instabilité et la crise politique et parlementaire commandent l'humilité, et la sobriété, a-t-il déclaré, taclant au passage adroitement son prédécesseur. Il va falloir changer, être sûrement plus créatif, parfois plus technique, plus sérieux dans la manière de travailler avec les oppositions. Il faudra également des ruptures, pas que sur la forme, pas que dans la méthode, mais aussi sur le fond."
Dans la foulée de son discours, Sébastien Lecornu a reçu les dirigeants des partis du centre et de la droite, avant ceux de l'opposition dans un second temps.
Hors des murs de Matignon, à Paris et ailleurs en France, des citoyens manifestaient ce mercredi dans le cadre du mouvement Bloquons tout. La mobilisation du 18 septembre, celle appelée par les syndicats après la présentation des grandes lignes du budget avancées par François Bayrou, devrait être plus importante. Le climat social se tend de plus en plus, et le Premier ministre devra trouver une solution pour l'apaiser.
